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Culture / Divertissement,Musique

Welcome to the Red Stick : Episode 2 : Turo Stakz et Carl Bogart.

29 Nov , 2018  

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Chaque mois, Juste1Question vous livre un portrait d’un acteur de la scène rap de Baton Rouge, un des pôles majeurs du rap américain actuel. Alors que notre premier volet dans la capitale louisianaise fut l’occasion de découvrir le rôle central des DJs locaux au sein de cette scène rap qui a vu émerger Boosie Badazz, Kevin Gates, et NBA Youngboy, ce deuxième volet vous amène à la découverte de deux rappeurs issus du quartier de Glen Oaks, Turo Stakz et Carl Bogart. L’occasion de découvrir la vie de ces rappeurs, du shooting d’un clip à un concert donné à l’occasion d’une distribution de fournitures scolaires gratuites aux enfants du quartier.

Au Back To School Bash du quartier de Glen Oaks, organisé par l’association The Resistance, les enfants se bousculent pour danser sur la scène, au son de la jigg music. Les familles sont nombreuses à être venues cette après-midi pour récupérer du matériel scolaire et un repas gratuits, mais aussi faire la fête avec les meilleurs rappeurs et DJs locaux. Ainsi, pendant que DJ Amp chauffe le public en balançant les plus gros tubes de Baton Rouge, Turo Stakz assure le spectacle sur scène, dansant au milieu des enfants. Quelques minutes plus tard, il interprète sur scène son morceau commun avec Carl Bogart, un grand gaillard à la dégaîne nonchalante. Le morceau implacable à la rythmique trap et à la boucle de piano addictive est l’occasion pour les deux rappeurs d’ambiancer le public, malgré la chaleur louisianaise.

Si sur ce morceau les deux rappeurs de Glen Oaks fusionnent leur univers avec talent, ils ont en revanche chacun bel et bien leur identité propre. Du côté de Carl, c’est davantage une identité mâtinée de jazz et de soul qui prévaut, chantée et mélodique. Le rappeur se définit comme un perfectionniste, et cite volontiers J. Cole ou Kevin Gates comme influences majeure. Carl partage en effet avec les deux rappeurs une véritable honnêteté dans ses textes, une franchise touchante et étonnante. Cette honnêteté se double d’une volonté de raconter la rue sans la glorifier, sans exagérer les choses, mais simplement en disant les choses comme elles sont, en toutes transparences. Avec réalisme et poésie, Carl Bogart chante sa vie, rêveur parfois, avec une pointe de mélancolie souvent.

Installé sur le parking d’un Starbucks, lors d’un entretien qu’il m’accorde, alors que je lui demande s’il envisage de vivre de sa musique, Carl me répond : « J’aime ma musique. J’aime faire ma musique. Si j’avais de l’argent, je n’en aurais rien à faire que les gens l’écoutent. Je la garderais pour moi-même et je l’écouterais… Mais là… Tu vois ce que je veux dire. Je dois le faire ! Je sens que je le peux. Donc… Je vais continuer. Et quand j’aurai assez d’argent, je vais essayer d’aider les autres gens à y arriver. »

Tout faire pour y arriver, mais pas seulement pour soi, aussi pour les autres. Pour son crew, pour Glen Oaks, pour Baton Rouge. C’est le mode de pensée que partage Turo Stakz. Sur le tournage de son clip « IDGAF », en collaboration avec le rappeur Lil Randy, le rappeur a invité tout le quartier à faire la fête. Les cuivres vibrent, et tout le quartier danse devant la caméra de TwoneShotThat, un des clippeurs phares de Baton Rouge. Turo Stakz revendique pleinement l’héritage musical de Baton Rouge. Ses morceaux dansants nous invitent à jigger et s’inscrivent dans une longue tradition de rap local.  « J’ai grandi avec Boosie. On a grandi avec Boosie, on a grandi avec Gates.  […] Je kiffe toute cette musique depuis que je suis tout petit ! »

Au son de l’enceinte qui diffuse le morceau clippé, Turo Stakz danse, parle à tout le monde, boit, checke les nouveaux arrivants,… Durant deux heures pleines, le quartier de Glen Oaks vibre au son de IDGAF. Si Turo a aussi fait des morceaux mélancoliques, c’est dans l’énergie qu’il trouve son accomplissement. « Je fais de la musique depuis toujours. J’ai toujours dansé. Tu vois ce que je veux dire. J’ai toujours été… Tu vois… Hors du troupeau ! […] Je suis né pour divertir !  »

Petit à petit, le tournage du clip s’achève, et le quartier redevient silencieux et paisible. Je décide de rentrer chez moi, pendant que les amis les plus proches de Turo restent à discuter musique. Le ciel se couche sur Glen Oaks, mais les rappeurs locaux n’ont pas dit leur dernier mot.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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