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Société

L’homophobie de tous les jours à l’encontre des personnes LGBT, (lesbienne, gay, bi, trans, queer) véritable fléau social !

1 Mar , 2016  

« Je ne suis pas homophobe mais quand jai vu ces deux hommes sembrasser; même si nous sommes amis, ça ma donné un haut-le-coeur. Je pense que par respect pour les autres, ils ne devraient pas faire ces choses là en public » lâche Adam* à table, décomplexé, sans vergogne aucune.

Homo/phobie: de l’anglais homophobia, composé du terme grec homo (le même, égal) et de phobia, (la peur), se manifeste par des réactions physiques et désigne étymologiquement un mécanisme mental et pathologique individuel mêlant crainte et hostilité. L’homosexualité devrait par respect pour autrui, rester cantonnée à une sphère privée, espace d’invisibilité. Pourtant, la naissance du néologisme « homophobia » consacre un renversement de perspective. Le terme apparaît pour la première fois aux Etats-Unis, dans un article de la revue pornographique américaine Screw publiée le 23 mai 1969. L’homophobie désigne alors la peur qu’ont certains hommes hétérosexuels de passer pour homosexuels. Il est repris en 1971, dans un article du psychologue Kenneth Smith (Homophobia: a Tentative Personality   Profile), prenant alors une dimension davantage scientifique. Désormais, on rend problématique non plus l’homosexualité, longtemps considérée comme pathologique, mais bien sa crainte et son rejet. On reconnait ainsi l’existence d’une conduite problématique à l’égard des personnes homosexuelles, mêlant discrimination, répulsion et violence.

       Le terme ne fait son apparition dans les dictionnaires français, qu’à la fin des années 1990. L’homophobie est partout désignée comme systématique et irrationnelle, sentiment quasi incontrôlable de dégoût, comme Adam* en a fait part. Il ne s’agit donc plus de comprendre l’homosexualité, mais bien les fondements et les mécanismes de l’homophobie. De fait, nommer l’homophobie, c’est la dénoncer. Dès lors, comment la combattre? La combattre, c’est déjà reconnaitre qu’elle ne peut être réduite à un sentiment individuel. Elle comporte nécessairement une dimension sociale et juridique. Elle est directement nourrie par des normes sociales voire institutionnalisées. Elle se traduit politiquement et positivement par l’hétérosexisme, notion mise en avant par le militant Louis-Georges Tin, impliqué dans la lutte contre l’homophobie et le racisme. Louis-Georges Tin estime que l’homophobie individuelle serait un fruit de l’hétérosexisme, forme d’homophobie sociale consacrant la suprématie du modèle hétérosexuel qui est présenté comme seul modèle existant, unique norme sociale de référence. Avec la notion d’hétérosexisme, le problème de l’homophobie prend un tournant politique indéniable. Ainsi, norme sociale et juridique s’alimentent-elles mutuellement pour conférer à l’homosexualité un statut marginal. Le discours hétérosexiste pourrait bien correspondre au discours homophobe nouveau, qui sous couvert de ne pas traduire directement un sentiment irrationnel de rejet des personnes homosexuelles, justifie pourtant les inégalités juridiques et sociales existant entre le couple hétérosexuel et le couple homosexuel.

Le discours homophobe peut connaitre une traduction physique violente allant jusqu’à l’agression, mais peut aussi se manifester de façon insidieuse, apparaissant comme une violence discursive banalisée, et devenir « homophobie de tous les jours », harcèlement quotidien qu’il est impératif de dénoncer. Ainsi Adam* est ami avec Maxime* et Florien*, mais les voir s’embrasser le dérange. Il considère pourtant qu’ils ont le droit d’être ensemble et de s’aimer: il tolère cette relation. Mais il refuse qu’une certaine visibilité lui soit consacrée et va jusqu’à invoquer la notion de « respect de lautre », notion dont il semble a priori avoir une connaissance lacunaire, arguant que Maxime* et Florien* ne devraient pas s’embrasser devant lui, car cela l’indispose.

Il va de soi pour Adam, que Maxime et Florien* ne puissent pas profiter, en tant que couple homosexuel des mêmes droits que les couples hétérosexuels. Le discours d’Adam* est un discours homophobe de base, contre lequel on peine à s’insurger : Adam* invoque un droit personnel à ne pas vouloir voir deux hommes s’embrasser. En exploitant comme le sociologue Eric Fassin, la notion d’hétérosexisme, on observe, un déplacement de la problématique d’une haine et d’une peur individuelle vers la question politique et la reconnaissance par des institutions des hiérarchies sexuelles. Ce terme nous permet d’aller vers une analyse objective des discours et des inégalités, sans présumer des pulsions profondes qui les alimenteraient. Il s’agit donc plutôt de penser les logiques sociales et politiques qui se trouvent aux fondement de ces rejets psychologiques individuels.

Trois ans après la loi sur le mariage pour tous, la voie a été ouverte à toutes les dérives. L’homophobie n’est jamais clairement nommée. On ne se targue pas, comme Adam* qui affirme ne pas l’être, d’être un homophobe. Pourtant, elle est souvent présente de façon insidieuse dans les discours, y compris politiques, devenant une opinion défendable. Si elle prend des formes nouvelles et se manifeste autrement, on peut douter d’un recul réel de l’homophobie.

Le Rapport annuel de lHomophobie (2015) publié chaque année par SOS Homophobie , nous informe de l’évolution des comportements homophobes en France, au cours de l’année. La division de l’homophobie en plusieurs catégories (gayphobie, lesbophobie etc) nous permet de constater qu’il n’existe non pas une forme d’homophobie, mais des « homophobies », spécifiquement dirigées vers les lesbiennes, les gays ou bien les personnes transes. Le rapport est aussi subdivisé en lieux (lieux publics, commerces et services), en milieux (famille, entourage proche), en domaines (justice etc), accompagnant chaque témoignage d’un contexte précis au sein duquel se déploient le discours et les attaques homophobes. Le nombre de signalements d’agressions ou de propos homophobes rapportés à SOS Homophobie peut constituer un premier indicateur de la croissance ou de la décroissance des comportements homophobes en France. Dès le début et jusqu’à la fin des débats sur le mariage et l’adoptions pour les couples homosexuelles, en juin 2013, le nombre de témoignages d’actes LGBTQphobes* (lesbophobe, gayphobe, biphobe, transphobe) avaient augmenté de façon significative: 1977 en 2012 et 3517 en 2013… Selon SOS Homophobie, cette augmentation des témoignages pourraient s’expliquer « par une libération de la parole homophobe mais aussi par une libération de la parole des victimes ». Si les témoignage ont diminué d’environ 38% en 2014, leur nombre reste toujours préoccupant, avec 2197 témoignages enregistrés au cours de l’année 2014, soit 41% de plus qu’en 2011. Il est certes possible d’expliquer cette augmentation du nombre de témoignages par une meilleure visibilité de l’association et par la reconnaissance progressive d’une « question homophobe » en France, mais l’homophobie ne semble pourtant pas connaître de recul significatif. Au contraire, la parole LGBTQphobe s’installe et devient de plus en plus décomplexée.

Quelle forme l’homophobie prend t-elle désormais dans le quotidien des personnes LGBTQ (lesbienne, gay, bi, trans, queer) ? De quelles formes d’attaques ou d’agressions verbales les personnes considérées comme déviantes de la norme de genre ou sexuelle font-elles l’objet? Si des droits exceptionnels ont été accordés au couple homosexuel en 2013, l’égalité en faits et en droits n’en demeure pas moins une chimère. Voire pire, ces inégalités sociales et juridiques dont pâtissent les couples homosexuels sont quotidiennement et réciproquement justifiées par une culture et un droit hétérocentrés. Ainsi, l’existence d’une législation différente à l’endroit du couple LGBT (voire inexistante) se voit-elle justifiée par la « différence » du couple homosexuel considéré dans une opposition binaire au couple hétérosexuel. Dès lors, la dimension inégale, différente, « anormale » des relations et du couple homosexuels reconnus comme « hors norme » socialement et juridiquement, incarne un parfait alibi à l’homophobie individuelle.

L’homophobie sociale et juridique serait davantage le fondement de l’homophobie individuelle que l’inverse. En effet, un « rejet » pathologique de l’homosexualité ne peut exister naturellement et résulte en conséquence, d’une construction sociale centrée sur les relations hétérosexuelles. C’est parce que des normes sociales et un positivisme juridiques existent en faveur de l’hétérosexualité et instituent des inégalités profondes entre hétérosexualité et homosexualité que l’homophobie individuelle a pu se déployer, voire se justifier et tomber dans le domaine de l’opinion banalisée.

On reconnait en France, l’un des 19 pays autorisant le mariage des couples homosexuels dans le monde, une certaine ouverture à l’homosexualité, une plus grande « tolérance » (à ne pas confondre avec la notion de respect et d’acceptation parfaite), à l’égard de l’homosexualité, voire une reconnaissance de l’existence d’une homosexualité effective, comme c’est le cas de l’homosexualité féminine, longtemps considérée comme inexistante. Personne n’oserait se revendiquer ouvertement comme homophobe (au sens d’une homophobie individuelle). En France dirait-on, règne donc un climat de tolérance, climat parfois fragile, à l’endroit des personnes LGBT, variant par exemple selon les milieux socio-culturels, lié au libéralisme occidental. Il existe une législation qui défend et protège les personnes LGBT des attaques et agressions à caractère transophobe, biphobe, lesbophobe ou gayphobe. Il existe des espaces, notamment urbains, quartiers et bars, quasi exclusivement réservés au personnes LGBT ou bien « gay friendly ». Le problème est bien là: tous les espaces et lieux de vies fréquentés ne sont justement pas « gay friendly ». La rue, le lieu de travail, le supermarché,l’école, peuvent devenir des milieux hostiles, voire dangereux. Si la violence physique n’est pas une manifestation rare de l’homophobie (8% des témoignages rapportés à SOS Homophobie), l’homophobie se fait désormais plus insidieuse. Des remarques déplacées, des insultes fréquentes, des opinions à l’emporte-pièces sont autant de manifestations de cette homophobie nouvelle, produit d’une « tolérance » en demie teinte de l’homosexualité, et l’apanage de ceux qui décident de ne pas être « gay friendly ».

A travers une série de témoignages de personnes ayant subies des propos et des agressions homophobes, il est possible d’identifier les spécificités de l’homophobie d’aujourd’hui.

Tout d’abord, l’existence non pas d’une, mais de plusieurs homophobies, se déclinant selon le genre des personnes concernées. Si le lien fondamental qui unit les personnes LGBTQ+ est l’existence d’une discrimination touchant aux déviances à la norme de genre et aux déviances à la norme hétérosexuelle, l’homophobie se décline pourtant sous différentes formes, tandis que jusqu’au XIXème siècle, les pratiques homosexuelles, bisexuelles ou transgenres étaient souvent confondues. Le discours homophobe reconnaît désormais davantage l’existence de l’homophobie féminine. Ainsi, la faible quantité de lois religieuses, juridiques ou de coutumes sanctionnant de façon claire l’homosexualité féminine, était autrefois davantage liée à l’occultation de cette sexualité, qu’à une plus grande tolérance à son égard.

Alors qu’il semble désormais plus facile d’affirmer son homosexualité, celle-ci n’étant plus comptée au nombre des « pathologies » mentales et soutenue par l’existence d’un réseau associatif très développé, l’homophobie d’aujourd’hui, semble vouloir endiguer et empêcher l’entrée ferme et définitive dans le débat public des questionnements relatifs au genre et à la sexualité, et la prise en compte, à juste titre, par les normes sociales et juridiques de l’homosexualité. L’homophobie d’aujourd’hui est l’une des deux tendances qui s’opposent: face à une ouverture sociale progressive à l’homosexualité, l’homophobie d’aujourd’hui se veut réactionnaire.

 

 

 

 

LA BIPHOBIE: pourquoi choisir?

La biphobie 2015 en chiffres:

27 témoignages enregistrés en 2015.

63% des victimes de biphobie sont des femmes

Dans 64% des cas, la biphobie prend la forme dun rejet ou bien est ignorée.

Dans 30% des cas, il sagit dinsulte et dans 52% des cas de diffamation.

40% des cas, ces discriminations proviennent du milieu familial.

 

Qu’est-ce que la biphobie? La biphobie est le rejet, la haine, la peur voire la violence à l’encontre des personnes bisexuelles. Le fondement de cette forme de discrimination homophobe et la non-reconnaissance d’une ambivalence réelle des préférences sexuelles et romantiques des personnes bisexuelles, qui, ou bien ne sont pas jugées complètement sincères, ou bien jugées incapables de choisir entre l’une et l’autre de leurs préférences. La bisexualité connaît ses spécificités et n’a nulle besoin d’être assimilée à une autre orientation autre qu’elle-même. C’est dans le refus de la reconnaissance que l’on entend l’insulte. Elisabeth*, étudiante de 20 ans témoigne: « Jai évoqué ma bisexualité (= fait d’éprouver de l’attirance pour les deux sexes) avec lun de mes ami. Au début, il était persuadé quil sagissait pour moi dun choix plus que dune réalité fondamentale. Comme si je m’étais levée un matin et avais décidé que désormais jaimerai les filles: il pensait que cela me passerait. Or cest bien plus compliqué que cela: jai seulement décidée dassumer ma bisexualité, après avoir longtemps douté. Si cet aveu à pu lui sembler soudain, il na pas conscience du temps que cela a pu me prendre. » Quand enfin son ami fini par la croire, c’est l’inverse qui se produit: « Il était maintenant persuadé que je naimais que les filles et minterrogeait souvent sur mes capacités à ‘’désirer’’ des garçons, comme si en moins dun mois javais complètement redéfini mes préférences sexuelles, préférences sur lesquelles je nai pourtant aucune prise. »

La bisexualité serait une tendance, une mode, une phase, rien de plus qu’une période de l’adolescence au cours de laquelle on se questionne: elle serait le signe d’une instabilité et finirait dans bien des cas, par passer, l’individu sortant d’une phase de déni et assumant complètement son homosexualité, ou bien renonçant tout bien toute honneur à ses préférences pour le même sexe. Cette opinion courante sur la bisexualité est partagée par la mère d’Esther*, étudiante de 18 ans, qui lorsque cette dernière lui a fait part de son amour pour les deux sexes de façon très explicite, lui rétorqua que «  ce nest quune phase, ça passera, tu es jeune et cest normal de vouloir expérimenter sa sexualité. » Elisabeth s’insurge encore: « Pour en avoir beaucoup parlé avec cet ami, jai affronté un point de vue radicalement opposé au mien et quasi ouvertement biphobe: selon lui, lhomosexualité et tout particulièrement la bisexualité sont davantage lapanage des milieux intellectuels et artistiques, qui seraient plus ouverts à ces questions car plus éduqués! Or cela na aucun sens: il est peut-être plus aisé de se faire accepter lorsque lon est homosexuel dans des milieux jugés plus ‘’ouverts’’ que dans dautres milieux socio-culturels, mais lhomosexualité ne peut correspondre à un acte de volonté résultant dune réflexion artistique ou philosophique intense!» La bissexualité serait la conséquence d’une certaine ouverture d’esprit, d’une plus grande prise en considération de l’homosexualité et plus largement des problématiques de genre et de sexualité. La considérer comme une phase ou comme une mode, un phénomène de société, c’est en relativiser l’importance en tant que sexualité stable.

La bissexualité n’est pas seulement attaquée par des soldats de l’hétéronormativité, mais fait aussi l’objet de rejets de la part d’autres personnes LGBTQ. Lorsque Clara*, 23 ans, dit qu’elle est bisexuelle à la jeune femme avec laquelle elle prend un verre, cette dernière rétorque: « Ah oui? Tu sais, il y a des filles qui naiment pas ça! ». Clara se défend: « Tu sais, bisexuelle ne signifie pas ‘’hétéro curieuse’’, ou avide d’’’expériences lesbiennes’’: si je dis que je suis bisexuelle, ce nest pas comme pour tavertir dun possible revirement de situationBisexualité ne signifie pas instabilité.. »

 

La biphobie, comme les homophobies, ne se contente pas de pointer du doigt une différence entre les individus, mais l’interprète et en tire des conclusions négatives et néfastes. A ce titre, la bisexualité souffre, entre autre, d’un déficit de crédibilité.

   Parce qu’elles font système,  on peut dire que  l’ensemble des  LGBTQphobie sont perceptibles dans tous les aspects de notre vie sociale.

* les prénoms ont été modifiés.

*LGBTQphobie: rejet à lencontre des lesbiennes, gay, bis, trans, queer.

 

 

 

 

Ouvrages de référence:

 

 

  • Lhomosexualité, Jacques Corrazé, Collection Que sais-je, PUF

 

  • Lhomophobie, Daniel Borrillo, Collection Que sais-je, PUF

 

  • Géographie des homophobies, Sous la direction de Arnaud Alessandrin et Yves Raibaud, Éditions Armand Colin/Recherches.

 

  • Rapport sur lhomophobie (2015), publié sur le site de SOS Homophobie.
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L.K
Mes articles sont publiés dans la catégorie actualité, société et musique. J'aime beaucoup le voguing et je suis une fan invétéré(e) de Kurt Cobain et de John Maus.

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