Qu'est ce que la crise boursière chinoise de 2015

Economie

Qu’est ce que la crise boursière chinoise de 2015 ?

25 Jan , 2016  

Début juin 2015, le monde de la finance retient son souffle face à des nouvelles inquiétantes : La bourse de Shanghai s’effondre en quelques jours, elle qui culminait à son plus haut historique. La bourse chinoise était en pleine expansion depuis le début de l’année avec une croissance supérieure à 100% en l’espace de 6 mois. C’était une place en pleine effervescence où le nombre d’investisseurs et le cours des actions ne cessait de grimper.  Ce boom faisait croire à renouveau de la croissance spectaculaire chinoise.

Et pourtant, les marchés d’actions chinois s’écroulent. On assiste alors à l’explosion d’une bulle spéculative colossale qui fait disparaître des milliers de milliards de dollars en moins d’un mois. Les autorités chinoises de régulation annoncent des mesures extraordinaires afin de soutenir l’investissement en bourse mais rien y fait :  Les journées noires se multiplient  et le mouvement de baisse se poursuit jusque ces jours-ci.

Mais Comment Shanghai, une place boursière mineure est passée en un an au statut de place miraculeuse dans l’environnement de crise actuelle? Pourquoi cette ascension s’est-elle achevée de façon si violente?

Une croissance fulgurante

Pour comprendre la crise boursière actuelle en Chine, il faut remonter à 2008. La crise financière mondiale frappe directement les grandes banques. Les économies occidentales ralentissent faute de capital à investir. Le chômage en hausse et l’investissement en baisse, c’est la consommation de ses pays qui se réduit considérablement. C’est une nouvelle désastreuse pour la Chine puisque les importations de ses principaux clients se contractent fortement. La Chine tire l’essentiel de sa richesse du commerce international. Les conséquences d’un ralentissement pourraient être beaucoup plus graves pour elle que pour l’Europe ou les Etats-Unis du fait de la taille de sa population. Le gouvernement chinois décide donc de remplacer la demande extérieure par sa consommation interne. Il facilite l’accès au crédit, et notamment au crédit immobilier.

Cette décision du gouvernement provoque un boom du marché de l’immobilier en Chine. Les banques chinoises, soutenues par le gouvernement, accordent plus facilement des crédits. Les chinois épargnent beaucoup. Ils ne disposent pas de l’assurance sociale des pays européens ni des fonds d’assurance privés classiques. Ces propriétés deviennent pour eux une source de valeur en cas de coups durs, ce sont des actifs immobiliers de première importance. De l’autre coté, nous avons des entreprises de construction privées qui disposent également du soutien du gouvernement afin d’élargir le parc immobilier chinois. Ce sont donc des milliers de projets immobiliers lancés au-delà de la demande réelle. S’apercevant que la valeur de ces projets immobiliers dépasse celle de simples logements pour les acheteurs, ces entreprises font flamber les prix. Les investisseurs sont piégés par l’illusion d’une hausse des prix rapide. Ils pensent que leur patrimoine immobilier va continuer de prendre de la valeur et qu’ils pourront rembourser leur dettes et en retirer une plus-value. La bulle s’estompe finalement et fait chuter la valeur des appartements, ce qui contrarie les plans de nombreux chinois maintenant surendettés.

Les ménages se retournent alors vers d’autres sources de valeur relativement plus sûres afin de placer et rentabiliser leur épargne : les actions. Le gouvernement chinois s’aperçoit des possibilités de reprise de l’activité par ce canal : pousser les ménages à acheter des actions c’est fournir aux entreprises de quoi investir, embaucher et donc de créer de la consommation à terme. La Chine réduit donc son taux d’intérêt directeur, celui auquel les banques « achètent » la monnaie. Cela va permettre aux banques d’accorder des prêts plus facilement. Elle lèvent les barrières institutionnelles du marché des actions  à partir de 2014 afin de permettre aux ménages et aux petits investisseurs d’accéder plus facilement aux marchés des actions. De plus en plus de comptes en banques destinés à la formation d’un portefeuille d’actions sont créés et la bourse chinoises commencent à s’emballer.

La formation de la bulle spéculative.

Le mouvement était lancé. Le crédit était encore une fois distribué facilement mais cette fois-ci afin d’acheter des actions a poussé les investisseurs à prendre plus de risques. L’économie chinoise étant toujours dynamique c’est une source sûre de rentabilité. On a donc des individus qui se sont retrouvés avec une quantité d’argent considérable à investir grâce au crédit facilité. La dérèglementation du marché des actions pour les pousser à en acheter leur a donné beaucoup plus de liberté pour placer leurs fonds. Et enfin, l’Etat chinois, en soutenant l’activité des entreprises, réduit le risque de faillites et donc de perte d’argent. Acheter des actions devenait alors extrêmement rentable et sûr. La bourse est donc devenue en quelque sorte un casino où l’on touchait à chaque fois le jackpot. Quelque soit la machine, le gérant vous garantissait que vous gagneriez.

Des initiatives du gouvernement chinois ont cependant été déterminantes à la croissance incontrôlée des bourses. Une énième baisse des taux d’intérêts de la Banque Centrale au début de 2015 : les banques pouvaient avoir accès à plus d’argent pour en distribuer. Et surtout, la libéralisation d’opérations sur marge. Les opérations sur marge consistent à s’endetter auprès d’autres agents financiers que les banques ou les établissements de crédits afin de continuer à acheter des titres en bourse. Ces opérations ont été fatidiques dans le gonflement de cette bulle. Les acheteurs d’actions avaient déjà atteint le plafond des montants empruntés auprès des banques. Ils ont pu continuer à s’endetter auprès d’autres organismes pour spéculer sur des titres à l’aide de ces opérations. Les investisseurs achetaient avec ce qu’ils n’avaient pas, les organismes de crédit prêtaient des sommes dont ils ne disposaient pas, mais tout cela tenait car les prix des actions grimpaient. Les actionnaires pouvaient donc rembourser en vendant les titres et les créanciers avaient tellement accordé de crédit qu’ils pensaient qu’il était impossible que tous ne puissent pas rembourser. La bourse de Shanghai décollait alors et montait par elle-même du fait que la spéculation faisait sa valeur s’élever « artificiellement ».

Avec une croissance aussi rapide viennent également les doutes des autres marchés. En effet, comment une place boursière peut voir sa valeur augmenter aussi vite, plus rapidement que l’activité des entreprises, si ce n’est par la spéculation? Pour rappel, le PIB, soit l’activité en Chine a augmenté de 7% selon les chiffres officiels. La bourse de Shanghai a grimpé de 100%. De plus, les risques d’investissement que ne craignaient plus les investisseurs reposait sur le trop-plein de crédit accordé par les prêteurs, sur lequel, ils n’avaient plus de contrôle : ils avaient prêté quatre fois ce dont ils disposaient, selon les estimations. Le gouvernement chinois cherchant à éviter le pire, l’a provoqué. En essayant de mettre un frein sur la spéculation, ils ont restreint les opérations sur marge en Mai de la même année. Les prêteurs ont donc du revoir leurs plans puisque leur activité était tout d’un coup limitée.

Le retournement du marché.

Les prêteurs ont réduit l’offre de crédits et augmenté leurs taux afin de récupérer des fonds propres nécessaires à la poursuite de leur activité. Les ménages qui se sont endettés voire surendettés pour certains ont dû vendre des titres afin d’assurer le remboursement de leurs dettes. Cette première vague de ventes conjuguée à la baisse des échanges s’est ressentie au niveau du marché comme le ralentissement de sa croissance, c’était la fin de l’euphorie. Les prix n’augmentent plus autant que l’on espérait, les profits anticipés ne sont pas au rendez-vous et pourront ne jamais voir le jour.

On commence alors à vendre massivement, la valeur des titres s’effondre, l’indice boursier avec lui : c’est le krach. En juin, les mauvaises journées s’enchaînent à la bourse de Shanghai. Le mécanisme de fermeture des marchés s’enclenche plusieurs fois et à la reprise les résultats sont de plus en plus négatifs. On se retrouve ainsi avec une situation dangereuse où les cours s’effondrent de 30% sur un mois. Cela signifie la disparition massive de titres d’actions qui représentent des centaines de milliards de dollars. Les ménages se retrouvent avec des dettes très lourdes étant donné que leurs investissements ont été un échec. Les entreprises cotées perdent considérablement en valeur à cause de la baisse des cours des actions. Le gouvernement intervient activement par des baisses de taux d’intérêt afin de conserver l’attractivité du marché boursier et relancer la dynamique des échanges. Le succès est mitigé car l’accalmie n’est que de courte durée. Le 24 Aout, la bourse de Shanghai connait à nouveau une journée noire. La baisse se stabilise mais est toujours là, comme le confirment les pertes de valeurs de ces derniers jours.

La crise de cet été est la base de ce qui se passe actuellement à Shanghai. Une perte de valeur si importante s’est ressentie sur le monde entier. L’ensemble des économies du globe sont reliées à la Chine étant donné qu’elle est « son atelier ». Elle est une valeur sure pour les investissements, un pays d’avenir sur lequel reposent d’importants enjeux pour les grands groupes. Néanmoins, cette crise boursière à levé les doutes sur son système économique. Sa capacité d’assurer la la consommation intérieure en cas de crise boursière plus grave, la fiabilité de ses données statistiques, son système économique de gouvernement des marchés par les autorités chinoises sont remis en cause par des agents internationaux ce qui rend ses marchés instables faute de confiance mais aussi le volume d’investissement venus de l’extérieur.  

C’est donc plus qu’une crise boursière que la Chine est en train d’affronter mais une crise de confiance en son modèle économique, tout comme l’Espagne, la Grèce, ou aujourd’hui la France. Mais dispose-t-elle de la même cohésion sociale que ces pays afin de pouvoir lui faire face?

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