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High-Tech

Le faux bricolage : un marché à exploiter pour les fabricants de portables ?

25 Jan , 2016  

La mode du « do it yourself » est en vogue. Elle s’étend sur plusieurs champs : les médias, la littérature, notamment avec l’autoédition. Ce phénomène est d’autant plus visible dans tout ce qui se rapporte à la création et la réparation d’objets de déco mais surtout d’objets numériques. Sur internet, on ne compte plus les nombres de tutoriels qui montrent comment démonter et réparer son portable.

Des pièces détachées sont même vendues en ligne. Au fil des années, un véritable business s’est installé. Alors que la mode du «do it yourself » devrait théoriquement permettre aux personnes d’être indépendantes et bricoleuses, force est de constater que l’on est loin de tout cela. En effet, on est surtout proche de ce que j’appelle un faux bricolage. Les tutoriels sont les fast-foods du bricolage. Déjà tout prêts. Faits en vitesse. Sans saveurs. Une réplique aussi convaincante que répugnante de l’originale. Est bricoleur celui qui sait comment réparer des choses à partir de ses expériences. Pour être précis et imagé, il est possible d’avancer qu’un bricoleur, c’est celui qui peut réparer un lavabo parce qu’il a déjà réparé auparavant une baignoire. L’improvisation et la découverte sont inhérentes au bricolage. Or, est un faux bricoleur celui qui répare un lavabo non pas en suivant son instinct mais en suivant les « 5 étapes pour faire revivre son lavabo » sur internet. Cet outil subvertit d’une certaine manière les savoirs. Les gens se basent toujours sur les tutoriels précis qu’ils trouveront sur le net. C’est une bonne méthode sauf qu’elle devient limitée lorsqu’une certaine dépendance s’installe. Comme si sans un tutoriel attitré à la tâche demandée, il était impossible pour certains de réparer ou d’imaginer comment le faire. C’est aussi pour cela que la mode des réparateurs est en pleine croissance. Ces derniers sont censés être des tutoriels humains. Des hommes qui connaissent les manœuvres parfaites et auxquels les clients demandent des services (par gain de temps ou par crainte de ne pas être capable d’assurer une réparation optimale).

Le faux bricolage : le plan parfait des industriels ?

Les complotistes diraient que les marques avaient tout prévu. Dans un premier temps, créer auprès des consommateurs un mouvement de réparation accentué par le scandale de l’obsolescence programmé. Pour éviter de se faire arnaquer par la durée de vie faible des nouveaux produits, les clients auront tendance à bricoler leurs produits. Dans un second temps, pour répondre à cette tendance du bricolage, des portables que les consommateurs peuvent réparer eux-mêmes verraient le jour. Ces nouveaux mobiles annoncent un terrain exploitable pour les fabricants de portables. Quel meilleur exemple que Google ? L’entreprise s’y est mise en annonçant ARA[1] : son portable modulable. Ce dernier se base sur le modèle du phonebloks de David Hakkens.[2] Les nouveaux portables seront détachables pour que l’utilisateur puisse les réparer lui-même. Par ailleurs, les imprimantes 3D permettront d’imprimer toutes pièces défectueuses manquantes. Par conséquence, l’obsolescence programmée, tant décriée et à juste titre, semble être du passé. Les industriels privilégieraient-ils l’inverse : le faux bricolage ? Tout semble le montrer, tant cette tendance paraît fructueuse. Si plus de personnes sont des faux bricoleurs, c’est parce qu’internet le permet de manière facile. C’est donc un marché en plein foisonnement. Grâce à lui,  des économies seront possibles pour les fabricants. En effet, il y aura moins de pertes puisque des machines ne seront plus jetées. Des bénéfices faciles seront envisageables : plus de produits et de vente pour une marge plus importante, notamment par des coûts de productions moins chers.  Sans compter la fidélisation des clients à la marque qui vendra le meilleur modèle de phonebloks. Qui plus est, le marché de la réparation des portables deviendra totalement inutile. En effet, les clients feront tout eux–mêmes et iront acheter des pièces détachées auprès du vendeur de phonebloks. La vente de pièces détachées par le constructeur de phonebloks est une nouvelle donne à exploiter.

Qu’en pense le consommateur ?

En tant que client, je ne peux qu’être suspicieux. Même si le phoneblok est une aubaine du point de vue des consommateurs, pour les industriels ça reviendrait à empêcher les acheteurs de revenir dans leurs enseignes pour acheter d’autres produits.  D’ailleurs, c’est à cause de ce point que l’obsolescence programmée est apparue. Dans les années 50, les créateurs de collants trouvaient qu’ils fabriquaient des produits trop solides. Les femmes n’en rachetaient plus. A la place, elles se contentaient d’entretenir leurs premiers achats. Ainsi, les industriels ont crée des collants moins solides pour pousser les femmes à en acheter d’autres. C’est donc avec précaution que je prends l’annonce de Google. Le géant américain avait d’ailleurs prévu le lancement du produit pour la fin 2015 mais a fait volte-face et l’a reporté à une date indéfinie. Pour quelles raisons ?  Le portable paraissait pourtant être dans sa dernière phase de création. Les coûts (de production et de vente) des différents modèles avaient même été annoncés publiquement… Enfin, il est quand même troublant de noter que malgré tout l’engouement qu’a crée le premier portable modulable[3], le phonebloks de D. Hakkens, aucun modèle n’a été crée depuis deux ans. Aurait-il vendu les droits à Google ou est-ce que la firme internationale et le petit créateur sont tous les deux arrivés au constat qu’un tel portable relevait plus de l’utopie que d’un véritable produit commercialisable ? On espère vivement que le projet ARA redonne de ses nouvelles. Peut-être est-ce une manière pour Google de susciter la curiosité des clients en les faisant attendre ? La marque aurait-elle pris le contrecoup des médias actuels en décidant de miser pour une communication minimale face aux autres entreprises adeptes du teasing ou des moyens de communication plus visible ? Là où on attendrait une communication impressionnante pour un produit qui semble révolutionnaire, Google joue la carte de la sobriété en prenant le client à contrecoup. On peut toutefois se demander si cette communication est effective  (si tant est qu’elle soit existante, rien n’est moins sûr) ou si le projet est en train d’être avorté.

Le phonebloks, le projet ARA ont l’air de se compliquer la tâche. Celle-ci paraissait pourtant si aisée. Le client est dans l’attente, se pose des questions et perd lentement son intérêt pour ces nouveaux portables. Les phonebloks appellent donc plus de questions que de réponses.

[1] http://www.projectara.com

[2] https://phonebloks.com

[3] https://www.thunderclap.it/projects/2931-phonebloks

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Messan Moïse Ayivi
J’écris dans à peu près toutes les catégories. Cela me permet de traiter d’informations diverses en m’impliquant beaucoup dans mes recherches et mes enquêtes. J’espère que vous apprécierez mes articles.

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