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Culture / Divertissement,Musique

Juste1son : Conway – Birdy (prod. by Statik Selektah)

26 Juin , 2016  

 

Conway avait marqué les esprits avec son projet « Reject 2 ». On y découvrait un rappeur cru, rude, qui venait raconter sa vie à Buffalo, sans fausse pudeur, sans voyeurisme. Dans des productions sombres, pleines des guitares obscures de son producteur attitré Daringer, Conway installait une ambiance apocalyptique, et rappait sans concession. Un an après le décès de The Jacka, tué par balle, on retrouvait une manière de raconter sa vie dans East Side Buffalo, quartier en proie à la désindustrialisation et au banditisme, sans la fantasmer, sans l’idéaliser, sans nier sa réalité. Son flow si caractéristique, déformé par une balle qui lui a traversé la joue, balançait les mots, sans fioriture, dans toute leur violence crue et sans concession.

Il y a deux mois, il est revenu avec ce morceau, « Birdy ». Cette fois il n’est pas accompagné de son double musical Daringer, ni de son acolyte de toujours Westside Gunn : la production est assurée par Statik Selektah, figure d’un rap influencé fortement par les 90s, fait de samples et de scratchs.Statik a souvent produit pour des grands noms de cette scène (Joey Bada$$, Action Bronson), dans des morceaux souvent lumineux. Mais ici, il embrasse l’univers de Conway, sombre, enfumé, déformé, plein d’une nostalgie, renforcée par le sample qui fait office de refrain. La rencontre des deux hommes, surprenante au premier abord par leur écart d’exposition médiatique, est brillante. On est plongé dans un monde sombre, où tout semble déjà fini, et où pourtant il faut survivre.

Alors que de l’autre côté du lac Erié Detroit meurt, Conway continue à débiter ses mots en rafales. Dernier représentant d’un rap sur le déclin, d’un mode de vie qui semble appartenir à un autre temps, il reste fier, découpant les sentences crûment, un rasoir dans sa mâchoire (« Razor in my jaw » clame-t-il dans le refrain). C’est cette lutte qu’il narre dans ce morceau où la violence des propos et la douceur du sample contrastent magnifiquement. « I’m still here » conclue Conway, et on peut penser qu’il est ici pour longtemps, avec ses vérités, sa violence, ses blessures.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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