MaMa Festival

Culture / Divertissement,Musique

Que s’est-il passé au MaMa Festival cette année ?

24 Oct , 2017  

Cette semaine, pas de compte-rendu de la semaine musicale, mais un compte-rendu du MaMa Festival, auquel a assisté pendant 3 jours. Au programme : une programmation rap exigeante, des découvertes pop marquantes, et des soirées électros harassantes. Retour sur les trois jours de ce festival éclectique au cœur de la capitale.

Mercredi 18 Octobre

22h30 : Ce soir, au MaMa Festival, on assiste au concert du Club, dans la petite salle de la Boule Noire. Le groupe de rap qui fait parler de lui depuis le tube « Savon » a sorti son premier projet un peu avant l’été. Les deux rappeurs allient mélodies pop évidentes, avec des productions dans l’ère du temps, proches de ce qu’a pu faire un groupe comme la MZ. Leur maîtrise de l’autotune et des mélodies est impressionnante (comme sur Balotelli), signe d’une génération biberonnée à un rap où le refrain efficace n’a plus rien d’une honte.

Leur concert est à l’image de leur musique : frais, enthousiasmant, plein d’énergie et d’envie. Quand on voit les deux amis et leur backeur mettre l’ambiance sur scène, devant un public, aussi masculin que féminin, et n’hésitant pas à danser, on se dit que le renouveau du rap français de ces dernières années est particulièrement réussi. Le concert est assez court ; le groupe n’a pas forcément le temps de faire des pauses entre ses morceaux (time-line du festival oblige), mais ce long tunnel sans pause nous permet aussi de nous rendre compte du nombre de tubes produits par le duo jusqu’ici. On présente souvent le rap d’adolescent comme péjoratif. C’est une erreur. La jeunesse du groupe est sans doute la plus belle de ses qualités.

Jeudi 19 Octobre

 

20h : On assiste au concert de Malik Djoudi. L’artiste fait partie de tout ce renouveau de la scène pop française indépendante, qui ne renie plus la chanson française, tout en l’alliant avec la new wave et les synthétiseurs planants. Ce mouvement qui agite la pop française depuis une petite dizaine d’années, mené entre autre par l’excellent label « La Souterraine » ne cesse de gagner en intérêt. Sa force est sans doute de réussir à faire danser et pleurer en même temps, à coup de beats électros mélancoliques. Sous une pluie de synthétiseurs, le public du MaMa Festival écoute tantôt religieusement, tantôt en se balançant doucement, la pop doucement nostalgique de Malik Djoudi, délicatement éclairé sur la scène du Bus Palladium.

20h30 : On continue dans la pop électronique et raffinée, mais cette fois en anglais, avec Geoffroy, tout droits venu du Québec. Le concert se déroule au Carmen, très belle boîte de nuit parisienne, aux airs de gigantesque et grandiloquent appartement haussmannien. Sur scène, Geoffroy n’hésite pas à plaisanter avec le public, notamment sur le mode du québecois en France, et délivre un set réussi et dansant, qui fait monter d’un cran la température de ce début de soirée au MaMa Festival, au cœur du quartier de Pigalle.

21h30 : On arrive en retard au concert d’Isha. Pourquoi ? La queue devant le « Folie’s Pigalle » qui recevait la soirée de « Back in the Dayz » dans le cadre du MaMa Festival était trop longue. Autant dire que le rap belge, mis à l’honneur pendant cette soirée, a un public de plus en plus important dans la capitale. Sur scène, Isha se déchaîne, et enchaîne les tubes de son album « La Vie Augmente vol. 1 ». Le public, très réceptif, connaît tous les refrains, tous les gimmicks. Sur « Oh Putain », tout le monde prend l’accent marseillais, sans aucun problème. On découvre donc une nouvelle facette (celle du showman) du rappeur aux personnalités déjà nombreuses. Les autres, on vous en parle dans notre interview d’Isha, prévue la semaine prochaine.

22h : La soirée du rap belge continue, avec Krisy aka de la Fuentes, le producteur et rappeur de génie du rap belge, qui sort de l’ombre depuis quelques années, après avoir aidé le succès de Damso notamment grâce à ses talents de musicien. Avec ses tubes rêveurs et romantiques post-trap, Krisy nous fait planer depuis longtemps. Avec son concert, on découvre qu’il peut aussi nous faire danser, et pas qu’un peu. Pendant une demi-heure, le public se déchaîne, porté par un interlude du DJ de Krisy qui enchaîne tous les bangers américains du moment. « La vie est belle. »

22h45 : La soirée se conclut avec le show de Hamza, le prodige du rap belge, fils illégitime de Young Thug et du raï, qui nous fait danser au son de ses plus gros tubes. Les singles de son nouvel album à venir cette semaine se succèdent, de « Godzilla » à « Destiny’s Child » en passant par le génial « Vibes ». La fosse est en ébullition : pas une seconde de répit. Sur « La Sauce », tube réalisé sous les yeux de Mehdi Maïzi, animateur sur OKLM Radio qui a nommé son émission en référence à ce titre, le public finit de s’épuiser. Pas de doute : le rappeur belge réussit à allier l’efficacité et l’exigence musicale avec talent, dans son génial laboratoire autotuné.

23h15 : Pas de répit : on part directement au concert de « Meute », l’occasion de découvrir leur « Techno Marching Band ». Le groupe mêle donc la musique de fanfares avec des impressionnants cuivres et des percussions, et la musique techno avec un DJ sur scène. L’ensemble fait danser efficacement, mais peut avoir des allures de fête foraine un peu déprimante par moment, notamment quand la formation reprend les gros hits du moment.

23h45 : Dernière étape de notre soirée au MaMa Festival : le rap dévastateur de Biffty & DJ Weedim. Les deux compères qui s’amusent à mixer esthétique punk et trap depuis quelques années délivrent un set déchaîné et survolté, où tout le monde gesticule sur scène, violemment, intensément. Dans la fosse, là aussi l’énergie est punk entre les pogos et les slams. Pas de doute : DJ Weedim, que l’on avait interviewé ici, a bien réussi à créer sa patte et son esthétique musicale, complètement débridée et violente, et surtout terriblement efficace.

Vendredi 20 Octobre

22h40 : Après le rap belge hier, c’est le rap suisse qui est à l’honneur ce soir, avec la bande du XTRM Tour, composée de Di-Meh, Slimka, et Makala, crew avec lequel on commence notre soirée après un rapide passage au très beau set de Jumo au Carmen. Les trois rappeurs ont réussi ces dernières années à imposer leur crew mais aussi leurs identités individuelles, ce qui fait que chacun a ses fans dans la petite salle de la Boule Noire. Sur scène, l’énergie est débordante. Le crew est torse nu, et gesticule en tous sens sur ses plus gros tubes dont le génial Wes Anderson de Slimka. Dans la fosse, l’énergie est rendue, avec un public déchaîné. XTRM.

23h30 : Sopico délivre un show particulièrement surprenant au MaMa Festival, entre bangers particulièrement réussis, et morceaux plus émouvants, dont une prestation de son live pour Colors où le rappeur s’accompagne à la guitare. Entre concert intime et défouloir, Sopico mise aussi sur son indéniable charisme, parlant beaucoup au public, communiquant sa joie d’être ici. L’ensemble est un beau moment, pour le public comme pour l’artiste.

1h : Après une pause hot-dog bien méritée après ces concerts éreintants, on enchaîne avec la soirée électro à la machinerie du Moulin Rouge coorganisée par deux grosses agences de bookings (Voodoo Artists et AMS Booking) pour le MaMa Festival. Dans la salle du bas, des sets plutôt house s’enchaînent, tandis qu’en haut les sets sont plus saccadés, violents. On notera la prestation particulièrement réussie des Casual Gabberz. Leur formation bien pensée (articulée entre les DJs qui se relaient et l’individu masqué qui ambiance la scène) et le bon choix d’enchaînement des morceaux (notamment leur remix de Niska au cœur de leur performance) nous fait croire que la renaissance de la scène Gabber en France n’est pas prête de s’achever.

Notez cet article !
Nombre de vote : 1

Articles similaires :

Jidenna : est-ce que le Classic Man vaincra les discriminations ? Il débarque dans le monde du rap avec un style déjà très bien étudié. Jidenna, le protégé de Janelle Monáe, est un rappeur dandy. A travers son imag...
La Fourth World Music, qu’est-ce que c’est ? Pendant l'été, Juste1Question vous fait découvrir des genres musicaux électroniques oubliés, peu connus voire méconnus. Aujourd'hui, pour ouvrir cet...
Juste quelques questions à Alex Vizeo En ces temps moroses, nous avons pensé vous faire voyager un peu pour vous changer les idées avec Alex ! Blogueur, youtubeur mais surtout voyag...
La OFF était-elle de qualité ? Ce weekend a eu lieu le très attendu Closing de la OFF, un closing annoncé sans fin comme le mentionne le nom de l’évènement : OFF, Never Ending Clo...
Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier quand
avatar

wpDiscuz