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Mode,Société,Tendance

Juste quelques questions à Jonas et Marso, modèles pour TIAD et LUMPEN.

1 Juin , 2016  

jj

C’est en 2013 que naît l’agence de mannequinnat de Khöln (Allemagne) Tomorrows is another day (TIAD) sous l’impulsion de son actuelle directrice artistique Eva. L’agence rassemble une collection fascinante de visages juvéniles et indéterminés, de corps chétifs et anguleux. Les hommes de TIAD défilent et posent pour Marc By Marc Jacob, Vêtements ou encore Ricks Owens. Repérés dans les rues de Londres, de Paris et de Moscou, ils figurent une refondation en marche des critères esthétiques qui régissent le monde de la haute couture. La spontanéité de la sélection opérée par l’agence transparaît dans une photographie du détail. L’un d’eux a tout particulièrement attiré mon attention. Cheveux longs, sidecut, nez percé, flan et avants-bras tatoués, allure androgyne, Jonas Paajanen est un jeune musicien finlandais repéré par Eva (manageuse de TIAD) à Picadilly Circus en 2014. J’ai décidé de le rencontrer.

Juste1Question: Hey Jonas, enchanté(e). Merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à mes questions! Parle moi de toi, où as-tu grandi? Qu’est-ce que tu faisais avant de devenir mannequin?

Jonas Paajanen: Je suis né et j’ai grandi à Helsinki, en Finlande. J’aime faire beaucoup de choses! Comme un enfant, j’ai d’innombrables passions; tel que le hockey que j’ai pratiqué pendant sept ans.Tu peux d’ailleurs le constater en voyant mon corps musclé n’est-ce pas? A une époque, je faisais du skateboard dès que je le pouvais. Depuis que j’ai 17 ans, je chante dans plusieurs groupes, de punk rock et de métal. Je collectionne aussi les PlayStation et les jeux PAL pour PS1 et PS2. Je rêve de tous les avoir.

 

jonasJonas pour Rick Owens

 

J1Q: Oh en effet il ne manquait plus que le mannequinat ! Quand et comment as-tu été repéré? Dans quelle mesure penses-tu correspondre à la ligne de cette agence?

Jonas P: J’étais à Londres pour assister à un concert de Kyary Pamyu Pamyus. Je me promenais à Picadilly Circus quand j’ai réalisé qu’Eva (manageuse de TIAD) me courait après. Elle s’est présentée à moi et m’a demandée si j’étais intéressé par le mannequinat. Au début, j’étais vraiment sceptique, je ne voyais pas trop de quel genre de mannequinat Eva me parlait. Je pense qu’Eva cherche des mannequins étranges, qui dégagent une certaine personnalité. Le lendemain, je participais à un shooting test et je signais avec l’agence. J’avais toujours perçu le monde de la mode et a fortiori de la haute-couture comme superficiels et sans grand intérêt. Finalement, je me suis dit que c’était une chance unique qui ne se représenterait jamais et que je ne perdais rien à essayer!

J1Q: Grâce à toi j’ai découverts Kyary Pamyu Pamyus et je dois avouer que ça me manquait vraiment! Comment s’est déroulé ta première séance photo? As-tu été déstabilisé par le regard du photographe?

Jonas P: Oh mais de rien, j’adore le Japon, ce sont les meilleurs en matière d’étrangetés! Ma toute première séance photo s’est très bien passée, il n’y avait qu’Eva, le photographe, Joachim Mueller Ruchholtz et moi. C’est une séance photo classique et plutôt décontractée. Ma toute première « véritable » séance photo était pour Marc By Marc Jacobs lookbook et il y avait beaucoup beaucoup de monde. Je ne me sentais pas du tout à ma place.

J1Q: A quel point est-ce que le mannequinat a changé ta vie? Tu joues toujours dans tes trois groupes de rock? (si c’est le cas, tu as toute mon admiration, j’ai tenu trois mois dans mon dernier groupe de black métal…)

Jonas P: En fait, le mannequinat n’a pas changé grand chose à mon mode de vie. Certes, je voyage beaucoup plus, j’ai pu faire beaucoup de belles rencontres, comme Dima, qui est russe et Gaby. Tous deux sont aussi mannequins pour TIAD. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir des jobs normaux, de chanter dans des groupes et tout ce que je faisais avant.

 

rick owens jp

Jonas pour Rick Owens

J1Q: Parfait alors, bonne chance pour ta collection de Playstation. Considères-tu le mannequinat comme un « job » ou plutôt comme un passe-temps chic?

Jonas P: C’est clairement un passe-temps (même si j’y fais référence comme à un job). J’aimerais bien voir ce que ça donnerait si j’en faisais mon métier à temps plein, mais je ne pense pas être suffisamment commercial pour ça. Financièrement, pour moi c’est juste une extra. Un super extra.

J1Q: Tu as dit que tu trouvais le monde de la mode et de la haute-couture un peu superficiels voire carrément sans intérêt. Maintenant que tu as une véritable expérience de ce milieu, serais-tu près à réévaluer ton jugement? Je suis intimement convaincu.e que la « mode » au sens le plus large du terme, peut dans certains cas contribuer à une ouverture de la société civile, notamment grâce aux images qu’elle diffuse. Je pense par exemple aux campagnes « gender neutral » lancées aussi bien par des firmes de prêts-à-porter, par de grandes maisons de coutures que par de jeunes créateurs.

Jonas P: En effet, j’ai complètement changé de point de vue à ce sujet. Travailler avec des stylistes tels que Rick Owens a totalement renouvelé l’image que je me faisais du monde de la mode. Je considère désormais la mode comme un art à part entière. Concernant les campagnes gender neutral, je dois dire que j’aimerais vraiment y participer! Sexes et genres relèvent d’une telle complexité et impliquent tellement de nuances, qu’ils ne pourront jamais être réduits qu’à des catégories étroites et artificielles.

J1Q: En me promenant sur le site internet de TIAD, j’ai pu voir des visages et des corps androgynes, tous d’une très grande originalité. Ton profil a particulièrement attiré mon attention. Tes longs cheveux, tes tatouages et tes piercings semblent pourtant en décalage total avec l’image classique que l’on peut avoir d’un top modèle. « Différences » et « imperfections » semblent célébrées. Penses-tu que cette attrait pour l’excentricité pourrait contribuer activement à un renouvellement et un questionnement des canons esthétiques et du sens de « mannequinat »?

Jonas P: En un sens, je pense que oui. Mais ces évolutions restent limitées et bien souvent cantonnées au milieu de la haute couture. Les marques commerciales et de grandes distributions (même certaines maisons de hautes-coutures) continuent de fonder leur dimension commercial sur des visions de la masculinité très stéréotypées.

J1Q: Tes piercings sont vraiment très imposants et semblent être partie intégrante de l’économie générale de ton visage. T’as t-on déjà demandé de les retirer lors d’une séance photo ou pour un défilé? Plus largement, te sens-tu libre de tatouer ou percer ton corps comme tu l’entends?

Jonas P: Tout le temps, on me le demande sans arrêt! Je crois que j’ai dû les enlever pour deux ou trois jobs. Donc je ne pense pas être choisi pour mes piercings…Ils font partie intégrante de moi, je ne me sens pas à l’aise sans eux. J’ai déjà pensé refuser des contrats parce qu’on me demandait de les enlever. J’essaye de ne pas y prêter attention. Et oui je fais absolument ce que je veux de mon corps !

J1Q: Que répondrais-tu si on te demandait de poser pour des vêtements « pour femmes »?

Jonas P: J’accepterais avec joie et sans aucune hésitation !! Des vêtements sont des vêtements, peu importe qu’ils s’adressent potentiellement aux hommes ou aux femmes, cela ne change rien. Si tu veux savoir, j’ai longtemps porté cette chemise rose à motif léopard achetée dans un magasin pour femmes enceintes.

J1Q: Merci Jonas!

 punk à chien
Jonas dans les rues de Londres 

Pour écouter les groupes de Jonas Paajanen:

– https://www.youtube.com/watch?v=ORNiFhhGXPo
https://www.youtube.com/watch?v=wFRF4jQVLvY
https://www.youtube.com/watch?v=uWZ1SSYgGkA

 

                                                                      marsi                                                                                            Marso Tima (LUMPEN)

L’agence moscovite LUMPEN est fondée par Avdotja Alexandrova, qui en est l’actuelle directrice artistique, en 2014. « Lumpen » est un mot emprunté de l’allemand et signifie « haillons ». Le concept marxiste de « Lumpenproletariat » désignait aussi bien les « voyous », que les « marginaux » et autres éléments déclassés. Quoi de mieux qu’une réappropriation positive de ce terme pour caractériser une agence à la croisée des genres et des styles? Véritable remise au goût du jour d’une esthétique post-soviétique façonnée par des visages marqués, burinés et androgynes, LUMPEN contribue unilatéralement à une ouverture sur la mode Russe et à une remise en questions des canons esthétiques. Le mur tombe une nouvelle fois.

J1Q: Enchanté.e Marso. D’où viens-tu? Que faisais-tu avant d’être mannequin?

Marso Tima: Je suis né et j’ai grandi dans la région de Tomsk. Better watch yourself. Et je m’aime comme je suis.

J1Q: Comment es-tu devenu mannequin? Est-ce que LUMPEN était ta première agence?

Marso Tima: Ma copine posait pour l’agence de mannequinat Database. C’est elle qui m’a parlée de LUMPEN. J’ai décidé de contacter un agent et d’écrire à l’agence. J’ai été invité à une séance photo et depuis je suis modèle pour LUMPEN. C’est ma toute première agence, je l’adore.

J1Q: Que penses-tu des modèles de ton agence? Ne trouves-tu pas que leur physique d’une très grande originalité les distingue d’autres mannequins?

Marso Tima: Notre agence tente de montrer que tout le monde est beau d’une manière toute à fait nouvelles, nos modèles sont vraiment différents.

J1Q: Dans quelle mesure penses-tu que ton profil correspond bien à la ligne de LUMPEN ?

Marso Tima: Oh…c’est une question difficile, mais je vais essayer de te répondre haha. Je ne pense pas avoir un visage ordinaire, pour un modèle russe en tous cas. Je suis parfaitement entre homme et femme. C’est ce qui fait ma particularité. Au début de notre collaboration, mon agent avait quelques doutes concernant mon profil. J’ai choisi LUMPEN car cette agence met en valeur des profils très différents, des physiques très particuliers. Comme le mien.

J1Q: Que penses-tu des campagnes « gender-neutral »? Aimerais-tu poser pour une telle campagne?

Marso Tima: Oui bien sûr! Je pense que la mode n’a pas de genre! Le genre que tu as n’a aucune espèce d’importance! Par exemple, j’ai travaillé avec le « concept Ferrari », j’ai posé pour Numero, Harpers Bazar, El Oficel et d’autres. C’est très intéressant de travailler avec tout un tas de marques différentes, ce sont toujours des expériences uniques pour moi! En ce moment, nous vivons une phase de développement de la mode en Russie. J’aime tout particulièrement les marques Anton Lisin et Bessarion!

 

                                                    marza                                                                                       Marso Tima (LUMPEN)
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L.K
Mes articles sont publiés dans la catégorie actualité, société et musique. J'aime beaucoup le voguing et je suis une fan invétéré(e) de Kurt Cobain et de John Maus.

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