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Société

Sommes-nous trop connectés ?

2 Oct , 2017  

C’est déjà le mois d’octobre et avec lui s’installe un rythme exigeant et des journées biens remplies. Pour beaucoup, une grande partie de ces journées se déroulent derrière un écran, à jongler entre travail quotidien,  impératifs reçus par mails ou coup de téléphone et notifications tentantes de Facebook ou Twitter.  Ce périlleux exercice nous met dans un état particulier : celui d’être continuellement sollicité et bombardé d’informations,  baptisé  « l’hyper-connectivité ». Si on ne peut pas nier le côté pratique, même vitale pour certains,  d’être en constante interaction avec le reste du monde, l’hyper-connectivité présente des risques à plusieurs niveaux et constitue un problème de santé publique très préoccupant .
Se débrancher librement ?

Depuis le premier janvier 2017, le droit à la déconnexion est officiellement inscrit dans la loi française. Avec ce droit, qui fait parti de la loi El Khomri, la France devenait pionnière dans la législation numérique. Grâce à lui , on  pouvait  enfin  ignorer le mail labéllisé [urgent] de son supérieur reçu en plein séjour balnéaire sans risquer l’overdose de stress à son retour.
Dans les faits,  ce n’est malheureusement pas si simple. Déjà, la définition de ce droit  n’est pas gravée dans le marbre : l’Etat donne simplement les lignes directrices, c’est aux syndicats et à la direction de chaque entreprise de choisir ensemble  comment il va concrètement s’appliquer.  Beaucoup d’entreprises n’ont   pas encore pris d’initiatives, et quand c’est le cas, les employés ont  parfois du mal à se couper complètement du monde  professionnel. Rester connecté est devenu une qualité professionnelle et se déconnecter une véritable angoisse pour certains… C’est bien que le droit à la déconnexion est imbriqué dans un phénomène  qui dépasse les frontières de la vie professionnelle.

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L’hyper-connectivité, c’est quoi ?

A travers notre téléphone ou poste d’ordinateur, nous sommes constamment reliés à un réseau d’informations ultra-performant qui rassemble la moitié de l’humanité via leur connexion internet. L’effet pervers d’un tel phénomène, c’est que ce réseau peut agir comme une véritable « laisse électronique » qui nous empêche de cloisonner l’espace professionnel et privé. Les premières recherches sur le sujet ont mis en avant que l’hyper-connectivité serait source de stress et de perte de productivité à cause de la surcharge cognitive qu’elle entraîne.
Mais ce n’est pas tout : en plus de l’environnement stressant qu’elle génère, elle  induirait chez les nouvelles générations une dégradation inquiétante de la concentration et de la faculté à mémoriser.
Les nouvelles technologies visent à augmenter notre productivité  mais la vitesse à laquelle l’information circule  devient  excessive pour l’homme qui, comme mitraillé par celle ci, ne traite  pas les différentes  tâches à  effectuées avec l’assiduité nécessaire.
Ce bombardement d’informations conduit  souvent les employés de bureau à une sorte de manutention de l’information extrêmement chronophage. Sans parler des  dommages potentiels sur la mémoire, l’attention… Les récentes études  en la matière  balayent complètement le mythe d’un homme multi-tâche à la productivité inédite : au contraire, elle baisse dangereusement.
Mais même si les voix contre l’hyper-connectivité se font de plus en plus entendre, nous ne somme pas forcément enclins à changer notre comportement numérique. C’est ce que semble indiquer une récente étude du cabinet éléas .Dans « les pratiques numérique pendant les congés d’été» (publiée le 26 Septembre 2017) on nous indique que,  pour l’été 2017, 1/3 des actifs restent connectés pendant les vacances.  Les raisons avancées sont « l’obligation professionnelle »  et « l’anticipation » (d’une future charge de travail)   Cela illustre bien que les facteurs qui conduisent à être connecté sont nombreux et que le droit à la déconnexion est loin de tout résoudre.  L’habitude, la pression ou la volonté d’être bien vu… sont autant de facteurs qui entretiennent le phénomène. Il y a aussi  la « nomophobie » ou la peur d’être déconnecté, dont soufrerait une partie non négligeable des nouvelles générations.

Le droit à la déconnexion recoupe des enjeux bien plus larges qu’il n’y parait. En le créant, la France fait un pas remarquable, témoignant d’une prise de conscience législative des défis que va devoir affronter la génération des « homo numericus ».  Esquisse  d’une révolution à venir,  dans le domaine de la loi comme ailleurs, le droit à la déconnexion introduit un  débat complexe et un champ de recherche infini  sur les terres inexplorées de l’ère numérique, où se croisent neuroscience et sociologie , technologie de pointe et philosophie.

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Thaïs Chaigne
Grande curieuse sur tous les fronts, je veux transmettre ce que j'apprends. (Surtout si vous me lancez sur l'Asie...)

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