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Musique,Société

[Live-Report] Trois jours à la Fête de l’Huma 2018

26 Sep , 2018  

Pour la deuxième année consécutive, Juste1Question couvrait la Fête de l’Humanité. Durant trois jours, nous étions sur place, arpentant les allées bondées du parc Georges-Valbon, au cœur de cette agréable faille spatio-temporelle, où le communisme est encore à la mode, et la gauche pas complètement déprimée.

 

Vendredi 14 Septembre.

 

16 heures : On arrive à la Fête de l’Huma, comme toujours bien encadré par la police, ce qui est plutôt ironique quand on sait qu’à tous les coins de table, ça va discuter de violences policières pendant un weekend… Après avoir fait un tour à l’espace presse, on se dirige vers l’Agora de l’Humanité, qui est étonnement bondée. Pour ceux qui ne connaîtraient pas la Fête de l’Huma, l’Agora est le lieu où on lieu les grosses interventions et débats politiques de La Fête de l’Huma. D’habitude, on y trouve quelques quinquagénaires attablés qui s’éventent avec le programme de la journée. Mais aujourd’hui, les jeunes sont debout, sous une tente pleine à craquer.

 

17 heures : Et pour cause, les stars de la gauche, la bande de l’émission Par Jupiter de France Inter, et son humoriste connu de tous, Guillaume Meurice, sont présents. Pendant une heure, la bande se moque gentiment du côté ringard des communistes et des gauchistes, campant des personnages de droite exécrables. Le public se plie au jeu, scande l’Internationale, hue quand il est moqué, applaudit quand Macron est ridiculisé. Jamais on aura vu l’ambiance aussi bonne à l’Agora. On repassera deux heures plus tard devant une conférence sur les migrants. Une dizaine de personnes y somnolent tranquillement. Retour à la triste normale dans cette Fête toujours très blanche, où, quand le glamour n’est pas là et quand à la tribune aborde les questions de migration, le public est moins au rendez-vous…

19 heures : On commence à arpenter les allées du Festival, une année de plus bondé. Tous les stands classiques sont au rendez-vous, représentant les différentes branches locales du PCF, avec de la musique et une bonne ambiance. On trouve le stand où la bière est la moins chère, celui où les barquettes de frites sont les mieux remplies, et l’on repart à l’aventure.

 

20 heures : On assiste au concert de Catherine Ringer, sans doute l’un des concerts les plus aboutis du festival. Dans une ambiance survoltée, la chanteuse danse, joue de la flûte, rit avec le public, fait participer ses musiciens, dans un show millimétré et pourtant spontané. Le concert se finit avec les plus gros tubes des Rita Mitsouko, et l’on se rend compte de la générosité de Catherine Ringer, à toujours jouer ses tubes inusables avec le même entrain, des années après.

 

21 heures : Après être tombé sur le concert de de No One Is Innocent sur la Petite Scène, on tombe sur celui de Bertrand Burgalat sur la scène Zebrock. Le concert, mélodieux et rétro, se fait dans une bonne ambiance, où les compositions élégantes et les danses improbables s’enchaînent. Pourtant, le public est presque désert. Et pour cause, on découvrira quelques jours plus tard que Bertrand Burgalat a fait partie du mouvement d’extrême-droite Troisième Voie dans sa jeunesse. Si tout le monde a le droit d’évoluer, on peut comprendre la méfiance du public de l’Huma…

22 heures : On arrive au concert de NTM. Pas de grosse surprise, le spectacle est au rendez-vous, avec un Joey Starr agaçant qui gesticule dans tous les sens, cassant sa voix sans cesse, et un Kool Shen toujours un peu scolaire. Le meilleur moment du concert sera finalement la venue de Fianso sur scène, venu interpréter leur morceau commun sur le projet commun des rappeurs du 93 à venir, véritable hymne épique, plein d’énergie et de modernité. On sent l’empreinte nette de Sofiane derrière le titre, mais on ne peut bouder son plaisir à voir fièrement tout le 93, représenté par certains de ses grands rappeurs venus sur scène pour l’occasion, agiter fièrement le drapeau.

 

Samedi 15 Septembre

 

15 heures : Alors que nous cherchons à rejoindre la Fête de l’Huma directement à pied depuis la station de RER pour assister au concert de Jeanne Added, on se retrouve finalement complètement perdus en pleine forêt, avec cinq personnes tout aussi perdues que nous. Après avoir essayé de retrouver le droit chemin en écoutant d’où venait la musique du concert, on finit par arriver sur le site, un peu dépités, après une heure de marche.

 

16 heures : Notre déprim’ n’aura pas duré très longtemps. On arrive sur le stand du NPA où Philippe Poutou prend des photos avec ses fans. Habitué à la vie de star, l’ouvrier de l’usine de Ford-Bordeaux se transforme en véritable père Noël. Les parents amènent leurs enfants lui parler, il leur demande patiemment s’ils ont bien travaillé à l’école, et rigole avec eux. S’en suit un discours d’Olivier Besancenot, portant majoritairement sur l’importance pour la gauche de défendre un internationalisme et l’ouverture des frontières. Les attaques implicites ou franchement explicites contre Jean-Luc Mélenchon s’enchaînent dans une bonne ambiance. Philippe Poutou prend également la parole, visiblement un peu fatigué d’intervenir en public alors que son usine est menacée de fermeture. Au NPA, on essaie de garder de l’espoir au rythme de l’Internationale, mais l’on sent que la mélancolie n’est pas loin.

17 heures : On arrive sur la scène Zebrock, pour notre premier concert de la journée. Le groupe The Kinds, finaliste du tremplin Grand Zebrock, délivre une pop-rock en anglais pleine d’énergie mais sans trop de relief. Cela reste néanmoins un bon moyen de fréquenter l’ensemble des festivaliers qui fuient le concert de Roméo Elvis, à quelques minutes de marche de là, et c’est déjà pas mal.

 

18 heures : On assiste à la fin du set de Roméo Elvis. Le rappeur habitué aux festivals délivre un show efficace, où le public peut participer. Visiblement conscient qu’il était nécessaire d’apparaître engagé dans ce festival mais aussi que délivrer un message politique fort lui ferait perdre la frange macroniste de son public, le rappeur n’hésite pas à scander des phrases du type : « C’est important d’être engagé ». Il n’empêche, Roméo Elvis sait faire le spectacle sur scène et mobiliser un public nombreux pour une fin d’après-midi.

19 heures : On voit la fin du concert du groupe La Vague, autre finaliste du tremplin Grand Zebrock, qui délivre des chansons en anglais qui ne nous transporterons pas vraiment. On regrette presque de ne pas être allé voir Bernard Lavilliers qui joue en même temps sur la grande scène.

 

20 heures : Bigflo et Oli commencent leur concert ; il est temps de fuir.

 

Dimanche 16 Septembre

 

15 heures : Comme tout bon participant de la Fête de l’Huma, on ne se lève pas pour aller voir le meeting de clôture du Festival. Au final, comme d’habitude, la Fête de l’Huma est surtout l’occasion de bien s’amuser pendant un weekend tout en reprenant espoir dans le combat politique de gauche, même si l’on peut regretter que souvent la dimension politique du Festival soit édulcorée voire franchement effacée par moment.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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