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Interview,Musique

[Interview] NORD est-il vraiment un artiste glacial ?

31 Mar , 2016  

A l’occasion de la sortie de son EP le 8 avril, nous avons décidé d’interviewer NORD. C’est dans son studio d’enregistrement, au cœur du 18ème arrondissement, que le jeune francophone mêlant musique électronique, rock, et chanson nous a reçu. Il a répondu à nos questions, avec une intelligence et un humour aussi implacables que ses refrains mélancoliques et dansants.

D’où vient ce nom de NORD ? T’amuses-tu à jouer avec ton identité quand tu sors ton dernier morceau sous le nom de Nouveau Nord ?

NORD, c’est venu quand j’étais en studio, et je faisais des productions un peu froides avec mon ordi, genre coldwave un truc comme ça, et on s’amusait à faire une petite ambiance genre baisser les radiateurs (Rires). Et je me prenais pour Ian Curtis [le chanteur de Joy Division]. On s’est aperçus de ça et je me suis dit « Bah ouais NORD c’est bien ! ». C’était vraiment un moment où je changeais de cap, et pour moi le « cap Nord » c’était pas mal : ça m’évoquait un voyage, une découverte, où les chansons partiraient du Nord. Après, Nouveau Nord c’est venu pour les réseaux sociaux, on a essayé d’unifier un peu tout ça pour le nouvel EP, donc ça serait le Nouveau Nord.

La structure de l’album

Tu vas sortir ton nouvel EP. Ce qui m’a marqué dedans, c’est qu’il commence par la fin, avec le titre « L’amour qui s’en va. ». Ca commence tout de suite sur une absence, et c’est de cette absence dont l’album parle d’un bout à l’autre. Est-ce important pour toi d’avoir un fil rouge, une narration ? On trouve aussi cette idée dans tes clips.

Parmi les trois clips, on pouvait commencer par Mémorable, le dernier qu’on a tourné, puis revenir en arrière avec Temps Mort ou Drunk, ou même choisir : on peut se faire une histoire avec ça. C’est ça qui me plaisait dans l’histoire des trois clips, c’est une sorte de trilogie. Pour l’EP, c’est en quelque sorte une uchronie. On commence par la fin et on développe ensuite une sorte d’itinéraire sur l’amour, sur des choses qui déconnent un petit peu, où tu contrôles pas trop.

C’est un album assez sombre. On trouve l’aspect froid du Nord que tu évoquais. Il y a le titre « Il ne m’est rien arrivé » qui est plus festif. Quelle est la place de ce titre dans l’EP ?

Il était important parce qu’il était un peu différent, il rajoutait un peu de lumière dans toutes ses prods un peu froides, dans cet univers sombre. Pour moi, il est représentatif de ce que je fais : je ne fais pas des trucs pour plomber, je suis aussi (j’espère) quelqu’un d’optimiste et me dire qu’il y a des choses meilleures qui arrivent de temps en temps dans la vie, et ce titre là pour moi il était bien là où il est : en deuxième position.

Les influences de NORD.

On te décrit souvent comme quelqu’un qui mélange l’électro et la chanson française. Je me demandais si tu te reconnaissais dans cette définition.

Je me reconnais parce que je viens de la chanson, du rock même. J’ai commencé comme ça la musique, en faisant des groupes de rock, influencés rock français. C’était vraiment ma porte d’entrée dans tout ça. A un moment, la chanson est entrée dans ma vie comme ça, et j’ai découvert plein de trucs avec ça. L’électro ça peut être dans la chanson un moyen d’avoir plusieurs chemins : tu peux tout te permettre. Tu joues avec des machines et tu peux avoir différents choix, tu peux te permettre de mélanger plein de choses, de sampler des trucs et dire que c’est de la chanson. Ca reste de la chanson en fait, en trois minutes trente.

Quelles sont tes influences en rock français justement ? Sur Mémorable, on retrouve presque du Deportivo.

Ca me fait plaisir, j’ai eu un petit frisson quand tu m’as dit ça. Deportivo c’était un des premiers albums, que j’ai trouvé super spontané, et j’aime bien ce côté spontané où tu balances le truc, et tu le prends dans la tronche. Deportivo ça fait partie des trucs que j’ai écouté et que j’aime toujours bien. A un moment, eux-aussi ont choisi un chemin différent en travaillant avec Gaëtan Roussel, ils ont perdu pas mal de public mais je trouvais que la démarche était super intéressante. Même au niveau des paroles je trouve ça super.

Faire de la musique, c’est un souffle, un débordement, un égarement.

Au sujet de ce côté spontané, je trouve qu’on retrouve ça dans ton écriture : un mot semble en appeler un autre, en fait. Dans ton premier morceau à un moment tu dis « L’amour c’est tout et rien du tout, c’est tout ou rien. » Je me demandais si tu écrivais comme ça, de manière spontanée.

Complètement. Pour ce morceau, « L’amour s’en va », j’avais essayé de faire une définition de tout ce que je connaissais sur l’amour. J’ai fait une impro de 15 minutes en me disant : « Tiens je vais essayer de tout balancer, je m’en fous, je dis tout sur l’amour ! ». Au final, j’avais un rush de 40 minutes que j’ai raccourci au maximum en disant : « Pour moi l’essentiel va être là. ».

Au niveau de la construction de tes chansons, en plus de la structure « chanson » (couplet-refrain), on en a une autre : une montée en puissance, sur beaucoup de tes morceaux. Pour toi, est-ce important d’avoir une progression dans la chanson ?

Oui je le fais souvent, en fait c’est une montée, quelque chose qui déborde. Je le vois comme ça, en terme d’émotion. T’es un peu débordé des fois, et tu ne sais pas trop ce qui va en sortir. C’est aussi ça l’enchaînement des phrases comme tu le disais dans la question précédente. C’est un truc qui déborde et qui va exploser. J’aime bien cette idée d’explosion, ce genre de chansons où à un moment il se passe quelque chose émotionnellement.

Tu viens de Rouen, tu habites à Paris maintenant ?

Non, je suis toujours à Rouen, et là j’habite même dans la banlieue, je me suis un peu écarté de Rouen. Pour l’instant je reste rouennais.

D’accord, parce que dans tes clips, l’univers de la ville et de la nuit est très présent.

Oui, même une ville fantomatique. J’aime bien l’idée de perdre un peu les gens, une sorte d’ambiance un peu sombre où tu cherches les gens. Finalement on a tourné pas mal à Paris, pas mal la nuit : il y a un peu moins de monde. C’était cette idée de dispersion de fuite.

Le rôle du live

Dans ton parcours, tu as tout de suite commencé à faire de la scène. Ta musique, la conçois-tu par rapport au live, au concert, avant même l’EP ?

Avant, j’avais un groupe de rock et tout passait par la scène. On a fait pas mal de concerts. Quand le groupe a splitté, je me suis retrouvé tout seul, à faire des premières parties tout seul, guitare-chant. C’était plus pratique pour tout le monde, et moi ça me faisait jouer. Après, il y a eu ce passage à l’électro. J’ai commencé à travailler des machines tout seul chez moi. Il y avait cette question : comment on passe du studio à la scène ? Il fallait que refasse tout de A à Z. Avant je jouais avec des gens maintenant je joue avec des machines. Ca a été une refonte totale de coment tu envisages la scène. Finalement, j’ai progressé par rapport à ça.

Et ça t’as pris longtemps ?

Ça a pris pas mal de temps parce qu’il y a eu d’abord le passage en solo. J’ai commencé en solo sur scène, et c’était pas mal la mode des Jamman et des boucleurs sur scène, donc il y a eu ça pendant un moment. Ensuite, j’ai commencé à travailler avec mon ordi, donc c’était une autre manière de bosser. Ça fait un an et demi que je suis passé en live, c’est encore un peu frais mais je travaille là-dessus. Je m’entoure : on a une version à trois. Thierry ne s’occupe que des machines (il vient de l’électro), et c’est vraiment quelqu’un sur qui je peux m’appuyer. De l’autre côté, il y a Ludwig qui vient de la scène que je côtoyais avant : ce sont mes alter ego.C’est cette formule que je présente le plus souvent, à part pour les plus petits shows, mais la formule à trois est plus confortable : je peux davantage me lâcher, moi qui suis dissipé.

Le travail de composition et d’écriture

Et en terme de composition, tu travailles seul ou à plusieurs ?

Je commence à m’entourer. Ce que j’aime bien faire pour travailler, c’est avoir d’abord toutes les idées, les intentions de mix, les paroles. Ensuite, la deuxième session c’est arriver en studio et faire des chansons que je pourrais pas faire chez moi tout seul (voix, guitares). Après, il y a des questions d’arrangement où je fais appel à des gens pour savoir si ça va, s’il n’y a pas plus efficace à faire. C’est la post-prod : tu réfléchis à faire fonctionner les chansons au mieux possible. Sinon, j’aime bien avoir déjà le contenu, avoir déjà tout posé.

Tu écris en français ce qui est assez rare : est-ce que ça a un rôle particulier pour toi ?

Oui, c’est venu tôt dans ma musique. J’ai commencé comme tout le monde à faire des chansons en anglais lorsque j’étais au lycée parce que c’était cool. Mais finalement, je traduisais en anglais des textes que je faisais en français. Puis je me disais : « C’est con, c’est dommage. Autant les faire directement en français, puis travailler ce truc là, parce qu’il y a quand même du boulot avant qu’un texte en français sonne. » Je m’y suis mis à bras le corps. J’ai encore pas mal de chemin à parcourir, mais c’est important pour moi.

Du coup, tu es satisfait des textes que tu écris actuellement ?

Oui, je suis toujours en train de me dire « J’aurais pu dire ça au lieu de ça », puis au bout d’un moment ça finit jamais. Là, j’écris pour l’album, et il y a plein de trucs que je réécris en ce moment, où je me pose plein de questions… Ca n’en finit jamais, je ne dors plus… (Rires)

Il y a simplement le refrain de Drunk en anglais, pourquoi cette exception ?

Quand je voyage ou que je réponds à des interviews, j’ai mon petit carnet et j’écris des phrases qui ont été dites, et ça me fait une base pour plus tard. C’est comme un sample. Je travaille avec des samples pour mes musiques mais aussi des samples de textes. Je conçois ces choses de la même manière. Ça peut être des trucs à la con, à la télé. Des fois, je fais mes chansons grâce à ça.

Le refrain de Drunk, c’était un truc que j’avais entendu en Lituanie. Il y avait des français qui étaient là bas. On essayait de parler français, anglais, et un troisième langage. (Il imite un homme ivre qui parle franglais). On parlait comme ça, ça m’avait bien fait marrer, du coup j’avais écrit ça. C’était une sorte de leit-motiv, un gimmick plus que des paroles.

Toujours sur ton écriture, tu écris par rapport à un « tu » dans tes morceaux. Est-ce que c’était par rapport à la thématique de l’album, ou simplement une envie d’avoir quelqu’un à qui tu t’adresses ?

C’est les deux. J’aime bien m’adresser à quelqu’un, lui dire quelque chose que je ne lui dirais pas dans la vraie vie. Dans la vraie vie, je suis hyper timide, j’arrive à rien faire, je rencontre jamais personne je suis tout seul… (Rires) Et en fait, l’idée de la chanson c’est qu’elle touche le plus de gens possible. Bon c’est peut-être un petit peu prétentieux, mais j’aimerais bien parler au plus grand monde, qu’on se reconnaisse dans ce « tu ».

Nord et les médias, la communication

Tu as très vite été repris par des gros médias (France Inter, Les Inrocks). Quel effet cela-t-a-il fait ?

C’était fou ! Ça faisait au moins dix ans que je faisais de la musique, je n’avais jamais eu la prétention de passer mon disque sur France Inter ou même les Inrocks. Pour moi, j’étais à des années lumières, j’avais peur en fait. J’ai fait mon premier EP, les retours ont été immédiats, et hyper cool, en plus France Inter est une des radios que j’ai écouté le plus souvent. C’était assez étonnant cette réaction immédiate, c’était vraiment bien. « L’amour s’en va » par exemple a été directement en playlist, et Didier Varot l’a chroniqué, j’étais super content !

Je m’étais interrogé sur ton rapport au rap. Tu avais organisé un événement sur Facebook : « Vivement l’été pourvu qu’il neige », et je m’étais demandé si cette référence à Booba était anodine ou pas.

C’était une blague, mais une blague dans ce côté : mettre le rap français et la chanson de l’autre, non : on peut les unir. Booba il fait de la chanson aussi, et nous aussi on fait des punchlines dans la chanson française.

La dédicace à Juste 1 Question

Juste 1 musique que tu écoutes tout le temps en ce moment ?

Demon Host de Timber Timber. C’est pas nouveau, ça me suit, elle est hantée cette chanson.

Juste 1 défaut que tu aimerais ne plus avoir ?

Ce côté « se disperser ». J’ai du mal à rester concentré. J’aimerais bien être un peu plus focus des fois.

Juste 1 artiste qui te sert de modèle ?

Brassens pour la moustache, et Leonard Cohen pour les chansons. Ce sont des personnes assez humbles dans leur façon de faire, leur côté artisan de la chanson. Ils progressent et travaillent honnêtement, j’aimerais bien rester honnête.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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