the-carrot-410656_960_720

Société

Qu’en est-il du végétarisme aujourd’hui ?

3 Mai , 2016  

Presqu’un mois après la sortie du best-seller d’Aymeric Caron Antispéciste : réconcilier l’humain, l’animal, la nature, nous avons cherché à comprendre pourquoi le végétarisme fascine de plus en plus, entre véritable prise de conscience et phénomène de mode.

 

 

            Le rôle des médias

            Si le mode de vie « vegan » a plus d’impact sur les jeunes qu’il n’en avait il y a 30 ans, c’est notamment parce que les médias et les réseaux sociaux se sont énormément développés, permettant ainsi à tous de suivre l’actualité et les phénomènes de mode.

           Le lien entre médias et way of life se ressent de deux manières. D’abord, on peut voir que sur des plateformes comme Facebook ou Twitter, de nombreuses vidéos circulent, montrant des scènes cruelles filmées dans des abattoirs, ou des personnes face caméra expliquant les dangers de la consommation du lait. Elles permettent à la fois une critique du régime omnivore et l’apologie du végétarisme. Ces vidéos fonctionnent sur le système du partage : les contenus tournent extrêmement rapidement sur les réseaux, et notamment entre les jeunes. Plus qu’avant, la communauté connectée se sent concernée par les enjeux moraux de la consommation de produits animaux ; d’où le choix du terme « antispécisme » utilisé par Aymeric Caron, qui renvoie à la nécessité de ne pas hiérarchiser les êtres quant au traitement à leur réserver.

        D’autre part, c’est par ces mêmes réseaux que les icônes se forment et gagnent leur popularité. De nombreuses personnalités du web ont compris l’aspect fédérateur de la prise de conscience vegan. De ce fait, sur Youtube par exemple, des vidéastes plus vraiment amateurs totalisent des millions d’abonnés en prônant un mode de vie « healthy », éco responsable et esthétique. Le couple de Youtubeurs anglais Niomi Smart (dont le slogan limpide est « eat smart ») et Marcus Butler totalise presque 6 millions d’abonnés. C’est dans ces icônes que la jeune génération se reconnaît et auxquelles elle veut ressembler. Smoothies verts et gâteaux sans gluten se multiplient sur les vidéos pour le plus grand bonheur des internautes.

 

            L’esthétique « healthy » : mens sana in corpore sano ?

        Au-delà de la prise de conscience réelle et louable de ces dernières années, c’est une véritable économie qui s’est construite sur l’alimentation végétarienne. Le nombre de restaurants végétariens ou aux lignes gastronomiques « healthy » (gluten-free, milk-free) a explosé dans les grandes villes. La raison ? Manger végétarien, pour beaucoup, c’est manger plus sain, donc penser plus sain, et mieux traiter son corps. Les plats végétariens à la présentation soignée affolent : les restaurants revendiquent les bienfaits des graines, des fibres, des baies de goji et autres sirops d’agave, et les consommateurs sont réceptifs, d’autant plus qu’on leur promet de réelles évolutions concernant leur physique. Souvent associé à des sports spécifiques comme le yoga ou les pilates, l’alimentation végétarienne conditionne un tout nouveau mode de vie, celui du respect de soi, de son apparence, et de son assiette.

          L’idée générale est de se faire plaisir tout en faisant attention. Un exemple parmi tant d’autres : l’instagrameuse Ella Denton, 254 000 abonnés à son actif, écrivait récemment sous une photo de son bol de petit déjeuner : « Most smoothie bowls don’t look like the ones in the pictures but they’re still damn good. I love #plantlife . PS. Try covering yours in cinnamon. It’s unreal. »

      

                  L’effet ghettoisant du végétarisme

    Quelles que soient les intentions profondes derrière l’alimentation végétarienne, on peut s’interroger sur ses effets communautaristes. D’un côté, il est vrai qu’une alimentation aussi spécifique ne peut être que fédératrice pour ceux qui la pratiquent : parce qu’il est plus difficile de trouver un BioCop qu’un Monoprix, ou de dénicher une recette de porridge aux fèves que celle d’un jambon-pâtes, on a tendance à se rapprocher de ceux qui rencontrent les mêmes difficultés. Mode de vie fédérateur, mais aussi facteur d’exclusion.

            D’une certaine manière, manger est social : les repas sont synonymes de partage, et il est difficile de se fondre dans un groupe quand on a beaucoup d’interdits alimentaires, et ce d’autant plus quand on connaît le cliché principal concernant les végétariens : ils ne parlent que de ça. En règle générale, on peut se demander si le régime végétarien et végétalien n’est pas l’illustration d’un vrai écart entre les classes : généralement, ce sont les catégories sociales aisées qui adoptent ce type de modes de vie, parce que soigner son alimentation est cher ; de ce fait, c’est une partie de la population, moins riche, qui se retrouve exclue de cette tendance alimentaire dans laquelle elle n’a pas sa place.

       En d’autres termes, le végétarisme n’a jamais été aussi populaire qu’aujourd’hui, à la fois parce que la pensée antispéciste se développe, mais aussi parce que les promesses des régimes végétariens fascinent. Le risque : foncer tête baissée dans un état d’esprit qu’on ne connaît que par le bouche-à-oreille, et prendre le risque de s’isoler peu à peu par un mode de vie trop contraignant.

Notez cet article !
Nombre de vote : 4

Articles similaires :

Est-ce que le carnet politique représente le futur du traitement média... Dans un entretien, le président du Carnet Politique, François Destais nous présente son média du web consacré à la politique, et qui, par sa rédac...
Les cyberattaques : un nouveau moyen de pression géopolitique ? Avec le dernier incident impliquant la Russie et les Etats-Unis, les tensions n'ont fait que monter. Les deux camps s'accusent d'avoir orchestré d...
L’effet Trump, la menace qui plane sur les présidentielles ? Il y a six mois, la presse internationale était stupéfaite à l’annonce de la victoire de Donald Trump, élu président des Etats-Unis à la suite de Bara...
Comment la télévision réussit-elle à faire de ses audiences un feuille... Depuis la rentrée, on ne parle que de ça : l'arrivée de Yann Barthès sur TMC, avec sa nouvelle émission « Quotidien ». Les articles pleuvent. Le prése...
Clélia
J'écris surtout dans la catégorie Société. J'aime lire, voyager et découvrir ! Je m'intéresse beaucoup à l'actualité, et espère vous transmettre mon envie de la comprendre.

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier quand
avatar

wpDiscuz