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Césars/Oscars 2018: les nommés et lauréats qui n’auraient pas du l’être

9 Mar , 2018  

Subjectivité. Voilà le terme que vous devrez garder en tête en parcourant cet article. Car même en s’appuyant sur des éléments factuels et objectifs, le fait de regretter la nomination ou la récompense d’un film/acteur/musique etc ne peut être perçu autrement. Il m’incombe donc ici de retracer les intrus des différentes catégories, en essayant tout de même de ne pas tomber dans la polémique inutile ou les envolées lyriques surfaites. Des catégories ne seront pas évoquées ici, non pas parce que je n’ai pas vu les films en question (même si c’est parfois le cas il est vrai…), mais parce que je n’ai pas été choqué ou surpris outre mesure des nommés et/ou du lauréat.

Césars :

Ma première surprise fut pour le meilleur film d’animation : où est Coco dans les nommés aux Césars ? Jé déconne, évidemment le film n’est pas français donc pas nommé. C’était pour m’assurer que vous suiviez.

Plus sérieusement, César du public. Dany Boon est incontournable, il a un potentiel comique exceptionnel, il est attachant, influent et son film Raid Dingue a fait plus d’entrées en France que le dernier Star Wars (plus de 4,5 millions). L’aspect dérangeant ici, à mon sens, n’est pas Dany Boon -même si son fonds de commerce gagnerait surement à être un peu renouvelé, on a compris que l’accent Ch’ti était rigolo hein…- c’est le concept même du César du public. César du public, où celui-ci ne vote pas pour son lauréat. Alors on pourra me dire qu’un vote indirect et tacite s’est déjà produit du fait que son film ait été le meilleur film français au box-office cette année, mais dans ce cas, le film n’a-t-il pas déjà reçu la plus belle des récompenses possibles avec ce statut de film le plus vu ? L’histoire personnelle de Dany Boon avec les Césars (son mécontentement et boycott au pantalon de survet’ orange à la suite du film « Bienvenue chez les Ch’tis », non primé et à peine nommé en 2009 malgré son chiffre d’entrées hallucinant) a probablement conduit l’Académie a créer cette institution dans l’intention exclusive de récompenser celui qui s’était senti bafoué, voire humilié, 9 ans plus tôt. Dany Boon a notamment participé à créer ce prix qui est institué pour compenser l’absence de comédies dans les lauréats des Césars depuis la création de cette Maison (à noter par exemple que Louis de Funès n’a jamais remporté de César pour un de ses films, mais uniquement un César d’honneur). Du fait que les dernières (relativement bonnes) comédies concernent souvent Dany Boon, je regarde ce prix de manière assez sceptique : un prix crée par Dany Boon pour Dany Boon. Mais je me réjouis de la tentative de palier au caractère trop élitiste des Césars par ce nouveau lien entre le public et les prix.

Dany Boon aux Césars de 2009

Dany Boon aux Césars de 2009

Les lauréats de cette année ne sont pas tellement sujets à controverse ou critique ici, tant les deux films aux 5 césars (« 120 battements par minute » et « Au revoir là-haut ») s’imposaient comme une évidence sur les récompenses de réalisation et scénario. On pourra néanmoins remarquer les agréables surprises des acteurs de « Petit paysan », film très touchant et interprété avec beaucoup de sensibilité et de maturité.

 

J’en viens à présent au film qui m’a donné l’envie d’écrire cet article, tant il m’a marqué : « Le Brio » d’Yvan Attal. (Par soucis de transparence je tiens à préciser que je suis étudiant à l’Université Panthéon-Assas, par conséquent ce film me touche particulièrement et il ne s’agit pas ici de tenter de convaincre qui que ce soit qu’Assas est exceptionnel ou qu’Yvan Attal est un mauvais réalisateur). Le Brio met en scène une jeune étudiante en droit (Camélia Jordana, par ailleurs surprenante de justesse dans son rôle et dont la récompense ne me surprend pas), arrivant de banlieue et découvrant l’univers particulièrement bourgeois d’Assas. Tout le film tiendra à mettre en lumière les différences de cette jeune étudiante a priori ne partant pas avec les mêmes chances que les autres étudiants de l’université en question. Le choix d’Assas n’est évidemment pas un hasard. Réputée dans toute la France pour être une fac de (très très) droite, Yvan Attal profite et joue de cette réputation pour peindre en Daniel Auteuil un professeur aux idées relativement racistes et à l’apparence parfaitement antipathique. Le film se focalise sur des clichés pour en construire d’autres, comme par exemple le fait que tout l’amphithéâtre soit sponsorisé par Apple, que les étudiants sont tous des français « de souche », que les professeurs ne témoignent d’aucun respect, voire pire méprisent leurs étudiants et qu’aucune entraide n’existe dans l’univers des études juridiques du VIième arrondissement. Les étudiants, les professeurs, l’administration et tout le personnel de cette université méritent mieux que cette image objectivement peu flatteuse. De la façon dont j’ai perçu le film, une nomination pour le César du meilleur film est une réelle erreur, et j’en suis profondément attristé.

 

Daniel Auteuil, Camélia Jordana et Yvan Attal sur le tournage du film "Le Brio"

Daniel Auteuil, Camélia Jordana et Yvan Attal sur le tournage du film « Le Brio »

 

Pour terminer ce court tour de table des récompenses du cinéma français de façon plus légère, je regrette que deux des meilleurs films français de ces dernières années soient sortis la même année. Seulement 5 Césars pour « 120 battements par minute » et « Au revoir là-haut », qui en méritaient chacun plus.

 

Allons à présent voir chez nos amis cainri ce qui n’a pas été.

 

 

Oscars :

Ici j’attaque direct par le scandaleux : un nommé pour l’Oscar de la meilleure musique de film. Quel genre d’immonde spécialiste défoncé au plâtre (ou atteint de surdité) a donné son accord pour nommer John Williams pour la BO de Star wars VIII ? Même, et peut-être même surtout, si vous êtes aussi fan de la saga que moi, avez vous remarqué la différence stratosphérique de qualité entre les musiques des épisodes 1-2-3-4-5-6 et celles des 7 et 8. Là où les musiques transcendantes relevaient du génie dans la prélogie, un vide absolument terrifiant s’est installé, laissant place à des thèmes à peine médiocre. La nomination de John Williams cette année est un réel scandale à mon sens, et je pèse mes mots. Il est probable qu’il ait sa place réservée à vie, et le caractère dramatiquement conservateur de l’Académie n’aidera surement pas à ce que cela change… A part cela dans cette catégorie aucune surprise sur le lauréat, cocorico les amis, Alexandre Desplat montre encore pourquoi il est le compositeur en vogue ces dernières années en obtenant son deuxième prix pour la musique de « La Forme de l’eau ».

Pour continuer dans l’univers sonore, les Oscars du meilleur son (mixage et montage) vont tous les deux à « Dunkerque », dont l’atmosphère est très prenante et bien réalisée, mais au regard des autres nommés, tels que Baby driver (petit coup de coeur pour la dimension musicale de ce film), Blade Runner 2049 ou La Forme de l’eau, les deux récompenses paraissent relativement exagérées. Pour plus d’infos et d’analyses sur ce thème, allez voir l’article de Guillaume ICI .

Autre incompréhension pour moi (mais beaucoup moins grave cette fois-ci) : Oscar des meilleurs décors pour « La Forme de l’eau », qui se présentait pourtant face à La Belle et la Bête, Blade Runner 2049, Les heures sombres et Dunkerque. L’atmosphère du film de Del Toro est faite pour être anxiogène : tout est gris et sombre.  Pour être parfaitement honnête, les décors ne sont pas du tout les éléments de réalisation qui me frappent en premier, cependant lorsque ceux-ci sont exceptionnellement travaillés ou mis en valeur il est impossible de passer à côté. Dans La Belle et la Bête, les décors, du fait qu’ils fassent partie intégrante de l’histoire et aident au développement de l’intrigue, étaient à mon sens beaucoup mis en lumière, plus lumineux, colorés, vivants, et méritaient plus cette récompense que des décors ma foi… assez classiques, pour ne pas dire austères.

 

A propos des acteurs/actrices. Je ne toucherai pas à Sam Rockell ni Frances McDormand de « 3 Billboards », qui sont tous les deux absolument époustouflants dans leurs rôles respectifs du policier raciste à moitié fou et de la mère en quête de justice. Gros big up notamment au discours décalé mais très pertinent de la lauréate après l’annonce de sa victoire.

Pour l’Oscar du meilleur acteur dans un rôle principal, première nomination pour le franco-américain Timothée Chalamet, 22 ans, nouvelle coqueluche d’Hollywood, crush de Jennifer Lawrence, surement promis à un avenir prometteur sur grand écran. Si les nominations n’avaient tenu qu’à moi, il n’aurait pas été sur la liste. Sa performance est certes pleine de fraîcheur et de naïveté revigorante, et donne un aperçu du potentiel qui est le sien. Le fait de parler couramment deux langues l’avantagera  probablement dans sa carrière et son physique avantageux lui permettra d’avoir accès à une palette exceptionnelle de personnages. Son personnage dans « Call me by your name » ne lui a, à mon sens, pas permis de s’exprimer comme il l’aurait fallu pour prétendre à plus qu’une nomination, ce qui est déjà très bien payé pour une prestation correcte mais pas particulièrement touchante. Toujours dans cette catégorie, la présence de Daniel Day-Lewis, déjà trois fois lauréat, ne surprend personne ; sa place est réservée dès qu’il tient le premier rôle dans un film.

Dans la catégorie analogue chez les femmes, idem pour la présence de Meryl Streep, sans doute la femme la plus appréciée dans le monde du cinéma actuellement, qui doit plus sa place dans les nommées à cette notoriété et son poids dans l’industrie du cinéma qu’à sa performance dans « Pentagon papers », bonne mais sans plus.

Pour finir, plan large sur les autres catégories où Jordan Peele repart avec un Oscar pour le meilleur scénario original pour l’excellent thriller « Get Out », malgré la forte contestation de son film par une partie des votants de l’Académie. Guillermo del Toro est le grand vainqueur de cette année avec notamment les Oscars du meilleur film, malgré un cru 2017 particulièrement bon, et de la meilleure réalisation, encore ici malgré une contestation de la part de Jean-Pierre Jeunet , le réalisateur français l’accusant de plagiat dans son film.

 

Guillermo Del Toro après sa victoire aux Oscars 2018

Guillermo Del Toro après sa victoire aux Oscars 2018

 

En bref, les institutions cinématographiques ont encore une fois été assez peu innovantes et sont restées fidèles à leur tradition de laisser les projets plus marginaux de côté. Je souhaite que le cinéma continue à tenter de nous surprendre, et que les Académies récompensent l’audace et encouragent la nouveauté au lieu que de rester dans leurs zones de confort.

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Louis
Apprenti juriste, tennisman au repos et musicien à la retraite. Amateur de théâtre, cinéma/séries, sport, politique, jeux vidéos... En somme, friand de tout mais spécialiste de rien, j’aime surtout essayer d’associer information et humour, sur des sujets parfois inattendus.

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