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#NousAussi : pourquoi il y avait deux cortèges féministes le 24 novembre

3 Déc , 2018  

Samedi 24 novembre, plus de 12 000 personnes ont défilé d’Opéra à République contre les violences faites aux femmes. La marche organisée par le collectif « Nous Toutes » a réuni jusqu’à  50 000 personnes à travers le pays. Réunies dans un cortège séparé, féministes musulmanes, trans ou encore travailleuses du sexe ont pris la tête de la marche parisienne.  Zoom sur ces femmes qui disent « Nous Aussi ».

Féminisme ou féminismes ?
La date du 24 novembre a été choisie deux mois à l’avance, l’idée était née bien plus tôt. Plusieurs associations avaient rapidement appelé à  rejoindre #Nous Toutes  pour défiler contre les violences faites au femmes.  A quelques semaines de la marche, certaines associations qui n’avaient pas signalé leur participation choisissent de participer à la marche, mais de façon différenciée. Elles lancent un appel via mediapart, signé par 80 associations dont Lallab, Act Up-Paris ou encore Witch Bloc Paname . #NousAussi marchera au nom des femmes victimes de racisme, des femmes incarcérées, des femmes victime de grossophobie.. .

 

Leur décision a fait des remous au sein des groupes participant déjà à l’évènement,  certains considérant que cela allait affecter l’objectif de départ, c’est à dire de montrer un front uni,  tandis que d’autres s’opposent fermement aux idées des associations en question. C’est par exemple le cas de « Ni Pute Ni Soumise »  qui refuse de participer pour sa position sur la prostitution ou encore sur le voile. D’autres ont suivi,  se retranchent derrière le hashtag #SansNous.


La cause de #NousToutes était elle affectée pour autant ? Caroline de Haas, une des organisatrices  de la marche était interrogée à ce sujet sur France Inter, le 24 au matin. Elle soulignait alors qu’il fallait évoquer  des débats plutôt que des divisions, car l’expérience de victime est aussi variée qu’il y a de femmes. Pour elle #NousAussi est une chance car jamais autant d’associations allaient être réunies.

Le cortège Nous Toutes marche vers la place de la République

Le cortège Nous Toutes marche vers la place de la République

Féminismes et Intersectionnalité
Penchons nous un peu plus sur les revendications de #NousAussi. Difficile de comprendre les revendications #NousAussi sans se pencher sur la question de l’intersectionnalité. Qu’est ce qu’une position d’intersectionnalité ? Certaines femmes considèrent qu’elles ne se retrouvent pas totalement dans  les arguments avancés par le féminisme classique. Mais elles ne se retrouvent pas totalement non plus dans d’autres causes qui constituent également leur identité. Par exemple : une femme noire n’a pas l’impression que le discours féministe traditionnel prenne en compte des problèmes auxquels elles font face tous les jours comme par exemple, le fait que des inconnues jouent sans cesse avec leurs cheveux ou encore le manque de représentation des femmes noires dans l’industrie du cinéma.  Elles ne sont pas non plus entièrement représentées par dans des lutes anti-racistes qui ne prennent pas en considération le genre. Elles sont alors à « l’intersection » de deux luttes, et par là même se sentent invisible.

Ce que réclame le collectif #NousAussi  c’est donc de faire valoir cette différence. Défiler pour la même cause, mais marquer son désaccord avec d’autres visions du féministe. Le cortège de tête était d’ailleurs physiquement séparé physiquement de la vague violette #NousToutes.

chaîne_nousaussi
La marche de samedi représentait alors une double chance pour ce collectif : dénoncer, d’une même voix, les violences faites aux femmes et faire entendre sa propre voix en tant que femme musulmane, travailleuse du sexe, trans ou encore  afro-féministe .  Le 24 novembre, « Nous Aussi » s’organise pour prendre la tête de la marche, espérant gagner plus de visibilité.

Elles ouvraient  la marche à coup de slogans telle que « Contre la misogynoire » ou encore « Ta main sur mon voile mon poing dans ta gueule » pour Lallab.  On  brandissait aussi le visage de Vanessa, la travailleuse de sexe transexuelle assassinée au bois de Boulogne en août dernier.
Des associations étrangères, italiens et d’Amérique latine étaient aussi présentes .

L’ensemble du cortège regroupait plus de 3000 personnes ( d’après les forces de l’ordre) séparé soigneusement par la sécu #NousAussi qui se donnait la main pour éviter la confusion avec les panneaux #NousToutes. L’une d’entre elle explique :  « on veut marquer notre différence avec #NousToutes, parce qu’on est pas d’accord sur plusieurs sujets avec certaines des associations qui sont derrières, on veut être visible. »
La frontière cependant finira par être de plus en plus poreuse à l’approche de la place de la République puis #NousAussi se retrouve au pied de la  statut, scandant « «  Comme annoncé par le manifeste « pour un 24 novembre politique » les interpellations aux institutions et au gouvernement ne manquaient pas.

Lalab_Rép

 

En remontant la marche, on voyait facilement les sujets qui divisent dans cette lutte. Les panneaux dénonçant la prostitution et certaines pratiques religieuses n’ont plus grand chose en commun avec les revendications qu’on retrouve plus haut dans le cortège.

Les Femens le 24 novembre

Les Femens le 24 novembre

Une autre raison qui a poussé #NousAussi à se former serait justement la peur d’être regardé bizarrement, voire plus, parce qu’elles avaient un voile par exemple. C’est ce qu’explique Sarah,  interrogée par Street Press : en défilant ensemble certaines  se sentent plus en sécurité.

Sans #NousAussi la marche aurait été amputée de milliers de personnes , même si avec elles d’autres se sont retirées. En prenant la tête du cortège elles entendent donner à leurs réclamations et leurs points de vue  une ampleur nouvelle, de plus en plus visible et invitent à une réflexion sur le féminisme aujourd’hui.

Queer_Muslim

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Thaïs Chaigne
Grande curieuse sur tous les fronts, je veux transmettre ce que j'apprends. (Surtout si vous me lancez sur l'Asie...)

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