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L’effet Trump, la menace qui plane sur les présidentielles ?

6 Avr , 2017  

Il y a six mois, la presse internationale était stupéfaite à l’annonce de la victoire de Donald Trump, élu président des Etats-Unis à la suite de Barack Obama. La plupart des sondages et l’opinion publique balisaient Hillary Clinton comme gagnante de cette élection, face à l’alternative grossière et insensée que représentait la candidature du républicain.

Et pourtant c’est Donald Trump qui a été élu, créant la surprise de nombreuses personnes. Rien ne préfigurait cette victoire, et pourtant…

Après coup, de nombreuses analyses ont expliqué cet aboutissement : un système électoral imparfait, une opposition non convaincante, de nombreux indécis et beaucoup d’opinions dissimulées.

Or tous ces éléments préfigurant une telle situation nous amènent à nous poser la question suivante : la présidentielle française ne se dirige-t-elle pas dangereusement dans ce sens ?

Certes, notre système électoral est bien différent que celui des Etats-Unis, mais si nous laissons cette caractéristique de côté, certains éléments sont similaires.


Des personnalités effrontées

Si la personnalité de Marine Le Pen rappelle à certains les convictions et valeurs de Donald Trump (discours anti-immigration, appel au patriotisme, protectionnisme…), nous aimerions ici mettre l’accent sur une autre caractéristique du Président des Etats-Unis : l’effronterie.

Une seule chose est certaine, c’est que Donald Trump est sûr de lui. Quel que soit son propos ou son comportement, il est dans son droit et rien ni personne ne peut le contredire.  Il crée sa vérité. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?

Donald Trump est connu pour avoir installé aux Etats-Unis l’ère de la post-vérité. Ce concept qui a émergé en 2016 repose sur plusieurs éléments : une défiance vis-à-vis des vérités des médias jugées comme idéologiques et dignes de suspicion, ce qui permet dans un second temps de nier le fact-checking et leur travail d’information, et dans un troisième de commencer à délivrer de fausses affirmations sur les réseaux sociaux notamment, mais aussi dans ses discours.

Dès lors, ce qui importe n’est plus de savoir si ce que dit Donald Trump est vrai. Ce qui importe, c’est de savoir si ça plaît, si ça suscite des émotions chez les américains, si c’est convaincant. L’émotion prime sur la raison chez Donald Trump. Quand il parle d’un attentat en Suède, peu importe s’il a eu lieu ; ce qui compte c’est que c’est émouvant. Kellyane Conway, une proche de Donald Trump, alla même jusqu’à parler de « faits alternatifs » (alternative facts) au sujet de propos de Donald Trump relevant en vérité de simples mensonges, niant ainsi frontalement le concept de vérité.

Avec François Fillon, on est dans le même cas de figure. À l’entendre, la presse s’acharne contre lui, à travers des vérités qui seraient fausses. De ce fait, il peut délivrer « ses » vérités, sans le moindre fact-checking : l’existence d’un cabinet noir à l’Elysée, par exemple, un pur alternative fact que personne ne peut vérifier. Ce qui importe, ce n’est pas que ça soit vrai, c’est l’émotion que cela suscite, de voir cet homme de conviction affirmer ses valeurs haut et fort.

Le problème est que, dans le cas américain comme dans le cas français, c’est une arme dangereuse.

Les électeurs aujourd’hui de plus en plus indécis se voient confortés dans le choix d’une personnalité forte et déterminée. Et aussi choquants que soient les propos de Marine Le Pen ou les affaires financières de M. Fillon, cette confiance en soi est malgré tout un argument convaincant pour de nombreuses personnes. Et c’est quelque chose que nous ne devrions pas sous-estimer.


Une opposition pas assez convaincante

Une droite corrompue, un parti socialiste fragilisé et un utopiste inexpérimenté.

Alors que les débuts de la campagne présidentielle annonçaient de belles instances avec des personnalité au début inattendues puis montantes (victoire de François Fillon aux primaires des Républicains et celle de Benoit Hamon au PS), la débandade s’est rapidement déclenchée.

Les affaires de corruption de Fillon se sont déversées sans discontinu et Hamon s’est vu éclipsé très rapidement face à la désertion de ses soutiens. Seul Emmanuel Macron, aux sondages toujours plus favorables s’est vu hissé vers le rêve d’une victoire présidentielle. Mais sa candidature est elle aussi peu persuasive : un programme flou et changeant, une opinion allant à la plus convenante, une idéologie inébranlable mais inconsistante… Seul le programme de Jean-Luc Mélenchon ainsi que sa personnalité semblent aujourd’hui clairement définis, restant sur une ligne claire qu’il avait défini depuis longtemps, articulé autour d’idées fortes : VIème République, défiance vis-à-vis de l’Union Européenne, l’écologie comme priorité, …


De nombreux indécis

D’autant plus que les indécis sont de plus en plus nombreux. Un électeur potentiel de Macron sur deux n’est pas sûr de voter pour lui au premier tour. Si ses meetings sont bondés, il semblerait que l’effet de curiosité y soit pour beaucoup. Les français semblent perdus sur un échiquier politique trop usé, vu et revu. Face à cela, les partis traditionnels font l’objet d’une réelle défiance, tandis que ceux plus « alternatifs », de Mélenchon à Le Pen, ont le vent en poupe. Cette présidentielle est sans aucun doute celle de la perte de repères, et de l’indécision.


Une issue incertaine

Ainsi, si les sondages nous prêtent à croire que Macron est le grand favori de cette présidentielle et qu’il est sur le point d’entrer à l’Elysée, rien n’est moins sûr avec les nombreux votes qui « se perdent » en faveur des votes alternatifs.

Si on n’y prête pas attention, « l’effet Trump » pourrait avoir lieu avec un Macron qui ne convainc pas, et un second tour entre François Fillon et Marine Le Pen.

Faut-il pour autant voter Emmanuel Macron pour faire barrage à ces deux populistes ? Rien n’est moins sûr. Le vote utile semble présenter ses limites à cette campagne présidentielle : le vote « utile » consistant à voter Juppé pour faire barrage à Sarkozy a échoué, celui consistant à dire que Fillon était le seul capable à faire obstacle à Marine Le Pen aussi, … Tout comme l’argument de voter pour Hilary Clinton essentiellement pour faire « obstacle » à Donald Trump, et non pour son programme, a échoué.

Rédigé par Claire Périssat et Guillaume Echelard

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Etudiante en relations internationales, je m'intéresse à toute l'actualité autour du monde, que ce soit d'un point de vue politique, économique, social ou culturel. Les sujets qui me tiennent à cœur sont divers, je tenterai de vous les faire partager au mieux !

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