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Société

Pologne : pourquoi la réforme sur l’IVG fait-elle l’objet d’une vive contestation ?

4 Oct , 2016  

Lundi 3 octobre, de nombreuses Polonaises sont rentrées en grève pour protester contre un projet de loi envisageant l’interdiction pure et simple de l’avortement. Dans un pays où la question de l’IVG a toujours été controversée, la pilule ne passe pas.


La question houleuse de la tradition catholique

Ce week-end, les femmes étaient déjà descendues dans la rue, habillées symboliquement de noir pour protester contre ce qui est une réelle atteinte à leurs droits. La loi propose entre autre l’interdiction de l’avortement, et ce même en cas de viol ou d’inceste. Cette position montre la limite poreuse entre les responsabilités de l’Etat et l’influence de la religion dans un pays de tradition catholique.

Jusqu’en 1932, l’avortement était prohibé, et ce sans recours possibles. Peu à peu, la position de l’Etat polonais se précise dans des certains cas, comme le viol, l’inceste, ou lorsque la grossesse représente un réel risque pour la mère ou pour l’embryon. La libéralisation du droit à l’avortement n’est que très partielle et lente, mais laisse alors entrevoir pour de nombreuses femmes la possibilité de bénéficier d’un avortement « médicalisé » et légal. La législation actuelle est celle de 1993, et ne prévoit l’autorisation à l’avortement que dans des cas très précis : dans le cas par exemple d’un viol, le tribunal doit se prononcer en faveur de l’avortement. La souveraineté papale (et notamment depuis l’élection au pontificat de Jean Paul II en 1978) n’y est pas pour rien : nul n’ignore que les positions de l’épiscopat au sujet de l’IVG sont archaïques ; d’où une division profonde de l’opinion publique polonaise. Cette lutte contre l’implication de l’Eglise sur ce sujet s’illustre notamment par l’un des slogans clamés par les manifestantes : « Il nous faut des soins médicaux, pas les souhaits du Vatican » .

Si ce ne sont pas les femmes elles-mêmes qui sont sanctionnées par la loi, la répression dont sont victimes les médecins qui procèdent à ces avortements lorsqu’ils ne sont pas autorisés est telle qu’elle explique le nombre excessivement bas d’avortements légaux recensés chaque année (une fourchette entre 800 et 2000 par an). Les conservateurs, au pouvoir avec le parti Droit et Justice pour la première fois depuis la chute du communisme en 1989, soutiennent pour la plupart d’entre eux ce projet de loi qui envisage de renforcer encore les sanctions contre les médecins, qui passeraient alors de 2 à 5 ans d’emprisonnement.


Vers une régression de la société polonaise ?

En interdisant de manière aussi radicale la pratique de l’IVG, le gouvernement polonais s’apprête à cautionner la souffrance de toutes celles qui, désespérées, tenteront de procéder à des avortements clandestins. Ceux-ci, de par la discrétion dont doivent faire preuve ceux qui les mettent en place, peuvent mettre en danger la vie des patientes. Un certain nombre de manifestantes ont brandi ces derniers mois des cintres, emblèmes même des instruments barbares que peuvent être amenés à utiliser les femmes lorsqu’elles n’ont plus aucun recours. Qu’en est-il aussi de toutes celles pour lesquelles la maternité est synonyme de souffrance, parce que résultat d’une agression particulièrement violente dont elles ont été victimes ?

Quand elles le peuvent, les Polonaises partent dans les pays limitrophes où l’avortement est autorisé de manière généralisée (Allemagne, Autriche, Pays-Bas), mais elles ne peuvent même pas prendre cette décision compliquée dans leur propre pays parce qu’on le leur interdit. Ce sujet houleux rappelle une question fondamentale, celle de la nécessité d’avoir une réelle séparation de l’Etat et de l’Eglise sans que cette dernière ne puisse interférer, soutenue par les partis ultraconservateurs et les mouvements « pro-vie », dans l’élaboration de la loi et sa mise en pratique. La Pologne rejoindra-t-elle Malte, Etat européen où la loi est la plus sévère à ce sujet ?

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Clélia
J'écris surtout dans la catégorie Société. J'aime lire, voyager et découvrir ! Je m'intéresse beaucoup à l'actualité, et espère vous transmettre mon envie de la comprendre.

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