Jimmy Wopo

Culture / Divertissement,Musique

Juste1son : Jimmy Wopo and 018 Lane – What U know

16 Mar , 2017  

Le rap est sans doute le genre musical le plus productif du moment sur internet. Chaque jour, des centaines de clips sortent au quatre coins du monde, obligeant les amateurs à en voir le plus possible, sans jamais pouvoir tous les voir. L’une des solutions privilégiées par le fan de rap en quête de nouveauté dans la jungle d’internet consiste à se laisser dériver le long des suggestions Youtube. Partant d’un titre qu’il connaît, il se laisse emporter par une série de titres, et finit par écouter toute la discographie d’un obscur rappeur du 78 sans grand intérêt ou « Bad and Boujee » selon la dynamique que prend cette longue dérive des suggestions Youtube.

Les soirées que je passe à suivre les suggestions Youtube ne sont jamais inoubliables. Très vite, tous les titres se ressemblent, et tous ces petits rappeurs d’Atlanta ne font qu’imiter ceux qui imitent Migos en moins bien. Et pourtant, je continue inlassablement, à écouter des titres insipides sur des productions génériques, sans doute parce que je sais que parfois le miracle survient. Ce miracle, c’est celui de trouver une pépite qui se dégage dans cette informe nébuleuse.

Depuis 15 jours, ma pépite, c’est ce titre : « What U Know » de Jimmy Wopo et 018 Lane. Je l’ai pourtant écouté une première fois sans grand intérêt. Mais je me suis surpris à essayer de retrouver la mélodie du refrain. Alors j’ai réécouté la chanson. Et depuis, cette chanson rythme mes journées. C’est ça, la magie des suggestions rap sur Youtube. C’est le plaisir de trouver un titre, qui avait tout pour être banal, et qui s’avère finalement unique.

Reprenons les choses depuis le début. Comment en suis-je arrivé à écouter ce titre ?  Je suivais Jimmy Wopo depuis une bonne année, et la sortie de son excellent projet « Woponese », et de son banger aux basses vibrantes et au piano percutant « Elm Street« , à la croisée de la trap et de la grime anglaise, par son aspect découpé et brutal, où il demandait à Dieu de lui pardonner ses pêchés d’un ton franchement autoritaire. Depuis, Jimmy Wopo squatte allègrement mes suggestions Youtube. Quand j’ai vu que j’avais de ses nouvelles je n’ai pas pu résister.

« What U Know » signe donc le retour de Jimmy Wopo. Le natif de Pittsburgh, soucieux de replacer la ville « White and Yellow » de Wiz Khalifa sur la carte du rap game, sort en effet une mixtape intitulée « Muney Lane Musik » collaboration avec trois rappeurs locaux. On ne peut d’ailleurs que saluer la démarche, d’autant plus que les rappeurs ne sont pas très connus. Jimmy Wopo est décidé à faire émerger toute la scène de Pittsburgh à l’échelle nationale, et non pas seulement lui.

A commencer par O18 Lane. Pourtant, il faut dire que le rappeur n’a rien de particulier en apparence, et ne fait qu’imiter 21 Savage sur la mixtape, à la manière de 90% des rappeurs du moment. Pourtant, sur le morceau en question, il réussit à convertir cette nonchalance froide en quelque chose d’intéressant.

Son refrain nonchalant, ritournelle de la bicrave, vient résonner tout au long du morceau, obsédant et répétitif. Cette petite mélodie à peine chantonnée à quelque chose de séduisant sur ces accords de piano mélancoliques et obsessionnels à souhait. Car finalement, impossible de savoir si l’on a affaire à un titre mélancolique ou joyeux. Selon les humeurs, cette vaste boucle chantée peut avoir les échos de la mélancolie du quotidien et des transports en commun sous la pluie, comme de la fête bien arrosée et ses danses étranges. La chanson est finalement idéale pour le quotidien, dans tous ses aspects, tristes comme joyeux. On peut l’écouter partout, tout le temps, sans se lasser.

On peut l’écouter 10 fois de suite, sans vraiment se rendre compte. Comme cette interminable boucle chantée de 018 Lane, la chanson se répète interminablement, sans réel début, sans réelle fin. Jimmy Wopo vient s’intégrer à cette ambiance mélancolique, avec son flow saccadé et cisaillé, toujours aussi efficace, qui vient contraster avec la nonchalance de son collègue et ami.

Le clip donne cette même impression étrange. Des armes, des billets, des danses absurdes et festives, tous les ingrédients d’un clip de gangsta rap post-Migos sont là. Et une mélancolie se dégage malgré tout, dans la ballade des jeunes de Pittsburgh. Dans les paroles, on fait rimer « Wopo », « lambo » et « mojo », tout comme « smoke » et « coke ». Rien de nouveau encore une fois. Comme si cette mélancolie si particulière qui se dégage de la boucle interminable de cette chanson, c’était la mélancolie de cette vie répétitive de bicraveur dans les rues de Pittsburgh, cet éternel recommencement.

018 Lane est actuellement en prison, comme le montre le « Free Lane » qui conclue la vidéo. On n’est même pas surpris, tant sont nombreux les rappeurs dont le début de carrière est freiné par leur passé qui les rattrape. C’est ça, cette ritournelle de la mélancolie, cette boucle sans fin. C’est la boucle qui ramène sans fin à la case de départ, c’est la tragédie de la routine. Dans cette tragédie, la prison n’a rien d’exceptionnel, c’est la norme, c’est presque un passage obligatoire. Le morceau s’achève dans ces couleurs grises du quotidien. On n’a pas envie de le réécouter, il est même assez banal. Et pourtant, vous reviendrez l’écouter, pris dans la boucle de la mélancolie.

#FreeLane

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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