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[Japon] Quelles promesses et quels défis pour les Jeux Olympiques 2020 ?

12 Sep , 2016  


           A peine les Jeux Olympiques de Rio terminés, la question de la planification et de l’organisation des JO de Tokyo se pose déjà. Alors que la compétition de 2016 fut synonyme de nombreuses controverses, le Japon pourra-t-il relever le défi qui l’attend dans 4 ans ?



Un budget qui s’envole

            La question est évidemment fondamentale, au vu des difficultés économiques qu’ont rencontré plusieurs villes hôtes ces dernières années (Athènes et Rio pour ne pas les nommer). Dans une approche complètement démesurée de l’événement, et sans doute pour réaffirmer la place de Tokyo sur la scène mondiale, des dépenses somptuaires étaient initialement prévues, à l’instar du projet de stade olympique qui devait coûter plus de 2 milliards de yens, soit 1,8 milliard d’euros. Cette infrastructure, imaginée par l’architecte Zaha Hadid, fut fortement critiquée de par l’investissement qu’elle demandait. Projet retiré donc, mais qui n’est qu’un exemple des dépenses prévues pour l’organisation de cet événement, dans une ville qui veut rivaliser d’inventivité et de modernité, et montrer qu’elle est à même d’organiser des rencontres de cette ampleur.


L’élection de Yuriko Koike à la gouvernance de Tokyo en juillet va fortement influencer l’organisation de ces Jeux Olympiques, puisque son mandat doit normalement la conduire à administrer Tokyo en 2020. Comme pour ses adversaires, les Jeux Olympiques faisaient d’ailleurs partie de ses arguments de campagne : elle envisage vaguement de « revoir » et « discuter » les bases du budget alloué à l’événement, de manière à rassurer les Tokyoïtes face aux dépenses faramineuses qui les attendent. Le montant initial était de 730 milliards de yens, soit 6,40 milliards d’euros.



Blason à redorer : soupçons de corruption et de plagiat

            Plus de 4 ans avant, l’organisation des Jeux Olympiques commence déjà mal. En 2015, un scandale éclatait concernant le logo des Jeux Olympiques, petit dessin ressemblant étonnamment au logo du théâtre de Liège, en Belgique. Le comité olympique japonais, contraint de changer d’emblème, propose un nouveau motif inspiré des dessins traditionnels, présents notamment sur les porcelaines ; les différentes petites figures géométriques en damier incarneraient les différentes nations et cultures présentes aux Jeux Olympiques. Mais le mal est fait : difficile de justifier la copie initiale, alors que le comité nie en bloc un certain temps avant de proposer une alternative.


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Si le malaise semble assez mineur, c’est parce qu’il se couple avec un problème plus général, qui ne date d’ailleurs pas de la nomination de Tokyo comme ville hôte. La corruption qui gangrène les hautes instances japonaises a déjà coûté leur place à un certain nombre de personnalités politiques, et cette fois-ci, son spectre plane au-dessus de l’équipe de candidature japonaise, fortement soupçonnée d’avoir payé pour influencer la décision du comité olympique. Si Shinzo Abe a promis de coopérer avec la justice pour faire la lumière sur cette histoire, l’image du Japon restera entachée.



L’engouement national

         Certes, la nomination de Tokyo comme ville hôte est critiquée par une bonne partie de la population, mais l’organisation de cette compétition sur le territoire japonais reste un symbole fondamental de l’attachement pour le sport de toute la nation. A Rio (et évidemment pour des raisons économiques), on déplorait l’absence de public dans les stades, et notamment pour les « grandes » disciplines, comme la natation ou l’athlétisme. Le risque est moindre cette fois-ci : parce que le niveau de vie est bien plus élevé, nul doute que les Japonais seront prêts à débourser une fortune pour assister aux grandes rencontres sportives.


La place du sport dans la culture japonaise est prépondérante : les activités sportives sont intégrées dans le système éducatif, et ce dès le plus jeune âge. Baseball, judo, karaté, tennis sont autant d’activités dont les compétitions nationales et internationales sont retransmises à la télévision et suivies par des millions de Japonais. L’annonce de la nomination de Tokyo comme ville hôte va d’ailleurs de pair avec l’intégration de cinq nouveaux sports dans la compétition : le baseball, l’escalade, le karaté, le skateboard et le surf. Pas sûr donc que les Jeux Olympiques constituent un gouffre économique, tant la mécanique publicitaire est bien huilée : les produits dérivés se vendent déjà bien, et les Japonais anticipent l’achat des places pour les grandes rencontres.


Kei Nishikori

Kei Nishikori


Véritables héros de la nation, les sportifs japonais incarnent l’espoir des Jeux de Tokyo pour un pays qui espère truster les plus hautes places du classement des médailles. Parmi eux, Kei Nishikori, 5ème tennisman mondial, fierté nationale et égérie de la marque Uniqlo, présent partout sur les panneaux publicitaires dans les transports en commun et dans les rues, cas quasi unique dans l’histoire d’un Japonais en haut du classement ATP. Les jeunes, voire très jeunes talents envoyés à Rio en « rodage » en prévision des Jeux de Tokyo sont les espoirs de 2020 : parmi eux, Kosuke Hagino, 22 ans et déjà détenteur d’une médaille d’or, d’argent et de bronze, Kenzo Shirai, 20 ans, médaille d’or au sol aux Championnats du monde de gymnastique en 2013 et codétenteur d’une médaille d’or en équipe aux Jeux Olympiques de Rio, ou encore la cadette de la délégation, Rikako Ikee, 16 ans, en finale du relais 4×200 mètres nage libre femmes ; et la liste des espoirs sportifs est encore longue.


Tokyo mise donc tout sur une organisation irréprochable d’un point de vue logistique, investissant des sommes considérables dans la préparation des athlètes de demain et dans la construction des infrastructures sportives, ce qui, comme à chaque fois, rencontre une opinion publique bien souvent inquiète des répercussions économiques d’un tel événement.

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Clélia
J'écris surtout dans la catégorie Société. J'aime lire, voyager et découvrir ! Je m'intéresse beaucoup à l'actualité, et espère vous transmettre mon envie de la comprendre.

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