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Pépite, bande-son d’un été nostalgique ?

23 Juin , 2016  

Une pépite, qu’est-ce que c’est ? C’est l’or que l’on trouve à force de creuser le sol. C’est l’éclat de chocolat que l’on trouve avec bonheur dans son cookie. C’est tout ce qui est rare, mais dont la saveur vient de la rareté. Pourquoi est-on si heureux de tomber sur une énorme pépite de chocolat ? Parce qu’elles sont précieuses, et donc délicieuses. Pépite mérite bien son nom. Le duo français, actif depuis un an tire sans doute sa saveur de sa rareté, de sa discrétion. Chacune de ses apparitions est une fulgurance, courte, mais frappante. A force de fouiller sur Internet, comme un chercheur d’or, on finit par les trouver ces énormes pépites de chocolat. Et par les savourer.

La nouvelle signature du label microqlima – label fondé par l’acteur de la scène francophone indépendante Antoine Bigot (manager de l’Impératrice notamment), sur lequel sont signés de nombreux espoirs de la scène francophone indépendante (les rêveurs Cliché et Isaac Delusion par exemple) – est en effet très discrète depuis sa création. On trouve deux extraits du duo : « Dernier Voyage », maquette sorti il y a quelques mois, et le plus récent « Les Bateaux ». Et pourtant, seulement avec deux titres, il y a déjà beaucoup à dire sur Pépite.

L’influence de Christophe, le plus à la mode des chanteurs ringards

Tout d’abord, ce qui marque chez Pépite, c’est une profonde nostalgie. Pépite sonne comme une invitation à se plonger dans sa mémoire, dans ses souvenirs oubliés – dans ses souvenirs rêvés. Tout d’abord, c’est la voix, planante, qui évoque le chant de Christophe et son ton nasillard de crooner ainsi que sa manière si particulière de dire les mots (ses « o » systématiquement ouverts) qui saisit l’auditeur. On se remémore ses invitations à traîner sur sa Vespa dans son titre « La Dolce Vita », et l’auditeur se laisse emporter dans cette balade nonchalante et nostalgique.

Il y a ce ton, traînant, qui semble sorti d’un vieux vinyle, caché dans une bibliothèque poussiéreuse. Il n’est pas vraiment triste, il n’est pas vraiment joyeux. Il n’est pas non plus plaintif, ni glorieux. Il rêve. C’est fini, mais il n’y a pas de regret, juste des souvenirs. Invité par cette voix, l’auditeur se laisse alors entraîner par sa nostalgie, et se retrouve à déterrer des souvenirs – à déterrer des pépites du passé ?

Des souvenirs enfouis dans le sable

Les paroles, élaborées et mélodieuses de Pépite pourraient se résumer en deux phrases : c’est fini ; c’était bien. Dans « Les Bateaux » et « Dernier Voyage », ce même thème revient : l’évocation poétique de ce qui était avant, d’un « soleil teinté d’amertume ». « J’ai tant rêvé pour ne pas gagner / J’ai tant pleuré pour t’ignorer » clame le chanteur. Le duo manie la langue avec élégance, et les mots résonnent dans son passé rêvé. Toute la démarche de Pépite, c’est l’évocation des souvenirs, leur résurrection. Rendre présent ce qui est désormais absent. La musique opère comme une deuxième vie. « Je sais, tu ne reviendras pas, tu es si loin, si loin de moi. ». Et si la musique de Pépite était justement un moyen de retrouver ce qui est parti loin de nous, enfoui dans les profondeurs de notre mémoire ? De revivre le dernier voyage ?

La douce nostalgie du duo est renforcée par les impressionnantes nappes de synthétiseurs, planantes, suspendues dans le temps et dans l’espace. Ces superpositions, dans un univers complètement pop, peuvent évoquer à la fois « Anne cherchait l’amour » d’Elli et Jacno, que les ambiances rêveuses du Yellow Magic Orchestra (notamment de la carrière solo de Yukihiro Takahashi) et de Beach House. Les harmonies mineures, modulées, rappelant le tube Step de Vampire Weekend par moment, créent l’atmosphère particulière des titres du duo. Cette utilisation des synthétiseurs avec élégance s’ancre dans une grande tradition française, qui va de Christophe à Tellier, et désormais passe par Pépite.

Un projet impressionnant d’unité

Le clip des Bateaux, réalisé par Baptiste Perrin, est un plan d’une vaste plage, probablement normande, dont les images sans doute anciennes, et déformées par le temps qui passe. L’ambiance rappelle le « Conte d’Été » d’Eric Rohmer ou son « Pauline à la Plage », par cette nostalgie inexplicable que revêtent les plages normandes en été. C’est une nostalgie qui est celle d’une jeunesse rêvée, qui n’a sans doute jamais eu lieu, dans les années 70 ; c’est une nostalgie qui est intemporelle.

Cette nostalgie rêvée des années 70 et 80 n’est pas sans rappeler celle de tout un pans de la nouvelle scène française : The Pirouettes – dont on a parlé ici – qui rêvent à Robocop, Granville qui rêvent sans doute aux mêmes plages que Pépite. Toute cette nouvelle scène, dans une aspiration finalement romantique, semble refuser de rêver le futur, et préfère rêver le passé, l’imaginer.

Mais là où Pépite surprend, c’est par l’incroyable homogénéité du projet, leur univers unique, spécifique, et cohérent. Tout semble concorder : les images déformées du clip et la voix oscillante du chanteur ; les synthétiseurs planants et la voix haut perchée ; la thématique de la mer dans les chansons et le visuel de la pochette de l’EP de Pépite à venir en septembre. Pépite est encore un groupe tout jeune, et le décor semble pourtant déjà planté : une plage, des vacances déjà passée, une nostalgie toujours présente, des rencontres qui s’effacent petit à petit.

C’est pour cela que Pépite attire la curiosité. On ne trouve que deux petits extraits de leurs créations sur internet, et pourtant leur univers semble déjà tout constitué, fait de tous ses éléments qui créent cet imaginaire. Comment résumer tout cet enchevêtrement d’élément qui fait la spécificité de Pépite (plages, nostalgie, amour, rêverie, rencontres qui s’effacent…) ?

L’avenir de Pépite

Peut-être que pour obtenir une réponse il faudrait citer le premier couplet du premier tube de Christophe, leur père musical, dans « Aline » : « J’avais dessiné sur ce sable, son doux visage qui me souriait. Puis il a plu, sur cette plage. Dans cet orage, il a disparu. » Ce couplet dès lors semble être les racines de la plante en devenir qu’est Pépite. A nous d’attendre, de voir comment elle pousse, comment elle se développe. En espagnol, pepita signifie « pépin ». On peut suggérer que la graine, le pépin qu’est pépite, va s’épanouir, dans cet univers efficacement planté en seulement deux morceaux, et que le premier EP qui arrivera en septembre, sera un des projets francophones les plus enthousiasmants de la rentrée.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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