Subway

Le coin des detectives,Société

Subway est-il un Junkfood ?

25 Mai , 2016  

C’est un défi impossible, quasiment une utopie au XXIeme siècle : conjuguer alimentation saine, plaisir gustatif et prix bas. C’est pourtant ce que semble avoir réussi Subway. La chaine de restauration américaine serait l’avenir fastfood, du moins pour son fondateur M. De Luca. Fondée il y a plus de 40 ans, Subway est aujourd’hui la chaine de fastfood la plus présente dans le monde. Elle représenterait la réussite d’un modèle unique qui répond aux exigences des consommateurs actuels. Subway serait en effet le fastfood « vert » : respectueux de l’environnement, des consommateurs et de ses salariés. Pourtant,Subway n’échappe pas au critiques : surexploitation des franchisés, menus pas si  light, communication abusive. Est-ce la rançon de son succès ou Subway est-il un Junkfood comme les autres?

Manger frais ? 

Subway est la marque de la bonne conscience. On a tous eu l’immense soulagement, la même satisfaction en commandant un « Sub ». En effet, le sandwich fait sous nos yeux témoigne de son hygiène et de sa fraicheur. En plus, il y a cette impression de manger équilibré. C’est les raisons du succès de Subway dans de nombreux pays. Mais il ne s’agit pas que de sécurité et d’équilibre, vous préparez vous-même votre sandwich . Aller dans un restaurant Subway ce n’est pas juste aller à un fast-food, c’est faire son propre sandwich comme à la maison. Subway c’est la chaine de la transparence, le fast-food des produits frais, l’enseigne de la nouvelle restauration rapide.

First Lady Michelle Obama orders a Subway sub made by Olympic gymnast Nastia Liukin and National Football League player Justin Tuck, during an event at a Subway restaurant to announce that Subway will work with the Partnership for a Healthier America to help advance the goals of

Même la première Dame des Etats-Unis a reconnu les vertus de Subway.

Et pourtant, on ne voit aucun chef renommé le reconnaitre. Jamais , par exemple, Jamie Oliver, « l’apôtre de la bonne bouffe », n’a pas présenté Subway comme l’alternative à la mal-bouffe, par exemple. L’enseigne ne semble avoir de prestige sur ce domaine là que du coté de ses consommateurs. Est-ce c’est parce Subway ne respecte pas les codes de la gastronomie ? Ou parce que les ingrédients ne sont pas aussi frais que ceux d’un 3 étoiles ? Ou simplement de la jalousie pour un concept révolutionnaire ? La réponse c’est que si vous espérez manger « frais » dans un Subway, vous serez déçus. Les ingrédients sont cultivés hors-saison pour la plupart, dans les règles de l’agriculture ultra-productive. On ne les prépare pas : on suit un processus. Il n’y a donc pas de respect pour les ressources, pas de travail supplémentaire des ingrédients, pas de volonté d’améliorer la qualité. Tout est là pour être mis dans le sandwich, point.

Si vous pensez que manger Subway, c’est manger bio… Mauvaise nouvelle. Les ingrédients sont évidement industrialisés donc pleins d’additifs chimiques. Il y a 2 ans, la marque a connu l’un de ses plus gros scandales alimentaires. Un composant industriel utilisé dans la fabrication de tapis de yoga a été retrouvé dans les pains à sandwichs aux Etats-Unis. Le composant aurait été utilisé pour rendre le pain plus moelleux. En France, des additifs sont aussi utilisés tandis que la marque fait planer le plus grand silence à ce sujet.

On peut aussi penser que Subway reste plus « light » que les autres fastfoods. D’après les informations de Subway, leurs sandwichs sont moins gras que la plupart des fastfoods… Si l’on excepte le fromage, les suppléments et les sauces. Certains menus 30 centimètres de Subway sont aussi caloriques qu’un menu « Maxi Best of » de MacDonald’s. Et les résultats sont aussi surprenants qu’improbables : figurent parmi les plus caloriques le sandwich au thon, le steak végétarien et surtout le Spicy. Le concept diététique est cassé car on peut aller jusqu’à 1000 calories selon le menu.

L’illusion du « vert »

La communication est un atout majeur chez Subway, c’est même ce qui l’a fait décoller au niveau international. Pour comprendre, revenons aux Etats-Unis dans les années 1990. L’industrie de la restauration rapide est en pleine crise de confiance avec le consommateur. L’obésité explose aux Etats-Unis, les scandales sanitaires se multiplient et les rapports sur les mauvais traitements envers les salariés reviennent sans cesse. Les géants du fastfood sont alors pointés du doigt comme des abominations de l’alimentation. Ainsi, nait le mythe des ogres du fastfood. Et Subway va se donner l’image du héros dans cette histoire.

En effet, c’est à cette époque que la marque engage un courant décisif dans sa communication. Subway s’apprête à devenir le « green fast-food ». La marque est épargnée des scandales et fait figure de petit poucet face à la marque en M. Subway va s’illustrer en tant qu’alternative à la malbouffe avec ses menus « sains ». La firme s’attire la sympathie des déçus et se développe sur le talon d’Achille du leader mondial. Mais, c’est lorsqu’un certain Jared Fogle émerge sur la scène médiatique que Subway signe son plus gros coup.
jared

En 1998, Jared Fogle souffre d’obésité morbide. Il a 21 ans et pèse 192 kilos. Attiré par les vertus diététiques qu’auraient certains menus, Jared décide d’entreprendre un régime spécial à base de subs. Il va manger pendant un an, à midi et le soir, des sandwichs sans fromage ni mayonnaise. En un an, Jared perd 100 kilos. L’enseigne le prend sous son aile comme porte-parole de la marque : il devient le Subway Guy.

En 2002, Subway adopte son célèbre logo vert et son nouveau slogan : « Eat fresh ». Place au fast-food social-responsable. Il multiplie les partenariats avec des organisations de recherche contre les maladies cardio-vasculaires.  Le fastfood met en avant ses menus avec moins de 6 grammes de graisses. Subway se place à la pointe du développement durable. Sur son site, on peut constater que nombre de ses produits sont produits « respectueusement », que ce soit vis-a-vis des animaux ou des producteurs. Mais surtout, on apprend que Subway fait des efforts remarquables pour économiser du papier, du carton et du plastique. Ce sont de milliers de tonnes de matériaux qui sont épargnées. Et autant d’argent également.

Voilà la force de Subway : la marque a parfaitement su surfer sur la vague du « bien-être » et l’a rentabilisé sans doute plus que n’importe quelle marque. C’est en créant l’illusion du vert qu’elle s’est hissée au premier rang des fast-foods mondiaux. Subway est même devenu un exemple pour les autres fast-foods. A l’exemple de KFC ou Burger King, la tendance est à la transparence et aux valeurs humaines. Subway est le Naruto des fast-foods : à force de détermination et de foi en ses valeurs, il a réussi à vaincre tous ses adversaires et les faire adhérer à ses idées. A la fin, devient même Hokage.

Naruto

Cette comparaison est assez… inattendue, je vous l’accorde…

Une famille pas si unie
La famille Subway, c’est ainsi que M. De Luca appelle l’ensemble des franchisés Un groupe que la marque présente comme uni autour de valeurs de respect du client, de épanouissement des employés et de réussite des entrepreneurs. En effet, intégrer la famille Subway c’est  disposer de la force d’un réseau , « le numéro un mondial », c’est être encadré par une marque riche en expérience, c’est disposer de formations nécessaires pour fonder votre franchise, c’est rejoindre un groupe qui reconnait les capacités ses employés et encourage leur ascension professionnelle. La marque met le paquet pour attirer de nouveaux entrepreneurs dans son réseau.


Cela fait partie de sa stratégie. Subway tend sa toile à travers le monde. Plus elle a de franchisés, plus la marque est rentable. La politique de Subway repose sur un nombre important de restaurants et des royalties élevés. Tandis que des licences comme Pizza Hut, Pomme de Pain ou Planet Sushi coutent 7% des bénéfices par mois, celle de Subway vaut 12,5%. La marque les distribue aisément, aucune expérience ni diplôme est exigé pour ouvrir une franchise. L’essentiel c’est d’établir le monopole. C’est ainsi qu’on peut rencontrer des restaurants de l’enseigne partout. Aux Etats-Unis, vous pouvez prier et acheter un sub dans une église.

Quels bénéfices en tirent les franchisés? Pas beaucoup d’après le Monde diplomatique. Ils seraient tenus a une clause de confidentialité très rigoureuse. Ils n’ont pas de liberté concernant l’organisation du restaurant. Dans sa politique expansionniste, la marque les oblige à concurrencer d’autres franchisés du même groupe. Subway prélève les royalties de la même façon. La marque met à leur disposition des conseils régionaux pour qu’ils puissent faire part de leurs impressions et influer sur la politique du groupe. On peut aisément conclure que de fait elle est moindre.

Les employés, au moins, sont-ils reconnus ? La plupart des employés de Subway, comme dans la plupart des fast-foods, sont des personnes peu qualifiées. Il s’agit d’étudiants ou de précaires. L’entreprise a standardisé son organisation afin de rendre la main d’oeuvre flexible et remplaçable. Autant dire que le poids des employés dans les négociations est négligeable. Les grèves sont quasiment impossibles et les conventions salariales, ne sont pas des « conventions » mais des déterminations de l’entreprise.

Et Subway dans tout ça? La marque se contente d’encaisser les rentes, de faire la communication et de veiller à ce que le concept soit bien respecté. La maison-mère se réserve les choix déterminants pour le groupe.

En somme, Subway s’inscrit complètement dans le cadre de ce que l’on peut appeler : les junkfoods. Pour satisfaire le consommateur, elle n’a pas seulement adopté les mêmes codes qui ont fait le succès de ses concurrents : elle a généralisé les siens. Après avoir lu cet article, on peut pointer du doigt facilement l’hypocrisie des fastfoods actuels, Subway en tête. Cependant, il faut reconnaitre que la marque a démocratisé l’idée des fastfoods responsables. En tissant sa toile, la firme américaine a participé au progrès de notre conception de « bien consommer ». La marque verte a une immense marge de progression dans ce sujet, comme chacun d’entre nous d’ailleurs. Donnons-nous le temps de nous en occuper.

Notez cet article !
Nombre de vote : 2

Articles similaires :

Corée du Sud : la destitution imminente de la Présidente Park-Geun-Hye... Depuis quelques semaines, le quotidien de la ville de Seoul est ponctué par de nombreuses manifestations de la part des citoyens coréens, qui demanden...
Qui a dit que la France ne façonne pas le web?  Qu'ont en commun Pierre Lacombe (fondateur de l'application Audigame) et Paul Thonus (vice-président de l'application Le Big One)? À l'évide...
La hausse du Dollar aurait-elle profité à Daesh ? La valeur du billet vert semble poursuivre son ascension. Depuis des mois, la valeur du Dollar grimpe faisant grincer des dents ou se frotter les ma...
Marine Le Pen : la gaffe de trop ? Marine Le Pen ne perd pas le nord. Ce mardi la candidate a une nouvelle fois provoqué la controverse. La raison ? Son refus de porter le voile face ...
Joao
Je m’appelle Joao et je suis chroniqueur chez Juste 1 Question. Je cherche à vous informer sur l’actualité mondiale de façon simple, concise et avec un grain d’humour. Je veux que vous puissiez appréhender chaque info. Pour cela, je compte toujours aller à l’essentiel et vous apporter les faits et mes analyses sans fioritures. Bref, mon but est de vous montrer que vous pouvez comprendre ce qui vous entoure en vous posant juste 1 question.

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier quand
avatar

wpDiscuz