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Politique,Société

Primaire socialiste : qu’est-ce qui a cloché ?

20 Jan , 2017  

Hier soir avait lieu le dernier débat du premier tour de la primaire du PS. Bien qu’il reste encore toute une semaine de campagne, l’élection a déjà un goût amer, comme si quelque chose n’avait pas bien marché dans cette primaire. Les débats sont flottants ; les candidats semblent jouer un rôle ; et au fond personne ne semble très bien savoir ce qu’il fait là. Alors, que s’est-il passé pour que cette primaire ne décolle pas ?

Une mauvaise parodie de la primaire des Républicains

La première raison semble évidente : le manque de popularité du PS ces derniers temps. Il en découle qu’à aucun moment l’enjeu ne semble de taille ; à aucun moment on a l’impression de faire face à un débat entre plusieurs présidents de la République potentiels. À l’image de la sous-médiatisée primaire des Verts, le choix de celui qui incarnera le Parti Socialiste ne semble pas d’une importance nationale, mais davantage à l’échelle des sympathisants de gauche. Mais ce dont la primaire a le plus souffert, c’est du la comparaison peu glorieuse avec celle des Républicains.

En effet, la primaire des socialistes a imité, plus ou moins consciemment, celle des Républicains : même nombre de candidats, même nombre de débats, même dispositif sur le plateau télé, même proportion de « petits » et de « gros » candidats,… L’erreur est double : ce choix fait apparaître les Républicains comme un modèle – alors que les primaires sont un principe socialiste – et met en valeur la faiblesse des socialistes. Quand on y ajoute l’impossibilité des candidats socialistes à incarner un futur président (on peut penser à la désinvolture de Benahmias, tant soulignée par les médias), on a un peu l’impression d’être face au spectacle de fin d’année d’une école primaire : des petits qui s’amusent à faire comme les grands. Eux se sentent investis dans leur rôle, très sérieux, le public lui s’amuse avec tendresse – ou irritation.

Pour prendre une comparaison un peu moins audacieuse, on peut tout simplement penser à l’impression d’être à un congrès du PS un peu houleux, où chacun cherche à incarner l’orientation politique du Parti Socialiste post-Hollande plutôt que l’orientation politique de tout un pays. Cette allure de petit congrès interne d’un parti (malgré la présence des trois « petits » candidats) est renforcé par les nombreux absents qui auraient pu rendre le débat plus ample, plus ambitieux. Il faudrait citer Pierre Larrouturou, qui, avec son mouvement Nouvelle Donne, pose une question simple : la place du citoyen dans le processus démocratique. Or, n’est-ce pas de ce divorce entre le citoyen et la vie politique dont souffre le Parti Socialiste depuis le début de la primaire, et surtout depuis 2012 ? Mais les deux absents les plus marquants de la primaire sont bien sûr Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, le fameux « casse-noix » qui presse le Parti Socialiste, d’après le leader du Front de Gauche.

Un débat contre des fantômes

De ces deux absents découle sans doute l’élément qui crée le malaise dans cette primaire. Rappelons ses ambitions : être une primaire de la gauche. Or, deux des principaux candidats de « gauche » – si ce ne sont les deux principaux – n’y sont pas présents. En découlent deux conséquences : la primaire qui a lieu actuellement n’est qu’une primaire du Parti Socialiste et des partis qui lui sont « affiliés » ; la « vraie » primaire de la gauche aura lieu pendant l’élection présidentielle. Les candidats de la primaire en ont bien conscience. Dès lors, ils ont également conscience que leurs vrais adversaires pour la présidence ne sont pas présents dans les bulletins de vote qui seront mis à disposition dimanche, mais dans ceux qui seront disponibles 23 avril.

Dès lors, les débats prennent des allures surréalistes : les candidats ne font pas face à des adversaires présents en chair et en os sur le plateau mais face à des fantômes qui hantent les médias. Les candidats le savent bien : ils ne doivent pas se démarquer les uns des autres, mais davantage se positionner par rapport aux autres candidats dits « de gauche » (comprendre l’électorat classique du parti socialiste), car c’est là que se jouera le premier tour. Hamont l’a compris avec son fameux revenu universel, qui permet de le distinguer au sein de la gauche « dure » de Mélenchon qui s’y oppose fermement. Il l’a également compris par rapport à son positionnement pro-Europe, qui le distingue non pas d’un Valls ou d’un Peillon, mais bien d’un Mélenchon.

Dans ce débat fantomatique, la vie ne semble se réveiller que lorsque l’une des ombres qui planent sur le débat se manifeste. Ainsi, lorsque Emmanuel Macron est évoqué, tout le monde devient tranchant, percutant : c’est lui qu’il faut éliminer et non les autres candidats de la primaire. Montebourg ainsi, lui l’ « anti-Manuel Valls » l’attaque bien plus violemment qu’il ne l’a fait avec l’ancien Premier Ministre qui est son éternel grand rival. L’absence des deux candidats est donc sans doute la principale raison de l’échec de la primaire, comme le pense l’économiste Thomas Piketty qui condamna fermement la non-participation des deux hommes.

Dernier spectre qui plane sur le débat, celui de François Hollande est sans doute le plus pesant : si ce débat existe, c’est bien parce que le Parti Socialiste a échoué, traversant une crise majeur et frôlant l’explosion. Cette primaire est donc un perpétuel rappel de l’échec du quinquennat, un fête macabre dans un cimetière peuplé de candidats perdus qui luttent face à des fantômes inquiétants, et – à l’heure qu’il est – bien plus forts qu’eux.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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