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Politique

Le PS va-t-il exploser ?

9 Fév , 2016  

Est-ce la fin de l’unité du PS (Parti Socialiste) ? La question est sur toutes les lèvres depuis le départ du gouvernement de Christiane Taubira, suite à son opposition à la modification constitutionnelle concernant la déchéance de nationalité. Celle-ci apparaissait comme la dernière représentante d’une gauche « de valeur » face au libéralisme centriste à peine maquillé de François Hollande et Manuel Valls. Christiane Taubira était devenue un symbole : celle qui avait pourtant été la candidate d’un parti de centre-gauche (le Parti Radical de Gauche) en 2002 incarnait la voix de gauche du gouvernement. Son départ, c’est le divorce entre le gouvernement centriste et les militants traditionnels du parti, incarnés par une voix comme celle de Martine Aubry. Alors ce divorce va-t-il aboutir à une explosion ?

La crise identitaire du PS est-elle comparable à celle du SPD au début des années 2000 ?

Cette situation fait étonnamment penser au virage qu’a pris la vie politique allemande il y a une grosse dizaine d’années (de 1998 à 2005). C’est dans ce parallèle historique qu’on peut chercher des éléments de réponse. A l’époque, le Parti Social-Démocrate d’Allemagne (SPD), équivalent du PS français, était au pouvoir, après plus de quinze ans loin du pouvoir. Ce long désaveux électoral de quinze ans s’explique par le traumatisme qu’avait créé le gouvernement communiste téléguidé par l’URSS en Allemagne de l’Est (la RDA) pendant la guerre froide. En effet, cette période fit apparaître la gauche comme un danger aux allemands pendant de longues années.

Pour justement se différencier des communistes du KPD, associés à cette période, et revendiquer un héritage davantage libéral le SPD fit donc le choix de mener une politique volontairement centriste et en rupture totale avec le KPD. Élu grâce à une alliance avec les Verts, parti alors naissant, le SPD marqua donc un virage profondément libéral.

L’incarnation de ce virage, c’est l’Agenda 2010, un ensemble de réformes au libéralisme radical et non-dissimulé prises entre 2003 et 2005. La loi Hartz IV, qui fait partie de ces réformes, réduisait ainsi les indemnités de chômage, permettait de rendre l’intérim et les « minijobs » plus faciles. Cette loi est ainsi considérée par beaucoup d’analystes comme à l’origine d’un Lumpenproletariat (sous-prolétariat) en Allemagne. Elle est restée comme un symbole de l’hyper-libéralisme du SPD.

Les conséquences de cette réforme sur les idéologies et partis de gauche furent majeurs. Elle fut prise en effet comme symbole du virage libéral du gouvernement dans lequel une partie de la gauche ne se reconnaissait pas. Après une longue crise identitaire, le parti explosa en 2005 avec la création de deux partis cherchant à être « vraiment » de gauche : le PDS et le WASG, qui en 2007 devinrent sous une même étiquette Die Linke (La Gauche). Cette manière de se nommer La Gauche est bien sûr une manière de dire que la gauche est ici maintenant, et que le SPD n’est plus la gauche. Ainsi, la rupture entre les libéraux centristes et une gauche plus radicale était faite.

En sommes-nous au même point de rupture en France ? Après quinze ans sans avoir accédé à la fonction présidentielle, les socialistes ont en effet mené une politique de centre, créant des remous dans une grande partie de la gauche. Et, comme point culminant de ces tensions internes à la gauche, marquées par les départs du gouvernement d’Arnaud Montebourg et de Benoît Hamont, leaders de l’aile gauche du PS, la réforme constitutionnelle arrive à la fin du quinquennat. Une partie des députés PS refuse de voter cette réforme, mais une partie de la droite appuie Valls : l’Etat mène une politique centriste, et ne cherche plus à apparaître comme de gauche.

On voit bien le lien se dessiner entre ces deux virages politiques, en Allemagne et en France. Dans les deux cas, un événement conjoncturel (une réforme), vient s’inscrire dans une tendance structurelle : le divorce entre une gauche se revendiquant libérale et recherchant une forme de « réalisme » permettant l’action (selon la rhétorique d’Emmanuel Macron), et une autre revendiquant des valeurs et une réelle politique économique de gauche. La gauche se retrouve confrontée face à ses contradictions alors qu’elle est au pouvoir. Le pouvoir braque les projecteurs sur elle, et laisse apparaître toutes les fissures, toutes les fragilités que les partis socialistes portent en eux depuis de longues années (la chute de l’URSS ? ) , écartelés entre la volonté d’une économie libérale et une volonté de politique sociale.

Le divorce est-il possible ?

Néanmoins, la séparation entre le PS « d’Etat », parti centriste prônant un « réalisme » et une forme de centrisme, et celui d’ « opposition » mené par Montebourg, paraît aujourd’hui invraisemblable voire impossible. A quoi cela est-il dû ? Pourquoi le Die Linke français n’émerge-t-il pas ? Sans doute parce qu’il a déjà émergé, sous le nom de Parti de Gauche en 2009 (et l’alliance électorale avec le PC qui en a découlé, le Front de Gauche). Les deux partis ont les mêmes profils. Loin de se présenter comme des partis d’extrême gauche, ils se présentent comme des partis « vraiment » de gauche. D’ailleurs, ils ont été fondé par des anciens membres des partis socialistes : le médiatique Jean-Luc Mélenchon pour le Parti de Gauche, et l’ancien président du SPD Oskar Lafontaine pour Die Linke deux ans plus tôt. On le voit bien : les deux partis s’inscrivent dans un même mouvement de rejet d’un parti à l’identité floue dans lequel ils ne se reconnaissent plus.

A partir de là, une nouvelle scission dans le Parti Socialiste reviendrait à une fragmentation de la gauche, un éclatement, qui serait problématique. Avoir trois partis, se définissant tous comme « le » parti de gauche paraît hautement improbable, car cela brouillerait considérablement un échiquier politique déjà complexe. En revanche, le départ d’un certain nombre de membres du PS dans un mouvement qui fusionnerait avec le Front de Gauche, ou l’engloutirait, est davantage possible. Mais une nouvelle scission au sein de la gauche paraît improbable. Un tel éclatement de la gauche ne serait que révélateur de l’éclatement, de l’écartèlement de son identité, ne serait qu’un aveux de son incapacité à se définir aujourd’hui.

Aujourd’hui, le Front de Gauche n’a plus le vent en poupe. A chaque élection ses scores sont un peu moins bons. L’échec du PS à la tête de l’Etat, pris au piège de ses paradoxes à l’image du SPD, est loin de lui avoir profité, et depuis 2012 les scores du parti de Jean-Luc Mélenchon ne cessent de baisser. Ce parti n’apparaît plus comme une solution d’avenir. Pourtant, on l’a vu, il paraît compliqué d’imaginer l’émergence d’un nouveau parti comme Die Linke à la gauche du PS, dans un paysage déjà complexe où des nouveaux partis comme Nouvelle Donne sont arrivés récemment. Reste cette question : sous quelle forme alors vont s’exprimer les « frondeurs » du PS ?

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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