Taylor Swift

Culture / Divertissement,Musique

Que s’est-il passé dans l’actualité musicale cette semaine ? #1

10 Sep , 2017  

Tous les dimanches, Juste1Question vous livre son bilan, jour par jour, de la semaine musicale écoulée. Entre découvertes indés et stars internationales, découvrez notre carnet de bord musical hautement subjectif.

Lundi 4 Septembre

 

Je découvre avec un mélange de crainte et d’excitation le nouveau morceau de Taylor Swift, sorti hier. Avec le clivant et surprenant Look What You Made Me To, l’icône pop avait en effet pris un tournant plus noir, sombre, rappelant l’esthétique emo qui faisait fureur dans nos années collège. Elle y annonçait sa vengeance face à tous ceux qui l’avaient critiquée, de Katy Perry à Kanye West. Objectif du coup marketing : sortir de son rôle d’éternelle victime des critiques des internautes et des popstars. Pas de chance pour elle, quelques heures auront suffi pour que la toile l’accuse d’avoir plagié Beyoncé. Bref, ce nouveau morceau était un moyen de voir si le virage était confirmé.

Au final, on peut en tirer quelques conclusions :

1° Taylor Swift confirme son virage « mature », en parlant de sexe et de fantasmes, de manière crue. L’icône de ta chambre d’ado est morte – ou du moins essaye de se tuer.

2° Taylor Swift a décidé d’arrêter de se prendre au second degrés – sans doute par ras-le-bol que les gens la prennent globalement au second degrés, avec des couplets rappés, elle qui il y a quelques années sortait le morceau Thug Story avec T-Pain, morceau bourré d’autodérision où elle rappait « Still live with my parents but I’m still a thug ». Mais ne préférait-on pas quand Taylor faisait de l’autodérision ?

3° Le refrain pop est là pour nous rappeler que le virage musical n’est pas si violent. Taylor continue finalement à utiliser les mêmes recettes, entourée de Max Martin, LE hit-maker des années 2000. Quant à l’usage des grosses basses un peu ringardes et dubsteps, on l’avait déjà eu sur Trouble. Mais peu importe, car Taylor réussit à rendre impossible de parler de sa musique sans parler de ce qui fait d’elle vraiment une popstar : ses clashs, son personnage, ses discours, les tweets sur elle. C’est sans doute la force de la « Nouvelle Taylor » : fusionner définitivement l’extra-musical et l’intra-musical.

Mardi 5 Septembre

 

Time never mattered rappe Kodak Black, sur un de ses derniers (très beaux) morceaux. Et pourtant, le temps n’a jamais eu autant d’importance pour le natif de Pompano Beach. Depuis sa sortie de prison, il y a deux mois, le fils spirituel de Boosie Badazz court après le temps perdu derrière les barreaux. Il enchaîne les sorties, entre son album Project Baby 2, et des morceaux inédits délivrés à la pelle sur sa chaîne Youtube. Le dernier en date, intitulé 10ToesDown Challenge Conditioned, a été délivré ce mardi.

Plus que jamais, le jeune homme de 20 ans a une voix de vieillard candide, de vieux roublard détenteur de l’âme du Mississipi, du blues, du jazz, cette voix que l’on entendait sur le meilleur morceau de Project baby 2, le joyeusement mélancolique Me For Me. Plus que jamais, le rappeur floridien est touchant. Kodak Black n’est jamais aussi émouvant que quand sa nonchalance se fait dépression, que quand son ton nasillard se fait suppliant.

Mercredi 6 Septembre

 

Quelques jours après le décès de Walter Becker, moitié du duo jazz-rock Steely Dan, les hommages continuent à s’enchaîner, à l’image de ce texte très touchant de Dan Epstein, journaliste musical reconnu ayant collaboré avec des magazines comme Rolling Stone, Billboard, ou le Los Angeles Time. Le journaliste et écrivain, dans cet article pour le journal juif new-yorkais The Forward (journal qu’il vaut mieux consulter pour l’actualité culturelle que pour l’actualité internationale), décrit dans ce texte l’évolution de sa relation avec Steely Dan.

Il y décrit comment il les a aimés, comment il les a rejetés, et comment son avis sur le duo a changé – aussi – en fonction de sa vie privée. Le texte au final s’avère particulièrement touchant, même pour ceux qui, comme moi, ne connaissaient pas la discographie du duo de fond en comble, car il décrit ces étranges relations intimes unilatérales que l’on crée avec nos groupes préférés, ces relations intimes qui font que, lorsqu’elles se brisent, on a l’impression de perdre un proche.

Pourtant, ils ne nous connaissaient pas. Mais on a grandi avec eux, on a évolué avec eux, on a pensé avec eux. C’est sans doute dans cette situation que sont tous les musiciens orphelins de Steely Dan actuellement, tous ceux que le groupe a influencé, des rockeurs de Cake, au rap de Kanye West (qui a samplé le groupe), ou la pop de Toro Y Moi.

Jeudi 7 Septembre

 

Alors que la Floride est menacée par l’ouragan Irma, Nicolas Pellion, plus connu des internautes sous le nom de PureBakingSoda, réunit un an de rap floridien dans une compilation réalisée par ses soins intitulée « Keep Lockin ». En réunissant des artistes connus du grand public (comme Kodak Black dont je vous parlais mardi) et des découvertes locales, dont le blogueur et chroniqueur a le secret, Nicolas Pellion réussit à dresser le portrait d’une scène rap locale avec talent, naviguant entre les jeunes pousses et les talents confirmés.

Tout au long de la compilation du fidèle compagnon de Mehdi Maïzi sur OKLM Radio, on découvre ce qui fait la force de cette région particulièrement productive ces dernières années : sa place de synapse, entre les cultures nord-américaines, sud-américaines, et caribéennes. C’est cette même marginalité spatiale au sein des Etats-Unis qui est à l’origine également des difficultés de la région : isolement, pauvreté, criminalité, vulnérabilité face aux catastrophes naturelles. Au delà de réussir à nous faire découvrir un rap local dans la grande famille du rap sudiste, à l’identité et la spécificité aussi diverse que complexe, Nicolas Pellion évoque à travers cette compilation cet enfermement. L’enfermement de la population dans cette région excentrée, l’enfermement de la jeunesse dans la spirale infernale de la délinquance, l’enfermement des rappeurs derrière les barreaux. « Keep Lockin ».

Vendredi 8 Septembre

 

Après avoir délivré un clip avec Samat cette semaine dont l’un des intérêts était son improbable arrivée en Vélib’, Fianso, la superstar du rap français, lance en partenariat avec les studios de Daymolition son émission intitulée « Rentre dans le cercle », désormais diffusée sur Youtube tous les 15 jours. Dans l’émission, il réunit la relève du rap français, issus de toute la France, que ce soit Paris, sa banlieue, ou Marseille, pour freestyler. Le concept est plaisant : Sofiane structure, médiatise et réunit le rap de rue français, se servant de son rayonnement pour faire profiter la nouvelle génération et la lier à l’ancienne.

Seul regret : le montage de l’émission. Alors qu’un simple freestyle collectif aurait suffi, l’émission est montée, avec des extraits des clips des artistes invités à poser qui viennent casser le rythme et la spontanéité du programme. De même, les interventions de Sofiane et de ses invités, Fif de Booska-P et Mouss Parash de chez Warner Music, sont inutiles.

D’autant plus que l’intervention de Mouss Parash laisse dubitatif. Alors que Sofiane lui demande pourquoi les rappeuses sont si peu nombreuses, le directeur artistique explique (en gros) que maintenant que les rappeurs peuvent faire des mélodies avec l’autotune, on n’a plus besoin de filles pour chanter. Les rappeuses – à part Diam’s – n’existent pas à ses yeux. Une preuve de plus du sexisme qui règne dans l’industrie du disque. Comment faire son trou quand on est rappeuse et que les maisons de disques ne veulent pas de toi ? Voilà la question qu’aurait du poser Sofiane, car les rappeuses sont nombreuses et talentueuses en France.

Samedi 9 Septembre

 

Dans la jungle des sorties d’album de la veille, je remarque le dernier album de Tony Allen. Le batteur de génie, co-fondateur de l’Afrobeat avec Fela Kuti signe à 77 ans The Source, un album d’une heure, où chaque piste est un voyage de plus de cinq minutes. Celui dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui partout dans le monde – sans lui, Wizkid et tous ses copains de l’afrobeats ne seraient pas là, livre un album, qui, contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, n’est pas un retour aux sources, mais au contraire une nouvelle évolution, en orientant son projet vers l’afrojazz. Les cuivres et la batterie envoûtante se mêlent sur douze pistes très réussies.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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