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Le coin des detectives,Société

Pourquoi l’affaire Brock Turner soulève-t-elle (encore une fois) le problème du favoritisme judiciaire ?

8 Juin , 2016  

                              Depuis quelques jours, la presse internationale ne parle que de ça. Brock Turner, élève de la prestigieuse université Stanford, vient d’écoper de 6 mois de prison pour l’agression sexuelle d’une jeune femme sur le campus en janvier 2015. Une peine qui semble très légère au vu des faits qui lui sont reprochés (agression avec l’intention de commettre un viol sur une personne intoxiquée, et pénétration avec un corps étranger sur une femme inconsciente). Il risquait à l’origine 14 ans de prison.


Les faits

              En janvier 2015, une jeune femme qui a souhaité garder l’anonymat se trouve sur le campus de Stanford, passablement alcoolisée et pratiquement inconsciente. Brock Turner profite de son état d’ébriété pour la violer derrière une benne à ordures avant d’être maîtrisé par d’autres étudiants. Brock Turner entend contrer l’accusation en affirmant que la victime était consentante ; celle-ci lit une lettre au procès (lettre considérablement relayée sur internet, notamment sur facebook), censée faire comprendre au juge et à l’accusé toute la souffrance endurée. Lettre qui s’est finalement révélée assez inefficace puisque Brock Turner n’a écopé que de 6 mois de prison, et pourrait même sortir au bout de 3 mois en cas de bonne conduite.


L’argument de « l’élève modèle », et le white favoritism

                Le scandale repose essentiellement sur le fait que sa peine a été considérablement diminuée non pas parce que le délit est mineur, mais parce que le profil de l’accusé amène visiblement le juge à faire preuve de clémence. Verdict aberrant d’un juge qui estime que Brock Turner a montré des « remords suffisants, et qu’une peine de prison aurait un impact très dur sur lui ». Sous-entendu : élève brillant, membre de l’équipe de natation de son université, Brock Turner ne pourrait, en cas de lourde condamnation, accomplir la carrière prestigieuse qui lui était destinée. Le père de Turner s’en est aussi mêlé, provoquant l’indignation générale en affirmant que son fils, jeune garçon « pas violent », ne devrait pas purger une peine aussi lourde pour un délit de 20 minutes. Vision assez personnelle de la justice, qui envisage qu’une condamnation doit être proportionnelle à la durée du délit, et non à sa gravité.

                D’autres voix se sont aussi élevées contre le traitement de faveur dont Brock Turner a bénéficié, en dénonçant le fait que la justice reste passablement raciste. Aux Etats-Unis, pays où les viols sur les campus américains sont nombreux, la justice est souvent plus clémente avec les violeurs blancs. Le Nouvel Observateur donne l’exemple d’un jeune violeur noir qui a, lui, écopé de 6 ans de prison pour le même type de délit. Pour Turner, aucune information sur sa vie personnelle, pas de photos de police, mais un discours bien rodé et trop souvent relayé par les médias, où sa famille s’épanche sur la souffrance que procure au jeune homme la médiatisation de cette affaire, et les regrets qu’il éprouve.  Dans le cas de Brock Turner, la dimension biaisée de la décision du juge est difficile à nier : le juge est lui-même un ancien élève de Stanford et sportif de haut niveau. Cas d’école d’une justice à deux vitesses.


Le tollé virtuel

                Les réactions ne se sont pas fait attendre. S’il est peu probable que la condamnation change, les internautes ne se sont pas gênés pour faire leur propre procès, dénonçant l’aberration judiciaire que constitue le cas Brock Turner. Ils déplorent essentiellement le fait que, de par son statut de sportif de haut niveau, Turner ne soit vu que comme tel, et non comme le violeur qu’il est. Exemple avec ce tweet relayé plusieurs centaines de fois :

“if someone’s a rapist and an athlete, they’re not an athlete who made a mistake, they’re a criminal who can also swim.”

D’autres ironisent sur la justification livrée par le père de Turner et le juge, qui estiment que le taux d’alcoolémie du jeune homme justifie l’allégement de la peine :

« RT if you’ve gotten drunk but never raped someone behind a dumpster ».

Tous s’accordent sur le fait qu’il persiste aux Etats-Unis une culture du viol, le fameux « oui, mais », qui oublie la réelle victime de cette affaire pour s’apitoyer sur le sort de l’accusé :

“Truth is, Brock Turner got 6 months because America would rather see their sons in him, than their daughters in his victim”.

Le père de Turner en est l’illustration parfaite, puisqu’il s’épanche dans une lettre diffusée il y a quelques jours sur la perte d’appétit de son fils, qui va sans doute perdre sa bourse d’études à cause de ce qui semble être à ses yeux une erreur de jeunesse.

 

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Clélia
J'écris surtout dans la catégorie Société. J'aime lire, voyager et découvrir ! Je m'intéresse beaucoup à l'actualité, et espère vous transmettre mon envie de la comprendre.

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