Terrasse du café le soir, Place du Forum, 1888

Culture / Divertissement

Van Gogh à l’Atelier des Lumières : immersion numérique dans les yeux de Vincent

4 Mar , 2019  

Van Gogh, la nuit étoilée

Une création Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto, Massimiliano Siccardi

22 février – 31 décembre 2019

En pénétrant dans l’immense enceinte de l’Atelier des Lumières, on se regarde, on s’interroge… Sommes-nous bien à une exposition ? Peut-être à la projection d’un film… Quelques minutes d’attente, puis le spectacle commence. Toutes questions fanent quand les tournesols solaires de Vincent Van Gogh fleurissent l’espace et le regard des nombreux spectateurs. Car, après avoir inauguré l’année dernière cette nouvelle place forte de l’Est parisien en invoquant le génie de Gustave Klimt, c’est bel et bien Van Gogh, la nuit étoilée qui illuminera l’atelier jusqu’au 31 décembre 2019 !

Ici, pas question d’observer les peintures une par une, de lire les petits panneaux explicatifs et biographiques sur l’artiste et son œuvre. Le concept se veut novateur, et la peinture rencontre les nouvelles possibilités permises par l’ère numérique. Plus proche d’un spectacle que d’une exposition classique, Van Gogh, la nuit étoilée ne satisfera pas celles et ceux souhaitant découvrir pleinement l’œuvre de l’impressionniste, mais permettra une immersion subjective dans les yeux et l’imaginaire du peintre des Mangeurs de pommes de terre. Gianfranco Iannuzzi et son équipe sont les metteurs en scène d’une représentation où les différentes périodes de Van Gogh deviennent les actes d’un spectacle d’une vingtaine de minutes. Il n’est pas étonnant d’apprendre que Renato Gatto (membre de l’équipe de réalisation) est également enseignant de théâtre et assistant metteur en scène… Pour Bruno Monnier, président des lieux et de Culturespaces, l’objectif est d’ailleurs de « proposer un modèle novateur, une expérience émotionnelle pour faire découvrir différemment les artistes classiques, modernes ou contemporains ». Pari réussi ?

Équipé de 140 projecteurs, l’Atelier des Lumières projette des images des tableaux de Van Gogh sur plus de 3000m2. Impressionnant. L’attention se disperse entre les murs, les reliefs des cloisons arrondies, l’espace Studio, le sol, et même sur l’eau… où peuvent également être aperçue quelques étoiles filantes ! Le spectateur est littéralement entre les murs de l’imaginaire Van Gogh. Il ne voit pas le tableau, car, en quelque sorte, il en fait ici partie. En quelques minutes, l’émotion voyage entre les ténébreux paysages de la Hollande du XIXe siècle, les lumineux Tournesols et toiles montrant la Provence, puis plonge dans l’intimité chaotique du peintre lorsque les autoportraits défilent. La plupart des tableaux sont agrandis, sujets à des zooms, des coupures, se démultiplient, et sont portés par une bande-son participant grandement à la dramaturgie. De la voix de Janis Joplin au Don’t let me be misunderstood de Nina Simone, en passant par Les Quatre Saisons de Vivaldi qui escortent La Nuit étoilée, la musique prend le rôle qu’elle tient au cinéma comme amplificatrice d’émotions. Accompagnés par Brahms, les autoportraits de Van Gogh closent la projection. Vincent, qui de son vivant se passionnait pour les estampes japonaises, ne refusera pas de rester un peu avec le public pour observer le programme qui suit : Japon rêvé, images du monde flottant. On appréciera ou non l’expérience, mais force est de reconnaître qu’on ne peut quitter la rue Saint-Maur insensible à l’association innovante des nouvelles technologies et d’un très grand nom de l’histoire de l’art.

La chambre, 1888, Musée Van Gogh, Amsterdam

La chambre, 1888, Musée Van Gogh, Amsterdam

L’art, ici doublement déplacé en son centre de gravité : des expositions silencieuses et plus classiques dispersées dans les musées de l’ouest ou du centre de la capitale, à la représentation moderne et entraînante qui renforce sans conteste l’offre culturel de l’Est parisien. On se tromperait pourtant en créant une rivalité entre ces deux types de structures. Si l’Atelier des Lumières modernise l’œuvre et la rend plus accessible au grand public par sa portée théâtrale, on ne peut échapper aux expositions plus traditionnelles si l’on veut réellement se confronter au travail direct d’un artiste. L’Atelier des Lumières a pour mérite d’innover, et d’essayer de ramener d’autres publics à la peinture. On observe par exemple le nombre important d’enfants présents dans l’enceinte. Cependant, vous n’en ressortirez pas en ayant appris grand-chose sur Van Gogh ou son existence ; et finalement, vous n’aurez pas totalement rencontré son œuvre, mais une autre qui lui rend hommage et s’en inspire librement.

Sans conteste, l’Atelier des Lumières réussit son pari esthétique et économique. Car après avoir enregistré plus d’un million d’entrées pour Klimt, nul doute qu’un nom comme celui de Van Gogh n’affaiblira pas le nombre de tickets vendus. On peut par contre se demander, combien de temps cela fonctionnera ? Si nous ressortons enchantés d’avoir contemplé (ou retrouvé) les magnifiques couleurs du Paris de l’impressionniste, un goût de déjà-vu se répand chez ceux qui avaient assisté à la projection sur Klimt. L’équipe de réalisation artistique étant restée la même, il ne faudrait pas que le public ait l’impression de revenir chaque année voir un spectacle identique joué par des acteurs différents.

Van Gogh en étant un de choix, il faut admettre que lorsque ses tableaux illuminent l’obscurité de l’Atelier, nous nous retrouvons dans les mots qu’il écrivit personnellement à sa sœur : « Souvent, il me semble que la nuit est encore plus richement colorée que le jour. »

Informations pratiques :

  • 3, rue Saint-Maur, 75011 Paris
  • Métro : Père-Lachaise (2,3), Rue Saint-Maur (3), Saint-Ambroise (9)
  • Bus : 61, 69, 46, 56
  • Ouvert tous les jours entre 10h et 18h
  • Nocturnes les vendredis et samedis jusqu’à 22h et les dimanches jusqu’à 19h
  • Réservation obligatoire pour les nocturnes, les week-end ou pendant les vacances scolaires !
  • Plein tarif : 14,50€
  • 5-25 ans : 9,50€
  • Étudiant, demandeurs d’emplois, porteurs d’une carte d’invalidité : 11,50€
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Robin Ayout Rosell de mon unique patronyme, depuis 1994. Je propose articles, interviews et reportages sur l'actualité culturelle, du rap français à la littérature en passant par le sport et les bons plans gastronomiques.

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