DJ Weedim

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[INTERVIEW] DJ Weedim : le producteur de rap le plus rock ?

20 Mar , 2017  

Chez Juste1Question, on a toujours aimé DJ Weedim, et on a toujours dit tout le bien qu’on en pensait, comme ici. Du coup, lorsqu’il a sorti son EP avec Iron Sy, on lui a passé un petit coup de fil. En pleine tournée avec Vald, Weedim nous a parlé de son métier de directeur artistique, de son rapport au rock et au punk, de son goût pour les EP plutôt que pour les albums, ou encore de ses projets à venir avec Suik’on Blaze AD et Alkpote.

On se capte par téléphone parce que t’es sur la tournée avec Vald, donc déjà je voulais te demander si cette tournée se passait bien.

Ça se passe plutôt très très bien. On est sold-out un peu partout. On vient de sortir à l’instant un petit blog sur la chaîne Youtube Vald Sullyvan. Je te laisse regarder pour te faire une petite idée du truc : c’est de la folie ! L’ambiance est grave cool, c’est plein partout, et puis on a un bon feeling.

Du coup je me demandais laquelle de ces casquettes tu préférais entre celle de producteur, de DJ en live, et de directeur artistique que tu prends avec le label French Bakery.

Pour moi personnellement, je ne pourrais pas faire l’un sans l’autre en fait, tu vois. Vu que j’ai le label, je produis les artistes, et après on va jouer les morceaux sur scène. Pour moi c’est un tout. Je n’ai pas une étiquette préférée particulière, mais franchement c’est quand même kiffant d’aller faire des morceaux en studio, après d’aller les défendre sur scène, et voir comment les gens réagissent. Donc pour te répondre, toutes les facettes me vont.

Ton dernier projet en date, c’est celui avec Iron Sy, qu’est sorti la semaine dernière.

Voilà. Iron Sy, ça faisait longtemps qu’on l’avait pas entendu. Moi je l’ai capté un jour où Alkpote l’avait ramené en studio, je sais plus trop quand.

Pour le deuxième épisode des Marches de l’Empereur ?

Oui t’as raison c’était ça, il y a eu ce truc là. On s’est calculés à ce moment là. Comme j’étais fan de lui à l’époque de B.O.S.S et compagnie, je m’étais dit : « Bah tiens, pourquoi pas faire un petit EP. » C’est sorti, c’est cool, je suis content.

Donc c’est plutôt toi qui es venu vers lui que lui vers toi ?

Oui, complètement. Moi je lui ai proposé, il est venu au studio, et voilà. Ça c’est fait super naturellement. Et puis c’est pas un album, c’est un EP, il y a six titres. C’est plus rapide à concevoir.

Finalement c’est un truc que tu fais assez souvent : prendre des rappeurs que l’on a plus vu dans les années 2000, comme Alkpote ou Driver, et finalement les mettre à la sauce de 2010. Est-ce que c’est quelque chose que tu aimes bien faire ? Prendre des rappeurs que t’aimais bien, et les amener dans ton délire.

Franchement, je vais te dire un truc : tu vois, par exemple Driver on avait fait un morceau ensemble il y a très longtemps puis après on s’est recroisés en studio, et ce qui est marrant c’est que ces mecs là, ils sont tellement efficaces en studio… Les mecs ont 20 ans de studio dans les pattes, je te jure que Driver il pourrait enregistrer enregistrer presque un album par jour ! C’est un tueur, c’est la folie.

En fait, c’est un peu mes coups de cœur, les mecs que j’écoutais à l’époque. Aujourd’hui, je fais de la musique, donc j’en profite pour bosser avec eux. C’est assez marrant parce que je kiffe vraiment les mecs qui sortent de nulle part, ceux que je développe, et puis à côté il y a aussi mes petits coups de cœur.

Il y a eu Aketo aussi, de Sniper, on avait fait un EP avec Sidi Sid. C’est un kiff aussi, c’est que pour les kiffs. Tu sais, moi je fais de la musique, j’aime la musique. Je fais de la musique pour la musique. Donc quand je vois des mecs comme ça que j’ai écouté quand j’étais plus jeune, et bien je me dis : « Vas-y, faisons quelque chose ! »

Est-ce que ça a été facile pour Iron d’aller dans ton délire « trap » ? Avant, il ne faisait pas du tout ça, et là il est complètement rentré dedans.

Oui, il a été hyper réceptif. Après, il était déjà rentré dedans un peu avant, il avait fait un morceau, « Brouilldé ». Donc là, j’ai vu que visiblement ce mec n’avait aucune lacune dans la matière. C’est des mecs qui savent rapper. Finalement, c’est une histoire de BPM (Battement Par Mesure) qui a changé. Avant, on était sur du 90 ; maintenant on est plus sur du 70. Mais le principe est le même : 1-2-3-4, 1-2-3-4 (Rires).

Et quel a été ton poids sur la direction artistique du disque ? On sent vachement ta patte sur les refrains, comme celui de Dur Labeur, qui ressemble à ce que t’as fait avec Biffty.

Oui, t’as raison ! Un morceau sur deux, je fais les refrains ou du moins on les bosse ensembles. Je ne suis pas juste un beatmaker. Je suis en studio, et on travaille les morceaux ensembles. On crée, on est là, on écoute des beats. Et de là, on essaie de trouver une petite vibe, un refrain. C’est ma patte, c’est normal. Au final, visiblement ça s’entend.

C’est quelque chose que tu recherches d’avoir un son qui t’est propre ?

Pas du tout, au contraire. Moi on me dit souvent ça : « Ca je reconnais. » Mais moi j’aimerais bien pouvoir me reconnaître, mais moi je ne reconnais pas « mon » son en fait. Donc je sais pas…

En ce moment, tu te mets de plus en plus en valeur dans tes projets, un peu à la manière des producteurs américains comme Metro Boomin’, en cosignant les projets. Est-ce que c’est quelque chose que tu recherches ? En France, c’est inhabituel de voir un producteur qui se met en avant et qui assume son importance sur un projet.

Oui, finalement le modèle américain me convient tout à fait. Après, moi je ne suis pas juste un beatmaker, il y a un travail de directeur artistique : prendre les mecs, et les accompagner. Je fais du développement. Franchement, je ne peux pas me contenter du rôle de beatmaker parce que je ne suis pas que beatmaker. Donc effectivement je prends ma place. J’ai envie qu’on me donne la place qui m’est due. Je suis venu la prendre. (Rires).

Sur le projet avec Iron Sy, il y a un truc un peu punk, qu’il y avait aussi sur le projet avec KSA, ou encore plus sur ceux avec Biffty. J’avais vu une interview que t’avais donné à Deeper than Rap où tu disais que ce qui t’avait plu dans le crunk c’est l’énergie qui était un peu celle du rock trash que t’écoutais jeune. Est-ce que c’est ça que t’essayes de faire ? Mettre une énergie rock, voire punk dans ta musique.

Honnêtement, ce n’est pas voulu, mais finalement une fois de plus, oui, je crois qu’on est complètement dedans. Sur la tournée avec Vald, on est complètement dedans. Je n’ai plus de voix, plus rien, on se lâche. On se donne ! Mais en effet, je crois que cette influence agressive « contrôlée » vient de moi. Quand j’étais gamin, j’écoutais ça : ACDC à fond. Après, il y a eu le rap. Mais effectivement j’ai dû garder quelques séquelles de cette ambiance.

Aussi un peu avec ton entourage, avec Julius [le clippeur du PTPFG Gang qui travaille avec Weedim et Biffty] qui est le fils de Ludwig von 88, un célèbre punk français.

Oui carrément, c’est là où on s’est carrément bien trouvé. Toute cette scène punk-rock. On kiffe le rap de ouf, mais après c’est une ouverture d’esprit. Moi j’aime la musique. Pour moi, il y a deux types de musiques : la bonne et la mauvaise. Après, les autres distinctions… Mais oui, on a été influencé : moi par le hard-rock et eux par le punk.

L’EP avec Iron a ce côté vachement violent, dense, et il est très court (17 minutes). Si je devais le décrire, je dirais que c’est une rafale. Est-ce que c’est ce que tu recherchais ?

Ouais complètement. De toute manière je vais te dire un truc : à l’heure du consommable, écouter 17 titres d’un mec, ça intéressera qui ? Même les gros artistes font des albums de plus en plus réduits. Concrètement, je préfère sortir plusieurs projets dans l’année avec moins de titres dessus que de bosser un an sur un truc. Tu te rends compte qu’à l’heure du consommable, les gens écoutent et balancent. Donc je préfère me concentrer à faire des petits projets intenses, puis en refaire d’autres.

Oui c’est ce que tu fais avec Biffty.

Ouais, tu vois. C’est aussi que j’ai pas envie de soûler les gens. Le premier projet qu’on avait fait avec Biffty, La Méga Souye-Tape, il y avait 12 ou 13 titres. Et c’est vrai que quand on écoute les douze ou treize titres à la suite, c’est énergique, ça braille,… Ca fait un peu mal au crâne !

Dans la voix d’Iron Sy, il y a cette manière qu’il a de poser qui fait un peu penser à B.O.S.S à l’époque, mais aussi un peu à la crunk, à la Lil Jon. Est-ce que c’est quelque chose que tu as cherché à exploiter ?

Pas du tout. Lui, il a toujours eu cette voix criarde. Il rappe comme ça, il force pas du tout. Ça fait cet effet, parce que le rendu est comme ça, mais on a jamais eu cette référence. Lil Jon, il est en 2002, nous on est en 2017, donc… C’est une référence, ça a été une influence, mais aujourd’hui c’est mort, c’est plus du tout le truc. Mais bon Iron, il est comme ça, il rappe comme ça, donc j’ai trouvé ça cool de garder ce truc là. Après, il a un ou deux morceaux en mode autotune chanté, mais je pense que les gens qui ont kiffé Iron Sy l’ont kiffé pour son côté brut, d’où la direction du projet.

La force d’Iron, c’est aussi ses textes, qui sont toujours bossés, avec des références politiques, des références à Salif,.. Son mode d’écriture reste toujours axé rap français « traditionnel » finalement. Est-ce que c’est quelque chose qui t’a intéressé aussi ?

Ouais clairement. Après, sur ce projet là, comme tu disais c’est une sorte de rafale, donc il a peut-être pas approfondi autant les textes qu’il pourrait le faire. Après, c’est marrant, c’est une autre époque aussi. Dans ses références politiques, il parle de Michel Rocard. Michel Rocard, les jeunes savent pas qui c’est, tu vois. Donc c’est ça que j’ai trouvé marrant, l’influence de différentes époques. Et là, t’as le résultat, et c’est un truc d’aujourd’hui quoi !

L’album se présente comme un chapitre 1 : il y aura un chapitre 2 ?

Il y aura forcément autre chose. Je ne peux pas te dire quand, quoi, où, mais la suite verra le jour un de ces quatre, c’est sûr.

Et est-ce qu’avec Iron t’aimerais explorer de nouvelles pistes ? Là, l’album est hyper cohérent musicalement, mais on sait que t’aimes explorer des nouveaux trucs, comme sur l’épisode 10 des Marches de L’Empereur d’Alkpote.

Non, avec Iron ce que je kiffe c’est vraiment ça, ce truc là qu’on a développé. Les gens qui ont kiffé Iron Sy à l’époque ou aujourd’hui, c’est pour ce côté brut. Après, moi je sais qu’il a plein d’autres morceaux. Il a des morceaux un peu plus chantés, des morceaux un peu plus conscients. Il a des choses diverses. Mais moi ce que j’aime c’est cet Iron là, le Iron hardcore. Après c’est moi hein !

J’ai vu aussi qu’un 4 titres avec Suik’on Blaze AD se préparait. Tu peux m’en dire plus ?

Ouais carrément ! Écoute, AD c’est le backeur de Vald, ils bossent ensembles depuis quelques années et il avait toujours rien sorti. En vérité, c’est lui qui veut pas. Il se sentait pas de le faire. Et puis un matin je lui ai envoyé un petit texto, je lui ai dit : « Tu veux faire un EP? » et il a dit « Ok », tout de suite. Donc on a concocté ça, pareil un 4 titres. C’est un premier jet. On envoie, et on voit ce que ça donne. Mais pour l’instant les gens sont contents, ça commence déjà un peu à parler de ça,… Donc je pense que ça va être cool, il est extrêmement fort AD ! Donc j’ai hâte que les gens entendent ça.

Oui, et il y avait une attente. À chaque feat avec Vald, dans les commentaires les gens demandaient : « Quand est-ce qu’AD arrive en solo ? ».

Oui, tout le monde se posait la question, tout le monde a hâte ! C’est pour ça, je pense que ça va être bien accueilli. Puis les morceaux sont vraiment biens.

Est-ce que pour toi c’est important de bosser sur des projets un peu plus « indés » (comme celui avec Iron) comme sur des projets plus exposés, comme ceux de Vald ?

C’est pas du tout le même métier ! Avec Iron, KSA, et tous les autres mecs, c’est vraiment moi qui développe. Pour Vald, c’est autre chose. Il a un directeur artistique, une maison de disque. Les morceaux sont décortiqués, étudiés… Est-ce que ça sort, est-ce que ça sort pas… Ce n’est plus moi qui suis décisionnaire de quoique ce soit. On fait des morceaux, puis de grandes autorités décideront du sort des morceaux.

Donc pour le coup t’as un rôle de producteur plus « classique » avec Vald ?

Totalement. On se retrouve en studio, on fait des morceaux. Je suis producteur des titres, et mon label n’est pas directement lié à ses sorties.

Pour finir, je voulais te demander, si la sortie en physique des Marches de l’Empereur Saison 2 d’Alkpote était toujours prévue. On voit qu’il y a un vrai engouement sur Youtube.

Ca sera bien le cas, ça va arriver avant l’été. Ça va sortir avant l’été, en physique et sur toutes les plate-formes musicales. On doit aussi sortir un nouvel album avant la fin de l’année avec Alk, mais on n’a pas la date. Ce qui est sûr, c’est que les Marches vont sortir avant l’été, avec tous les morceaux, mais aussi des inédits, un ou deux.

Donc vous continuez à bosser sur des projets tous les deux ? Vous vous êtes complètement trouvés !

Avec Alk c’est simple franchement, on se parle plus. Enfin « on se parle plus », je mets des guillemets hein ! Il arrive en studio, il écoute même pas des beats, je lui dis « Tiens, tu poses là-dessus ! » Je le connais, il me connaît, et on pense pareil. Il y a des automatismes super rapides, pas besoin de parler ! L’alchimie passe bien, les gens ont l’air d’apprécier. Alk a grave changé dans ce qu’il propose. C’est moins politisé, là il est dans le divertissement le plus total. Il cherche à faire des trucs pour s’amuser plus que pour déprimer !

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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