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Politique,Société

Comment les lanceurs d’alerte contribuent-ils au IVe pouvoir ?

11 Avr , 2017  

Traditionnellement, lorsqu’on évoque le IVe pouvoir, on se réfère à la presse et aux médias, par opposition aux trois autres pouvoirs œuvrant au sein de l’Etat : exécutif, législatif, judiciaire. Les médias seraient donc un contre-pouvoir, capables de tirer la sonnette d’alarme lorsque la démocratie est en danger. Dans un article précédent, je présentais les lanceurs d’alerte, héros contemporains, individus qui choisissent de révéler des informations qu’ils estiment être une menace pour l’intérêt général, quitte à se mettre hors-la-loi. A l’instar des journalistes d’investigation, ils apportent à l’attention du public des informations inédites. Dans quelle mesure contribuent-ils au IVe pouvoir ?

Les lanceurs d’alerte sont les moteurs premiers des révélations

Comme l’explique Florence Hartmann dans son ouvrage Lanceurs d’alerte (Don Quichotte, 2013), les lanceurs d’alerte ne sont pas des « professionnels de l’alerte », contrairement aux journalistes ou aux ONG, qui agissent en tant que personnes morales. L’association L214 qui lutte contre la maltraitance animale protège ainsi ses sources en conservant leur anonymat. Les révélations sur les violences ayant cours dans les abattoirs sont faites au nom de L214, et non au nom d’un individu particulier. Hartmann insiste sur le rôle individuel que joue le lanceur d’alerte en amont de ces « machines à alerter » que sont les média et les ONG. En effet, l’individu ne se contente pas de répondre aux sollicitations d’un journaliste. Il est celui qui détient, seul, une information cruciale pour la collectivité. En la révélant au journaliste ou à l’ONG, il déclenche l’intérêt de ceux-ci sur des questions particulières, avant qu’ils ne fournissent un quelconque travail de recherche.

Les lanceurs d’alerte ouvrent la voie aux journalistes

Christian Christensen, professeur en sciences de l’information et des médias, souligne que la collaboration entre lanceurs d’alerte et journalistes permet de remettre en question un mythe de l’ère numérique, selon lequel le journalisme serait mort. Au contraire, cette profession joue un rôle central dans la diffusion de l’information, a fortiori à une époque où des millions de documents confidentiels peuvent être publiés sur le net en quelques secondes. L’exemple des Panama Papers est parlant : une source confidentielle a communiqué au Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) près de 12 millions de fichiers provenant des archives d’un cabinet d’avocats panaméens, Mossack Fonseca, spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore. C’est le travail de vérification et d’analyse des journalistes qui a permis à cette révélation d’être digeste pour les lecteurs. Les journalistes ont dû enquêter, disséquer, résumer, mettre en forme l’information délivrée brute par le lanceur d’alerte. Sans lanceur d’alerte, pas de source pour le journaliste.

Les journalistes permettent un débat citoyen

En effet, si les lanceurs d’alerte initient les révélations, les journalistes œuvrent ensuite à approfondir, synthétiser et publiciser celles-ci. La nature des informations dévoilées veut parfois que le traitement journalistique de l’affaire n’arrive que dans un second temps. Prenons l’exemple d’Irène Frachon, médecin pneumologue qui a fait exploser le scandale sanitaire du Médiator. Elle a d’abord décrit en détail ses découvertes médicales sur la molécule du benfluorex dans son livre Mediator 150 mg, combien de morts ?, puis les médias ont pris le relais pour porter l’affaire sur la place publique. Cette démarche de publicisation permet les débats d’intérêt public au sens où l’entendait Habermas. Dès lors qu’ils sont suffisamment informés, les citoyens peuvent participer à des discussions rationnelles et s’impliquer en connaissance de cause dans le processus démocratique.

Cette capacité de publicisation est cruciale dans les démocraties occidentales, d’autant plus qu’elle peut être utilisée pour contredire le pouvoir et le mettre au défi des exigences citoyennes. Exercer ces moyens de pression pour aller vers plus de transparence est un moyen d’accroître, à terme, la confiance des citoyens dans les Etats – avec la certitude que s’il y a dysfonctionnement, il sera porté à la connaissance de tous par le biais des lanceurs d’alerte et des journalistes. Le travail conjoint de la presse et de ces individus œuvrant pour le bien commun constitue ainsi une arme contre les démagogues de tout bord.

 

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Julia Benarrous
hello ! Julia, apprentie journaliste, j'aime les interviews, l'art contemporain et les débats de société houleux.

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