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Dix-neuvième Congrès du Parti communiste chinois, un évènement sans suspens ?

16 Oct , 2017  

le 18 octobre,  l’élite du Parti communiste chinois se retrouve  à Beijing,  place Tiananmen,  pour le 19eme Congrès du Parti communiste chinois.  Cette réunion au sommet, qui a lieu tous les cinq ans, doit définir les lignes directrices de la politique chinoise en élisant ses dirigeants.  Dans une régime de parti unique, l’évènement laisse peu de place au suspens. Mais c’est dans les coulisses que tout se joue…

 

Le dernier congrès, c’était en 2012.  Xi JinPing (习近平 ) succédait à Hu Jintao et devenait le Secrétaire général du Parti communiste chinois. Le sommet  réunissait 2270 délégués régionaux « élus » qui devaient désigner les 205 membres du Comité centrale. A leur tour, ils déterminaient les 25 membres du Politburo.  C’est au sein de cet organe que sont choisis le secrétaire général ainsi que les  sept membres du Comité permanent qui dirigent le pays.  Sont constituées également une Commission centrale pour l’Inspection de la discipline.  et une Commission militaire centrale composée de 12 membres. Quelques mois plus tard, le 14 mars 2013,  le nouveau Secrétaire général  (tout comme ses prédécesseurs)  était nommé président de la République populaire de Chine.

Mercredi prochain, c’est  formellement ce qui va se passer. Mais dans les faits, tout se  dessine dans les semaines qui précèdent, sur fond des luttes de pouvoir internes qui écrivent le scénario  d’un spectacle que le monde découvrira bientôt, sûrement sans grande surprise.
Dans les grandes lignes, il y a en effet peu de suspens, même si certains bruits de couloir échappent encore aux  analystes et autres observateurs attentifs. Tout d’abord, on devrait constater un renouveau dans le Comité central. Une règle informelle  invite les plus de soixante-huit ans (nés avant 1950) à se retirer, soit onze membres de l’actuel Politburo dont cinq membres du Comité central. C’est l’occasion pour le président et Secrétaire général du parti Xi Jinping de placer ses alliés à des postes stratégiques et  de renforcer un leadership déjà très puissant. Il compte notamment inscrire dans la Constitution chinoise ses « pensées politiques », ce qui montre une certaine volonté de s’inscrire dans l’histoire de la Chine comme grande figure communiste et réformatrice. Il ne fait aucun doute que l’ombre du « grand timonier » (Mao ZeDong) plane sur  lui.

Xi Jinping en 2016

Xi Jinping en 2016

Cette réunion au sommet semble être la clé de voûte  d’une continuité,  d’un durcissement dans la politique menée  de Xi Jinping depuis 2007, année où il devient membre permanent du comité central.
Sous son égide, l’autorité à la tête du pays a été durcie de façon spectaculaire. Il a renforcé l’unité du Parti en s’en prenant aux forces divergentes, notamment avec le limogeage de Sun Zhengcai  (secrétaire du PCC à Chongqing) remplacé par un fidèle du président. Il a également mené une lutte sans merci contre la corruption qui assaillait le parti : 200 000 mises en examens et de nombreuses personnalités communistes châtiées. Un durcissement s’est aussi fait sentir au niveau culturel et idéologique : la censure s’est accentuée dans un mouvement  parallèle de réaffirmation des traditions chinoise. Sur le plan économique, il a renforcé la mainmise de l’Etat sur l’économie et a favorisé le libéralisme. La Chine traverse une période  financière difficile, avec une dette publique et privée qui dépasse aujourd’hui les 270% du PIB. Xi JinPing mise alors sur les nouvelles technologies et la robotique, domaines où naissent de nombreux emplois. Les travailleurs du charbon ou de la sidérurgie, industries dépassées,  sont voués à disparaitre  et  ce n’est pas les  manifestations qui ont secoué le nord-est du pays (région minière) qui vont freiner la dynamique économique du président, qui a immédiatement fait taire les mouvements contestataires.

Il reste une part d’incertitude quant à la direction que va prendre la Chine en matière internationales.
Au cœur de la politique diplomatique de Xi Jin Ping :  une armée renforcée qu’il veut « prête au combat ». Il a notamment annoncé la construction de plusieurs bases militaires à travers le monde, celle de Djibouti  étant la première à voir le jour en août 2017. L’Afrique occupe par ailleurs une place de premier choix dans la politique étrangère de la Chine de Xi Jinping, qui la voit comme un terrain à grand potentiel en matière de ressources économiques et d’innovation technologique.  Les questions sous hautes tensions restent les plus incertaines, notamment  celles de la force nucléaire de la Corée du Nord et de l’évolution des relations avec Donald Trump. Le manque de leadership du président américain redessine les rapports de force et pourrait bien profiter au président chinois, en passe de devenir l’homme le plus puissant du monde.
Xi Jinping n’a plus qu’à attendre que le scénario qu’il a soigneusement peaufiné ces derniers mois se déroule sans encombre. le XIXe congrès constitue surtout un moyen de prendre acte d’une direction politique. Xi Jinping sera reconduit, cela ne fait quasiment aucun doute, mais à quel point sera-t-il consacré ?  Le vrai suspens réside dans sa réussite à étendre sa mainmise sur le parti et ainsi mener à bien ses grands desseins pour la Chine.

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Thaïs Chaigne
Grande curieuse sur tous les fronts, je veux transmettre ce que j'apprends. (Surtout si vous me lancez sur l'Asie...)

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