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Société

Pourquoi jeûner ?

12 Avr , 2017  

La semaine sainte catholique du dimanche 9 au samedi 15 avril  signe aussi l’approche de la fin du carême, le jeûne pratiqué par les catholiques pour se préparer à la cérémonie de Pâques . Outre des restrictions alimentaires, plutôt souples dans le dogme catholique, le carême est surtout un acte spirituel, qui se traduit par le recueillement , l’ascèse,  le partage et la pénitence.

Ces caractéristiques de l’ «esprit du jeûne» se retrouvent à peu près à l’identique dans toutes les principales religions monothéistes.

Mais qui jeûne encore en France et comment ? Céline, étudiante en infirmerie, a jeûné plusieurs fois dans le cadre du ramadan, et insiste sur la dimension spirituelle de cet effort. Se comporter de manière exemplaire, réfléchir sur soi, sur sa foi et sur le Coran sont ce qui rend à ses yeux le jeûne enrichissant. Le jeûne est aussi un acte social car c’est une expérience commune, d’où la difficulté de le suivre hors de son pays natal, comme le souligne Karolina, étudiante originaire de Pologne, ainsi que Céline qui garde l’amertume de deux jeûnes rompus seule chez elle, et donc amputés d’une partie de leur valeur.

A vrai dire, en France, la période du carême ne semble correspondre qu’à une saturation des supermarchés en œufs en chocolat et à des injonctions consuméristes poussant à acheter décorations de poules, lapins et autres. D’ailleurs,  si le jeûne reste répandu chez les musulmans qui sont 71% à le pratiquer (*), ils ne représentent qu’une minorité de religieux : 8% des Français contre près de 45% de catholiques, juifs et protestants, ces deux dernières catégories ne représentant respectivement que 0,5 et 2% de la population française (**). Or chez les catholiques, seuls 43% se déclaraient pratiquants en 2010 et 53% des juifs déclaraient en 2015 célébrer Yom Kippour, le jeûne le plus important de la tradition juive (***). Et avec seulement 37% de religieux en France d’après l’enquête de WIN/Gallup en 2012, on peut légitimement penser que l’observation du jeûne est assez anecdotique en France.

Ce serait ignorer le jeûne observé en-dehors de tout motif religieux, pour des raisons de santé et de bien-être. Si vanté pour ses bienfaits qu’il est, dans certaines conditions, remboursé par l’assurance maladie en Allemagne, le jeûne thérapeutique se pratique sous différentes formes (sec, c’est-à-dire sans ingérer d’eau ou humide, un jour par semaine, plusieurs jours d’affilée de trois jusqu’à quatorze jours). En même temps que se développent des modes d’alimentation alternatifs comme le véganisme ou le crudisme, le jeûne thérapeutique trouve un écho de plus en plus grand, malgré les réticences du personnel médical français. Le jeûne aurait les vertus de libérer les toxines du corps mais surtout de stimuler le pouvoir d’autoguérison du corps. Bien différent d’un régime, le jeûne se présente comme moment d’introspection, puisque par exemple les cures de jeûne thérapeutique dans l’établissement de Büchinger-Wilhelmi près du lac de Constance incluent aussi des ateliers de méditation. Car plus que des raisons directement sanitaires, c’est le processus psychique qui attire les adeptes athées du jeûne. Sur les différents sites consacrés à cette pratique, les mêmes expressions reviennent : « purifier mon corps en profondeur », «offrir une pause à mon organisme ». Les motifs et bienfaits du jeûne thérapeutique rejoignent parfois ceux du jeûne religieux : purification, contrôle de son corps, perte des habitudes, ascèse, et même expérience commune dans le cadre de cures.

Les avocats du jeûne, pour ne pas se référer directement à la tradition des religions monothéistes, invoquent souvent l’héritage de la Grèce antique et de ses penseurs. La cérémonie mystique la plus répandue dans l’Athènes classique,  les Mystères d’Eleusis, exigeait pour les fidèles un jeûne sec en référence à la douleur de Demeter, qui, lors de l’enlèvement de sa fille, se priva d’eau et de nourriture pendant neuf jours. Cependant, ces jeûnes rituels sont toujours liés au salut et à l’au-delà. A la fin du IVème siècle avant notre ère ,  c’est en revanche une véritable philosophie de vie qu’Epicure élabore  dans sa Lettre à Ménécée,  dans laquelle il préconise de ne s’attacher qu’aux désirs naturels et nécessaires ; non pas une ascèse donc, mais une modération comme moyen d’atteindre la vie heureuse.

Dans l’esprit du jeûne, on retrouve d’une part cette distinction entre ce qui est naturel ou pas (pour les religieux, le jeûne permet souvent de prendre conscience de la chance de manger chaque jour à sa faim voire plus) mais aussi l’idée d’un bien-être éprouvé dans l’effort sur soi : «je sens beaucoup mieux », écrit Edelweiss dans Vegan Freestyle, «un mois heureux » conclue Céline pour définir son expérience.

* : source IFOP 2011

** : enquête INED-INSEE de 2008

*** : source IFOP

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