Young Nudy

Culture / Divertissement,Musique

Que s’est-il passé dans l’actualité musicale cette semaine ? #3

24 Sep , 2017  

Toutes les semaines, Juste1Question vous livre son bilan, jour par jour, de la semaine musicale écoulée. Entre découvertes indés et stars internationales, découvrez notre carnet de bord musical hautement subjectif.

Lundi 18 Septembre

 

Je découvre le clip Judge Scott Convicted de Young Nudy, sorti ce lundi, dans le cadre de la promo de sa mixtape sortie début Septembre. Sur le papier, le rappeur n’a rien d’original. Il vient d’Atlanta. Son nom de scène semble avoir déjà été utilisé 15 fois. Il fait quelque chose de très proche de ce ce mouvement du rap mainstream qu’on englobe sous le terme mumble rap. Enfin, il est le cousin de la superstar 21 Savage. Sans signe particulier, et en même temps inscrit de plein pied dans le rap des années 2010, Young Nudy semblait donc parfait pour jouer les seconds couteaux du rap game pendant des années.

Seulement voilà : Young Nudy a plus d’une corde à son arc. Tout d’abord, il est produit par Pierre Bourne. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le producteur, sachez que c’est l’homme qui se cache derrière les hits de Playboi Carti, notamment son fameux « Magnolia », mais aussi quelques morceaux de toute la nouvelle génération de rappeurs qui l’accompagnent, de Lil Uzi Vert à – bien sûr – 21 Savage. Ensuite, Young Nudy a un flow. Le rappeur a un débit assez lent, parfois plaintif, maladif. Sur ce morceau particulièrement réussi, le tout a quelque chose d’aérien, d’une mysticité presque inquiétante, qui s’allie à merveille avec les productions nuageuses de Pierre Bourne. L’ensemble nous rappelle le travail de Brodinski ces dernières années. À l’écoute du titre, une certitude se dégage : si Young Nudy continue dans cette direction, on entendra parler de lui.

Mardi 19 Septembre

 

Alessandro Cortini est l’un des artistes de musique électronique les plus fascinants de ces dernières années. L’ancien claviériste de Nine Inch Nails s’est en effet lancé dans une superbe carrière solo en 2013, dont le nouveau volet, l’album Avanti, a été annoncé le 6 Octobre. De la formation de métal industriel, Alessandro Cortini a pris la froideur des sons. De sa nationalité italienne, il a pris la dimension religieuse, avec ses synthétiseurs aux élans mystiques, résonnant comme les orgues des églises.

De sa jeunesse, d’ « avant » (avanti), Alessandro Cortini a pris ses vieux films de famille, ces fossiles de l’enfance, les a regardés, travaillés, pour en faire le matériau même de l’album. Ces images usées par le temps, un peu floues comme un souvenir qui s’effacerait, lui ont fait composer des mélodies gorgées de nostalgie. Les imperfections de la musique sont les mêmes que celles de la pellicule : ce sont celles du temps qui passe.

Le deuxième extrait de l’album, Vincere, sorti ce mardi, est une montée en puissance épique. Alors que les premiers accords ressemblent au début d’une ballade de Radiohead, les chœurs arrivent au bout de deux minutes, au rythme de la balançoire du film de famille qui accompagne le morceau et fait office de clip. Le morceau prend alors un envol mystique. À l’image de l’excellent premier extrait de l’album, Perdonare, Vincere, si vous l’écoutez dans la rue, vous rendra nostalgique du présent qui défile sous vos yeux.

Mercredi 20 Septembre

C’est le retour d’Orelsan en ce Mercredi, après 6 ans passés à réaliser ses projets en duo, et hors du monde de la musique. Le retour se fait en grandes pompes, avec des moyens, avec le clip Basique. On peut en gros diviser la discographie du rappeur de Caen depuis 2011, en solo comme en groupe, en trois grandes catégories de titres : les hits dansants (Ils sont cools), les tubes mélancoliques (Si Seul), et – moins nombreux – les morceaux de bravoure (Suicide Social).

Ici, on est dans la première catégorie. Les paroles sont marquantes, elles font sens, elles sont basées sur un gimmick ou une répétition (on se rappelle de Bloqué avec Gringe ou de Mauvaise idée), le tout accompagné d’une production aux sonorités électros et dansantes signée par son compère de toujours, le producteur Skread. Orelsan, le rappeur qui a le mieux négocié son virage mainstream ces dernières années, continue à appliquer la recette qu’il a conçu il y a quelques années : miser sur les phénomènes d’identifications de l’auditeur au rappeur.

L’ensemble est assez réussi mais sans grande surprise. Le vrai intérêt de ce nouveau morceau est sans doute le clip, réalisé par Greg & Lio, dont on vous parlait déjà ici il y a deux ans. Les deux réalisateurs reviennent avec un concept réussi, qui donne toute sa force au morceau. Preuve de plus que le rappeur d’aujourd’hui est indissociable d’une identité visuelle forte.

Jeudi 21 Septembre

Ça fait deux semaines que Bubbles, DJ, militant-e, et figure phare du clubbing LGBTQ+ de San Francisco a été assassiné-e. Ce Jeudi, le journal local « SF Weekly » publie un article, où l’on découvre comment la ville, sa communauté et ses proches se remettent de la nouvelle. L’enquête patine, la police ne trouve aucun élément pour l’instant qui permettrait d’ouvrir une enquête pour crime haineux (homophobe et transphobe).

Ce n’est pas pour autant qu’un vent d’insécurité ne plane pas sur la communauté LGBTQ+ de la ville depuis. Le clubbing a toujours été un espace de liberté pour elle, un lieu d’émancipation dont Bubbles était l’un des symboles fort. C’est cette liberté qui s’est sentie attaquée il y a quinze jours, et l’absence de l’artiste se fait toujours sentir, avec une série d’événements qui s’organisent en hommage à l’icône du monde de la nuit. Bubbles, âgé-e de 44 ans, avait prévu de quitter San Francisco en proie à la gentrification, pour Berlin, ville qui lui semblait plus hospitalière désormais. Le site « SFist » a retrouvé un mix d’une heure où il faisait ses adieux à sa ville de cœur, en déclamant un texte. Ce mix, enregistré en Juillet, prend aujourd’hui une dimension particulière.

Vendredi 22 Septembre

Sortie de l’EP « Young Martha » de Young Thug et Carnage. Le mini-album est composé de quatre titres, dont « Homie » avec Meek Mill, déjà clippé il y a quelques jours. Le morceau est toujours aussi puissant : Young Thug semble possédé par une nouvelle âme sombre, rugissante, donnant des tonalités rauques à sa voix qu’on ne lui connaissait pas. La production grandiloquente samplant Mozart fait frissonner l’auditeur, et le couplet mitraillé par Meek Mill finit de faire de ce morceau un véritable banger au clip extravagant.

Les morceaux continuent dans cette veine excentrique et baroque, grâce aux productions de Carnage qui font de Young Thug le seigneur délirant d’un château disproportionné. Le natif d’Atlanta semble avoir trouvé des productions à la hauteur de sa folie. Mais le dernier morceau se dénote des autres : moins de clavecin, plus de house (Carnage a travaillé dans l’électro ces dernières années) ; moins de cachots, plus de néons. À croire que Young Thug ne pourra jamais sortir un projet complètement cohérent, décidé à rester versatile, insaisissable.

Samedi 23 Septembre

Jok’air dévoile de bon matin sur sa chaîne Youtube son EP inédit Jok’Pololo. Pas grand chose de surprenant pour ce nouveau projet, davantage prévu pour faire patienter les fans que pour marquer une nouvelle progression dans sa carrière musicale de toute évidence. Entre bangers raps (Jok’Pololo, Alborz), et ballades romantiques (Ce n’est pas sérieux), l’ancien membre de la MZ fait ce qu’il sait faire. Deux morceaux se distinguent néanmoins.

Dans le premier, Des envies de meurtre, Jok’air vient bousculer la structure pop « classique » (couplet rappé, refrain chanté) à laquelle il nous avait habitué sur une prod déroutante. Le second Hypocrite sera sans doute retenu pour des raisons peu glorieuses : c’est la première fois que Jok’air règle ses comptes en musique frontalement avec ses anciens compères de la MZ, particulièrement Dehmo.

Mais il faut retenir la forme, et non le fond de ce clash tout en douceur. La première minute du morceau, espèce de fredonnement inarticulé et autotuné, nous donne une idée du talent de Jok’air. En se servant de sa voix comme d’un instrument, un instrument murmurant, susurrant (prolongeant le travail qu’il avait fait sur le refrain de La Nuit, les étoiles avec Hyacinthe), le rappeur du 13ème arrondissement expérimente toujours de nouvelles choses, pour notre plus grand plaisir.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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