b_1_q_0_p_0

A propos,Politique,Société

Quelle situation pour la Turquie au lendemain de la victoire du référendum ?

20 Avr , 2017  

Le 16 avril dernier, la population turque s’est prononcée en faveur du référendum proposé par le Président de la République, R. Erdogan. Alors que la rigidité du pouvoir en Turquie est de plus en plus contestée par l’opinion internationale, les mesures prévues par ce référendum confèrent de nouveaux pouvoirs au Président et affirment ainsi son autorité sur le pays.

 

Contexte

Le week-end dernier, le référendum visant à instaurer un régime Présidentiel en Turquie a été adopté à 51%. C’est une victoire pour le parti au pouvoir, l’AKP, et le président Erdogan, qui en est l’investigateur.

Toutefois ce résultat s’est finalement avéré plutôt serré, alors que le parti au pouvoir annonçait une grande victoire avec plus de 60% des voix en faveur.

Par ailleurs ce pouvoir est contesté, étant donné les modalités de vote modifiées le jour même et les conditions difficiles de campagne dans un pays contrôlé par le pouvoir en place.

Mais avant tout quelles sont les mesures proposées par le référendum et qu’est-ce que cela va changer pour le pays ?

 

Mesures du référendum

Le référendum prévoit de modifier la Constitution avec 18 nouveaux amendements. Ces mesures impliquent notamment d’important changements au niveau institutionnel et juridique, dont deux immédiats et d’autres avec une entrée en vigueur qui se fera en 2019 avec les élections présidentielles et législatives.

Deux changements immédiats

Le Président peut désormais devenir membre de son parti. Auparavant sa fonction lui imposait de rester impartial. Erdogan aura donc la possibilité d’être en même temps Président de la République et Président du parti majoritaire au parlement.

Deuxième changement : le conseil supérieur des juges et procureurs sera dissout. Le nouveau conseil des magistrats sera désormais nommé à 1/3 directement par le Président de la République et 2/3 par le Parlement (qui est aujourd’hui majoritairement AKP)

Les mesures dont l’entrée en vigueur se fera en 2019

Le 3 novembre 2019 aura lieu l’élection du Président de la République au suffrage universel et l’élection parlementaire le même jour. Le référendum ayant prévu la suppression du rôle de 1er ministre, le Président aura une large capacité à gérer des décrets sans contrôle du parlement. Par ailleurs le Conseil des ministres n’aura pas à demander de vote de confiance au Parlement.

Conséquences

Ces mesures induisent un fort rapprochement du pouvoir exécutif et législatif ayant comme conséquence la quasi suppression de la suppression des pouvoirs.

Cela attise donc des craintes institutionnelles et constitutionnelles. La Turquie s’inscrit de plus en plus dans un régime autocratique avec un seul homme qui dispose du pouvoir exécutif et législatif.

D’autre part les soupçons d’illégitimité du résultat font naître des craintes pour les prochaines élections, dont Erdogan sortira sûrement vainqueur.

 

Contestations du score

Les médias pro-gouvernement se félicitent du score, selon eux preuve du « vote de confiance du peuple ». Toutefois cette victoire n’a pas été écrasante et est très contestée.

Tout d’abord les résultats ont montré une conglomération du « non » dans les grandes villes (Istanbul, Ankara) habituellement en faveur de l’AKP. Cela remet donc en cause la valeur de ce « vote de confiance », qui ne concerne pas la majorité « intellectuelle » concentrée dans les métropoles.

Alors d’où proviennent les votes en faveur du référendum ?

D’une part les ressortissants de Turquie à l’étranger, qui représentent 1 million et demi de votes, ont en partie fait balancer le résultat en faveur du oui, c’est le cas en Allemagne, Belgique et Hollande, pays qui accueillent de nombreux travailleurs turques, issus majoritairement de milieux pauvres et ruraux.

On retrouve ce schéma en Turquie, où l’AKP a gagné la majorité de ses voix dans les régions rurales et dans la Turquie centrale tandis qu’il a perdu des votes dans les grandes agglomérations urbaines et auprès des « col blancs ».

Un autre facteur de la victoire sont les conditions extrêmement difficiles de la campagne qui sont à prendre en compte avec des médias sous contrôle et un état d’urgence en vigueur. Plus choquant : la commission électorale a décidé de changer en cours de vote, dans la journée, les règles de conformité des bulletins. Ainsi peut-être 2 millions de votes de l’opposition ont été possiblement non comptabilisés. Et cette irrégularité pourrait changer le résultat du référendum.

Ainsi le 18 avril, le vice-Président du CHP (gauche nationaliste) a déposé un recours pour contester la victoire du référendum. Or ce recours se fait auprès de la même commission qui a autorisé de changement de modalité à la dernière minute…

 

Existe-t-il donc un contre-pouvoir en Turquie ?

L’opposition est fortement divisée, par conséquent il n’existe pratiquement aucun contre-pouvoir, surtout dans une situation où les médias sont contrôlés par le pouvoir en place. Les 48,7% de vote contre le référendum constituent le seul contre-pouvoir, mais celui-ci n’est pas homogène : il représente les Kurdes, les Républicains, les européanistes, mais aussi les nationalistes d’extrême droite, donc ne peut pas devenir une alternative forte et unie.  La société turque est aujourd’hui très divisée et ne peut donc pas tenir tête à Erdogan de manière efficace.

 

Quel avenir pour le pays et les relations avec l’Union Européenne ?

Depuis le coup d’état le pays a subi de nombreuses purges : 47 000 personnes arrêtées, de nombreux fonctionnaires radiés, 160 organes de presses fermés, 120 journalistes en détention…

Et après ce référendum l’Etat ne va pas adopter un profil plus conciliant. La seule promesse d’Erdogan la veille du vote du référendum étant de rétablir la peine de mort, l’avenir de la Turquie ne semble pas se profiler sous un meilleur jour et cela anéanti de manière presque certaine une possible amélioration des relations avec l’Europe. Après le gel des négociations, l’Europe avait déjà perdue une capacité d’intervention, et désormais le Président turc a toute les cartes en main pour pouvoir défier l’Europe.

Source : http://www.courrierinternational.com/video/referendum-aujourdhui-il-ny-presque-plus-de-contre-pouvoir-en-turquie

Notez cet article !
Nombre de vote : 0

Articles similaires :

Comment interpréter les violences de Cologne au Nouvel An ? Dans la nuit du réveillon, des violences terribles ont eu lieu dans la ville allemande, ainsi que, selon les dernières informations dans 12 des 16 L...
Juste quelques questions à Jonas et Marso, modèles pour TIAD et LUMPEN... C’est en 2013 que naît l’agence de mannequinnat de Khöln (Allemagne) Tomorrows is another day (TIAD) sous l’impulsion de son actuelle directrice a...
Qu’est-ce que le compte pénibilité ? En juin 2016, Pierre Gattaz, le numéro un du Medef, s’attirait les foudres de la ministre Marisol Touraine en déclarant que les patrons n’applique...
Europe : l’union est-elle encore possible ? Lundi dernier, les principaux dirigeants de l’Union Européenne se sont prononcés en faveur d’une nouveau modèle pour l’Europe : fini l’uniformité, p...
Etudiante en relations internationales, je m'intéresse à toute l'actualité autour du monde, que ce soit d'un point de vue politique, économique, social ou culturel. Les sujets qui me tiennent à cœur sont divers, je tenterai de vous les faire partager au mieux !

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier quand
avatar

wpDiscuz