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Pourquoi Kool AD est-il l’homme le plus cool d’internet ?

6 Avr , 2016  

Au départ, Kool AD était un rappeur presque normal. Œuvrant au sein du trio de rap exubérant et loufoque Das Racist, qu’il formait avec Heems et Ashok Kondabolu, il développait un flow nonchalant où son écriture décousue collait à leurs productions improbables. Jouissant d’une image décalée et pourtant tout à fait sérieuse musicalement, le groupe semblait en route vers le succès, après avoir signé chez Sony, s’orientant vers des productions plus pop. C’est à ce moment, en 2012, que le trio se sépara, à la surprise générale. Mais depuis, les ambitions de Kool AD ont largement dépassé l’univers du rap. Aujourd’hui, l’artiste semble aspirer tout simplement à devenir l’homme le plus cool d’internet.

Kool AD est un rappeur

Tout d’abord, la carrière musicale de Kool AD bat son plein. Depuis 2012, l’artiste a sorti huit projets sur son Bandcamp, soit environ deux albums par an. C’est sans compter ses nombreuses collaborations avec d’autres artistes, de la rappeuse américaine Angel Haze, au groupe de pop Chairlift, en passant par les DJs mexicains de Compass, ainsi que son rôle de batteur au sein du groupe punk Party Animal. Kool AD est un musicien prolifique et hyper-créatif, respecté dans son milieu comme le montre sa collaboration avec la légende du rap underground Sir DZL sur l’excellent titre « Life and Time » sorti il y a un peu plus d’un an.

Cette surproductivité est attestée par son projet sorti à la fin de l’année 2015 : un album de 100 titres, intitulé O.K. Le projet a de quoi surprendre, et, en en voyant l’intitulé, on peut s’attendre à une astuce : les morceaux seront très courts, ou ce ne sera pas des inédits,… Pas du tout. Les morceaux sont plus longs qu’un morceau « standard » d’un peu plus de trois minutes, s’approchant souvent des huit minutes, et sont des vrais morceaux de qualités, avec des productions variées, souvent basées sur des samples proches du jazz (notamment celles de son producteur attitré, Amaze 88). Le titre Jazzz en est un exemple parfait. On a affaire à un vrai projet, titanesque, qui s’écoute sur la longueur, sur une journée, une semaine, un mois, un an peut-être. Kool AD s’y essaye à la musique électronique, appuyé par des invités de choix comme le duo français The Shoes, ou le prestigieux producteur Toro Y Moy, mais aussi sa compagne, l’artiste Cult Days. Kool AD s’amuse aussi à poser sur des sons inattendus, comme le Classic Man de Jidenna, ou des productions de DJ Mustard, à des kilomètres de la scène underground avec laquelle il évolue.

Bref, on a affaire à un projet démesuré, grandiloquent, sans doute disproportionné pour l’auditeur, mais cohérent, pertinent, et même réussi, de A à Z. En atteste l’excellente piste 98, alors que l’on pourrait croire que l’album s’essouffle. Pendant onze minutes, le rappeur présente une production électronique extravagante qu’il a faite lui même. Puis dans le titre 99, il nous présente Dum Diary (titre qu’il avait déjà joué en live), un des meilleurs morceaux du projet, où son écriture surréaliste s’exprime pleinement sur une production d’Amaze 88. L’écriture de Kool AD, volontairement décousue, y revêt une poésie et une force d’évocation incroyable, fruit d’un travail impressionnant qui s’abrite derrière la nonchalance d’un rappeur bien plus technique qu’il n’y paraît au premier abord.

Ce projet est d’autant plus démesuré qu’il s’inscrit dans un ensemble encore plus vaste. O.K fut annoncé par deux albums : Not OK et Word OK, et annonce lui-même le premier roman de Kool AD, OK, A Novel, dont la sortie ne saurait tarder selon les dires du rappeur. Après ces nombreuses heures de musique sur OK, on aurait pu s’attendre à une pause de la part de Kool AD. Mais ce serait mal connaître le rappeur. Le 28 mars, il sortit un nouveau projet, All Love.

Et, alors que l’on pourrait penser tout connaître de Kool AD après l’incroyable odyssée sonore de l’album OK, le rappeur nous dévoile une nouvelle facette de lui dans ce projet dense de sept titres, sans collaborations, et sans excès. Alors que le projet OK était sans doute d’un éclectisme à toute épreuve, All Love est un projet dense et à l’unité forte. Les productions lourdes influencées par la scène trap croisent la voix de Kool AD, aérienne, autotunée d’un bout à l’autre du projet, omniprésente mystique, au chant plaintif. Cette tension entre des productions lourdes et une voix influencée par l’intérêt pour l’Inde de Kool AD font de cet album enregistré à Los Angeles un objet unique et expérimental. Kool AD ne se repose pas sur ses lauriers et à chaque jour de nouvelles surprises à nos proposer. Mais si celles-ci ne dépassaient pas le rap, Kool AD ne serait qu’un rappeur. Mais l’artiste aspire à bien plus que cela. Celui qui s’autoproclame « best rapper in the world », influencé par Lil B et son personnage mégalomane dont il s’inspire, voit plus loin.

Kool AD est écrivain

Tout d’abord, le rappeur est un homme de lettre. Outre son roman, l’homme est actif sur plusieurs fronts. Il tient d’abord une revue d’horoscope dans la revue Paper. Les balances pour le mois d’Avril reçoivent ainsi de précieux conseils. « This month is wild floral for u. Notes of lemon. Think zesty. » conseille le rappeur-astrologue, avec un humour débridé et absurde que l’on retrouve dans son rap. Mais le trentenaire ne s’arrête pas là. Il a aussi écrit pour Vice Etats-Unis sur l’art d’être père. Le premier article s’intitulait « How to pay for a baby ? » et marquait le début d’une longue série, interrompue par l’article « Bye Bye Baby » où Kool AD prenait soudainement conscience de l’aspect vain de cette entreprise : personne ne lit les blogs sur les bébés, et il n’est personne pour donner des leçons d’éducations aux parents. C’était la fin de l’expérience « Yeah Baby », en février 2016.

Kool AD est un puits de culture

Mais l’artiste a encore d’autres facettes. L’une des plus fascinantes se trouve sans doute sur le site milq.com. Il y montre l’incroyable étendue de sa culture musicale, en y constituant une série de playlists indispensables à tout curieux de musique. Il y explore l’électro de Détroit, le rap de Noël, les meilleurs samples raps de Bowie, le punk mexicain, et même son propre album de cent titres dont il sélectionne les dix meilleurs. Sur ce site, Kool AD se fait donc vulgarisateur, et nous offre des sélections pointues et des découvertes qu’on n’aurait pas faites ailleurs.

Kool AD est un peintre

Sur son Instagram, celui qui a le pseudo le plus difficilement mémorisable d’internet (veeveeveeveevee, pseudonyme qu’il emploie aussi sur Twitter) développe enfin un autre art, visuel. Il présente ses toiles, ses peintures. Il y développe un style volontairement simple et naïf, et souvent ethnique, influencé par Basquiat. S’y entrecroisent les grandes marques (Nike), les symboles religieux en tous genre, et les messages simples : « Fuck The Police », « Smoke Weed Everyday ». D’étranges symboles de la pop-culture, déformés, hantent son œuvre : Mickey, les boules de bowling. Le Ying et le Yang sont présents presque sur toutes les toiles de l’artiste aux multiples facettes. Encore une fois, le travail de Kool AD, derrière des allures comiques, doit être pris très sérieusement. Sur ses toiles s’entre-croisent son esprit, plein d’un mysticisme joyeusement hétéroclite, et sa vision de la société, consumériste, pleine de dollars, de Bart Simpson, de Mickey. Toutes ses obsessions apparaissent, criardes et obsédantes.

Kool AD est une star d’Internet

Bref, le rappeur regorge de ressources. Quand on a fini d’écouter sa musique, on peut écouter ses playlists, lire ses textes, on admirer ses toiles sur son Instagram. Puis on peut encore aller observer son compte Twitter, comique et plein de lettres capitales. Puis consulter l’Intagram de sa compagne Cult Days, et en apprendre plus sur sa vie privée. Bref, Kool AD conçoit Internet comme un terrain de jeu. Celui qui s’amuse dans ses textes à faire des images surprenantes, à couper ses phrases, et à pratiquer le non-sens, s’amuse tout autant sur Internet. Il semble s’y incarner totalement, et chercher à en devenir l’incarnation même. Sur tous les réseaux, partout et nul part à la fois, celui qui s’amuse à se comparer à Dieu et à se donner des allures prophétiques, se fait Dieu du Net. Il occupe un espace infini, se répand. Une fois qu’on est entré dans son univers, on ne peut en sortir, pris dans l’océan infini et violet de la pochette de l’album OK. Kool AD est sans doute l’homme le plus cool d’Internet, et donc le plus chronophage. Commencez par écouter son dernier EP, All Love « a solid entry in the Immaculate KOOL A.D. œuvre » selon les dires du rappeur au journal The Fader, et dans quelques jours vous serez tombés sous l’influence de ce drôle de gourou.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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