Black-Boogie-Neon

Culture / Divertissement,Musique

Nostalgie automnale : les trois albums du mois de septembre.

4 Oct , 2018  

Octobre arrive, et avec lui le début de l’automne et de la mélancolie… A Juste1Question, on le prend plutôt bien, et on se propose de vous conseiller trois albums gorgés de nostalgie et sortis ce mois-ci pour accompagner cette douce saison, pleine de couleurs orangées.

 

Cola Boyy – Black Boogie Neon : la nostalgie disco et paillettes

 

Record Makers fait partie de ces labels qui ne nous déçoivent que rarement. Le label fondé par le groupe Air a toujours eu pour spécialité de dénicher des talents étonnants, et de les amener exactement là où ils doivent aller. Cola Boyy vient de Californie et a toujours apprécié le disco-funk élégant, aux productions léchées et efficaces. Cola Boyy, du fait d’un handicap de naissance, a une voix unique, nasillarde, pleine de ces craquements qu’ont les vieux vinyles. A l’image du rappeur 03 Greedo (#free03Greedo), autre miracle de la West Coast, dont la manière de chanter si particulière est liée au fait qu’il soit doté d’un tympan synthétique, Cola Boyy fait de cette particularité sa force.

Son timbre si particulier nous replonge dans des années 70 encore plus rétros qu’elles ne le sont réellement. Sa manière de chanter unique, avec son lot d’imperfections délicieuses, donne des aspérités à des productions sans le moindre défaut, qui sans lui seraient sans doute trop lisses. Il était dès lors logique que Record Makers l’amène sur ce terrain disco-funk 70s qu’il maîtrise sans doute mieux que personne. Ainsi, dès le premier titre de son premier EP, « Black Boogie Neon », le tubesque « Penny Girl », on se retrouve plongé dans une ambiance rétro, pleine de paillettes et d’éclats, où Cola Boyy incarne le parfait anti-héros.

Le second morceau, « Buggy Tip », accélère encore la cadence, sur une guitare digne de Nile Rodgers, et des violons kitschs à souhait. « Have you seen her », premier single publié de l’album, ne fait pas exception à cette cadence relevée, tandis que « Beige 70 », dernier titre de l’EP regorge de cordes luxuriants. A la fin de l’EP, une question reste : Cola Boyy peut-il aller plus loin que ce simple exercice de style ? Peut-il dépasser une musique à la douce nostalgie fantasmée pour proposer quelque chose de radicalement nouveau ?

La réponse se trouve peut-être dans le pénultième morceau de l’album. Avec une rythmique saccadée de batterie, qui vient rappeler ce qu’a pu faire Turzi, autre artiste qui fit la renommée de Record Makers, ce titre vient rendre le néon de Cola Boyy plus sombre. Sa voix se fait traînante, gorgée d’échos. Des guitares lointaines résonnent, comme dans un rêve alcoolisé. Son ton nasillard, qui pourrait paraître comique, se fait suppliant, rappelant encore une fois 03 Greedo. Cette chanson, plus étrange, comme distendue, nous donne des pistes sur ce vers quoi Cola Boyy pourrait se diriger vers la suite, à l’image de l’outro énigmatique de « Buggy Tip » et la fin étonnante de « Have You Seen Her », comme broyée par une machine terrifiante. Cola Boyy a encore plein de surprises à nous dévoiler, et l’on ne peut attendre de découvrir sa face plus sombre.

 

The Pirouettes – Monopolis : La mélancolie des amours déçus

 

Montagnes enneigées, regards figés, corps de cires. La pochette de « Monopolis », le nouvel album de The Pirouettes nous laisse suggérer d’entrée qu’une atmosphère glaciale vient de s’installer sur leur univers. Dès le premier titre, l’impression se confirme. Les Pirouettes ont monté l’autotune, les sonorités sont plus électroniques, froides, et épurées. Le duo parisien semble avoir jeté un voile glacial sur son univers pop et confortable dans lequel on se promenait jusqu’ici. Si les mélodies restent accrocheuses (on sent même une volonté – qui les fait parfois faire quelques faux pas – de faire de vrais tubes grands publics),elles virent souvent au mineur, et la mélancolie n’est jamais loin. Influencés par l’univers de Hyacinthe, avec qui le duo a collaboré et part bientôt en tournée, les Pirouettes semblent devenus plus pessimistes. Leur douce nostalgie s’est faite plus amer, leurs productions moins chargées, plus nues. « Baisers volés » semble pourtant apporter de la chaleur aux thèmes de l’album, malgré sa mélodie teintée de tristesse. Oui, mais voilà. Chez Truffaut, « Baisers volés » précède « L’Amour en Fuite ». Le mariage d’Antoine Doinel précède le divorce.

Et en effet, « Tu peux compter sur moi », titre qui succède à « Baisers Volés », vient amener une ombre sur le couple glamour qu’incarnent les Pirouettes depuis des années. « Je regarde des photos d’avant / On faisait pas semblant / Je veux bien croire que tu m’aimes autant / Laisse moi juste du temps » chante Vicky. L’amour fou des Pirouettes, celui de la jeunesse et de la fougue, semble désormais se conjuguer au passé, ou dans les rêves.

Et de rêve, il en est question dans « Rêver de toi ». « Donc je me dis que nous deux, ce n’est pas possible / […] / Et je ne sais même pas qui tu es, t’imaginer moi ça me va ». Pour fuir la réalité, partons dans le rêve, dans le fantasme aux influences orientales un peu kitsch, celui de la « Médina », titre central de l’album, divisé en deux parties. Les Pirouettes semblent malgré tout rechercher la joie des débuts, et quand ils scandent sur « Ca ira ça ira » que « Même si rien n’est pareil, l’amour est intemporel », la phrase semble résonner autant comme un souhait que comme une vérité.

L’album cède aux sirènes d’une électro-pop un peu insipide sur quelques titres (« Ca ira ça ira », « Ce Paradis », « Rêver de toi »…) qui rendent le milieu de l’album un peu bancal. En revanche, son final vaut le détour, avec trois morceaux extrêmement aboutis, faits de vraies prises de risques et de réussites musicales : une chanson néo-RnB aux basses vibrantes, une ballade amoureuse presque acoustique traînante aux influences West Coast, et un hymne lyrique tout droit sorti de Starmania. Les Pirouettes vieillissent, commencent à penser au temps avec tristesse, mais continuent à chercher à renouveler leur musique, et c’est une bonne nouvelle.

 

Kero Kero Bonito – Time ‘n’ Place : La nostalgie de la chambre de lycéen.ne

La trajectoire classique d’un groupe de rock est souvent de devenir de plus en plus électronique, ouvrant au fur et à mesure ses influences musicales. Kero Kero Bonito, dans leur dernier projet, « Time ‘n’ Place » semblent faire la démarche inverse. Finie l’électro kitsch dont le groupe s’éloignait déjà depuis un an, finis les morceaux sketchs – même si leur second degrés et leur manière délicieuse d’effleurer le mauvais goût ne sont  jamais loin. Désormais, le groupe n’a pas peur de faire de douces ballades rêveuses (le génial « Time Today »), qui nous renvoient tout droit dans notre chambre d’ado, ou des titres aux guitares rugissantes qui rappellent le Rock FM des années 2000 (« Outside », « Only Acting »,…).

Les mélodies sont délicates, délicieuses, et nous surprennent avec des refrains intelligents, tintés souvent de cette mélancolie lumineuse propre aux années lycée. Sur « Make Believe », la formation semble même s’inspirer sur la pop japonaise des années 70, pleine de nostalgie et si branchée en ce moment (la fameuse city pop). Dans ce retour en adolescence, on n’échappe bien sûr pas à la chanson autour du feu que l’on chante sur la plage (« Sometimes »). A la fin de l’album, la mission est accomplie : les Kero Kero Bonito ont peint avec des pastels l’adolescence que l’on aurait tous rêvés d’avoir, pleine de spleen rêveur et de batailles de polochon, le walkman à fond.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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