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Société

Rousseau-Angot : Que peut-on en tirer ?

3 Oct , 2017  

« On se débrouille ! » : La phrase de Christine Angot retentit sèchement sur le plateau de Laurent Ruquier comme le choc d’un vieil arbre au sol d’une forêt. Comme le bruit du tronc qui s’abat sur le sol, le cri de l’écrivaine porte la triste réalité d’un fait douloureux, cruel et irréversible : son viol. Ce cri fuse devant les yeux incrédules et inconsolables de l’ancienne secrétaire-adjointe d’EELV Sandrine Rousseau. Cette dernière était venue promouvoir son livre « Parler » qui relate l’agression sexuelle qu’elle a subie de la part de Denis Baupin, député du parti à l’époque.

C’est ainsi que ce dresse le scénario du drame diffusé sur France 2 samedi dernier. Un sujet sensible, deux victimes face à face, un désaccord total sur la forme, un débat de sourds sur la dignité d’une femme. En ce début de semaine, la critique s’enflamme. Les chroniqueurs et l’émission sont vivement mis en cause pour leur agressivité vis-à-vis de l’invitée.

Pourtant, un débat de cette importance mérite que l’on aille au-delà du simple jugement du comportement des intéressés et qu’on s’intéresse aux quelques idées qui ont été mises sur la table. Que peut-on retenir de la polémique Angot-Rousseau ?

L’accusation du discours
La première idée marquante du débat est l’accusation par Angot et Moix à l’égard de Rousseau d’inscrire son récit dans un discours. Cela serait parfaitement crédible et logique car le livre a été écrit par un cadre du parti écologiste. L’oeuvre a aussi la volonté de faire bouger les choses concernant la situation des femmes. Encore émue après le passage vif, Sandrine Rousseau met l’accent sur une situation « qui n’a pas bougé d’un iota ».

La situation devient révoltante lorsque l’on comprend dans la critique du « discours » porté par Rousseau qu’il est en quelque sorte comparable à celui des politiques actuels. Yann Moix explique que les hommes politiques sont dans un autre cosmos. Comprenez évidement que le discours n’est pas apte à représenter la réalité, mais au contraire à la déformer, à l’amplifier. Un homme politique serait incapable de retranscrire la réalité de façon aussi « vraie » qu’un écrivain. Ses intérêts personnels l’en empêchent : le politique veut faire adhérer la masse à ses idées et non pas décrire un événement dans toute sa complexité, en trouver l’essence même.

Le procès d’intention qui s’est déroulé sur le plateau est condamnable sans aucun doute. Le comble étant la conclusion de Yann Moix sur le sujet à Sandrine Rousseau : « Vous tenez un discours, je suis désolé ». Mais ce qui est le plus remarquable c’est l’amalgame systématique entre discours et instrumentalisation fait par le duo Moix-Angot. Le livre serait une tentative frustrée de parler au nom des femmes agressées sexuellement, de la même façon que les discours des politiques le sont quand ils parlent au nom du peuple. Dans ce sens, il y aurait une hypocrisie inhérente à « Parler ». Le livre ne serait qu’un ramassis de conjonctures qui ne s’attaque pas au problème réel.

Ainsi les chroniqueurs ne se sont jamais intéressés au fond, estimant que la forme bancale ne présageait aucune profondeur. Or la forme, récit ou discours, aurait-elle seule pu empêcher un débat de fond sur ce sujet ?

Le rejet de la laideur 

La deuxième idée qui a surgi durant la séquence vient de Christine Angot. L’écrivaine dénonce la laideur des images concernant les agressions sexuelles. Un traitement de l’image qui provoque l’indignation de la chroniqueuse. Selon elle, cette vision déshonore des femmes qui ont déjà été déshonorées.

Concernée elle-même par les images, l’écrivaine pointe ce qui, selon elle, est le défaut de ces campagnes. Les images destinées à choquer le spectateur dépeignent le viol, par exemple, comme un acte de barbarie envers les femmes qui le subissent. Un crime sale, brutal perpétré par l’homme dans un état d’insanité profonde. Ils décrivent aussi une femme qui perd totalement sa dignité et qui garde en elle les stigmates indélébiles de cette tragédie.

Outre les bonnes intentions, Angot pointe un manque de respect de la part de ceux qui veulent « rendre justice aux les femmes violées ». Ce manque de respect se percevrait dans ces images complètement débridées à l’image de l’agresseur en question. Voir ces images serait en quelque sorte pour la victime revivre aussi le moment. Mais de plus, il existerait aussi une espèce de voyeurisme malsain dans ces images où le spectateur peut imaginer tout ce qui peut ce passer, mais ne rien faire contre.

On peut comprendre en analysant ce point de vue que la chroniqueuse d’ONPC pense que cette gestion de l’image de la femme violée la dévalorise. Car la vision que proposent ces images de la femme violée serait plus celle d’une créature digne de pitié que de respect. D’où la révolte de Christine Angot à ce sujet.

Ainsi, la question concernant l’image de la femme harcelée, agressée physiquement ou violée mérite d’être posée. Un changement de valeurs est nécéssaire dans le traitement de l’image.Ne faudrait-il pour cela montrer davantage de rigueur concernant le respect de l’intégrité morale des victimes, plutôt que de chercher à culpabiliser la société en général ?

L’affirmation de la femme 

La troisième idée capitale qui réside dans la séquence calamiteuse c’est l’affirmation de le femme. Ou plutôt, de la forme qu’elle doit prendre. En effet, d’un coté nous avons Sandrine Rousseau, victime cherchant à briser le silence pour les femmes en général. Une femme qui veut briser le tabou d’une classe politique minée par des abus d’hommes dont le pouvoir monte à la tête. Une femme qui veut marcher la tête haute dans ce milieu de « vieux briscards ».

De l’autre nous avons Christine Angot, écrivaine et victime de viol, refusant l’étiquette de victime qu’on pourrait lui prêter, cherchant à défendre la fierté qui reste à une femme dont on a profané ce qu’elle a de plus précieux. Laquelle représenterait la femme qui s’affirme ?

Les deux. Aucune des deux n’est à condamner pour leur vision. Leur intention reste la même : défendre leur dignité. Il est nécéssaire de saluer le courage de ses deux femmes qui se sont élevées à leur façon face aux tabous et aux injustices tues. Le livre de Sandrine Rousseau jette un pavé dans la mare politique et ramène dans le débat public un problème d’insalubrité des moeurs de certains hommes. Une insalubrité qui brise non seulement des carrières mais des vies. Une déliquescence de caractère qui permet à des criminels d’agir en toute impunité.

Néanmoins, la critique de Christine Angot s’adresse à une idée de féminisme de l’image. L’écrivaine dénonce une facette du mouvement qui aujourd’hui à se distinguer plutôt qu’à chercher l’égalité. Angot propose que les femmes doivent s’affirmer pour ce qu’elles sont, pour leur capacités et ainsi être de fait au même niveau que des hommes : « je suis une personne, pas une victime ».

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