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Politique,Société

[Juste1Edito] La ZAD, une utopie à défendre

18 Avr , 2018  

On ne présente plus la ZAD de NDDL, une zone occupée originellement pour s’opposer à la création d’un aéroport, a quelques kilomètres de Nantes. Déjà victimes d’une première tentative d’expulsion d’une rare violence en 2012, les zadistes (des habitants historiques, des agriculteurs, des personnes d ‘âges variés vivant de façon autogérée grâce au travail de la terre) ont à nouveau été victime d’un assaut des forces de l’ordre le lundi 9 avril, peu après 3h du matin.

Le gouvernement a donc choisi la stratégie de la violence et de la tension, au prétexte que l’occupation du site est illégale. Dans les éditos des chaînes d’information en continue, des éléments de langage sont inlassablement répétés : après avoir colporté la rumeur selon laquelle les zadistes étaient armés de  » boules de pétanque hérissées de lames de rasoir, des pièges dissimulant des pieux » (armes que l’on n’a vu dans aucune des vidéos en lignes), le gouvernement affirmait ne vouloir expulser que les « squats illégaux et sans projet viable », tandis que sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes s’interrogeaient sur la présence des zadistes alors que le projet d’aéroport est désormais abandonné.

L’aéroport… et son monde

Tout d’abord, rappelons que la zad est un lieu de protestation contre « l’aéroport et son monde« : si les occupants se sont originellement battus pour préserver le bocage et empêcher son bétonnage, leurs revendications sont bien plus larges, et c’est le système capitaliste tout entier qu’ils rejettent. L’occupation du site, même après l’abandon du projet d’aéroport, a donc du sens: les habitants ont créé (et le font encore) un véritable système alternatif, autogéré, basé sur l’échange, la coopération et un rapport nouveau à la terre. De plus, si l’état prétendait ne vouloir expulser que les occupants refusant de déclarer individuellement un projet agricole viable, cette affirmation s’est avéré fausse: si de nombreux zadistes souhaitaient déclarer un projet collectif et ne demandaient que du temps pour le mettre au point, d’autres avaient déjà entamés des négociations avec les représentants de l’état – et pouvaient donc espérer être épargnés en cas d’expulsion. C’est le cas de la ferme des « 100 noms », qui a pourtant été détruite sans ménagement dès le premier jour de l’opération policière, mettant ainsi en lumière les mensonges de l’état et rompant violemment les négociations avec les représentants de la ZAD.

Car oui, dans le complexe dossier de Notre-Dame des Landes, la violence vient de l’état. Le déploiement de 2500 gendarmes mobiles, de véhicules blindés et d’engins de chantier alors qu’il n’y avait aucune urgence à intervenir et que des négociations pour trouver une issue pacifique au problème de régularisation des habitants en est la preuve. La volonté de rétablir « l’état de droit »? Cet état qui gaze et frappe des réfugiés, détruit les acquis sociaux obtenus depuis la fin de la seconde guerre mondiale, précarise les plus faibles et au sein duquel les inégalités se creusent de plus en plus? Cet « état de droit » donc, semble finalement beaucoup plus brutal et sauvage que la communauté utopique à laquelle il s’attaque. Et en effet, c’est bel et bien cet Etat qui a introduit la violence à Notre-Dame des Landes, à grand renfort de grenades lacrymogènes, GLI-F4 (des grenades à effets de souffle dont la déflagration produit des dégâts dignes d’un film hollywoodien) et autres LBD 40 (dont nous vous parlions déjà dans cet article).

Violences policières et dérive du pouvoir étatique

Cette violence débridée de l’Etat et de sa police est d’ailleurs implicitement confirmée par leurs tentatives d’écarter au maximum les journalistes des zones d’expulsion et de fournir aux rédactions les images tournées par la gendarmerie; images que l’on peut raisonnablement soupçonner d’être orientées et qui rappelle des procédés en place dans certains états autoritaire (plusieurs journalistes s’étaient d’ailleurs dit révoltés par cette atteinte à la liberté de la presse, comme Hugo Clément ou l’agence Taranis News). Il ne faut visiblement pas de témoins de cette opération, et si certains journalistes se risquent tout de même à exercer leur métier, ils sont victimes du déchaînement de la violence policière – en témoignent ces deux journalistes de Libération blessés par des grenades de la gendarmerie. De nombreux militants pacifistes ont également été victimes de violence de la part des gendarmes, et s’il est vrai qu’une frange des zadistes a en retour fait preuve de violence pour s’opposer aux forces de l’ordre, nous pouvons nous demander si celle-ci ne relève pas finalement d’une certaine légitimité… C’est d’ailleurs ce qu’affirme Amandine, une maraîchère de 29 ans venue à un rassemblement de soutient sur la ZAD ce dimanche 15 avril, citée par Libération: « On parle de violence (des zadistes, ndlr), mais quand on détruit ton jardin, ta maison, on peut comprendre qu’on ait la rage. »  

Quel bilan après une semaine sanglante?

Une semaine après le début des opérations, le bilan est plus que mitigé pour le gouvernement: des gendarmes blessés, des zadistes aussi (77 gendarmes pour 300 zadistes), une avancée territoriale toute relative, un coup déjà exorbitant (entre 300 000 et 400 000 euros par jour selon Presse Océan)… Tout cela pour quoi? Les 1600 hectares de la zone sont de toute façon intenables par les gendarmes, les reconstructions auront lieu et le site sera probablement récupéré, n’en déplaise au gouvernement.

D’ailleurs, à l’heure où ce dernier multiplie les attaques sociales diverses et variées, l’offensive sur la ZAD pour des motifs visiblement politiques – la destruction de toute alternative au capitalisme – constitue peut-être l’agression de trop, celle susceptible de rajouter aux étudiants, cheminots et autres personnels de santés, les écologistes et toute une frange de la population rêvant d’un monde différent de celui offert par le macronisme. La révolte gronde, le mouvement social s’amplifie, et certains se prennent à rêver: et si pour une fois, nous laissions une chance à l’utopie?

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Guillaume
Etudiant en Lettres Modernes, passionné par l'actualité culturelle et politique, et animé par la volonté de provoquer la réflexion chez le lecteur

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