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[Interview] Coming Soon : « Notre prochain album a une part de nostalgie, mais ressentie au présent »

9 Avr , 2018  

Coming Soon fait partie de ces groupes qui sont présents au cœur de la scène pop-rock française depuis de longues années, renouvelant progressivement leur son, sans jamais perdre leur identité. A l’occasion de la préparation de leur nouvel album, Sentimental Jukebox, on a échangé avec le groupe. L’occasion, pour nous, de revenir sur leur parcours et leur discographie riches et fournis, faits de virages électroniques et d’expériences diverses, étape par étape, en défrichant leurs influences multiples. De la folk douce adolescente aux expérimentations psychédéliques, rencontre avec un groupe de rock français à l’esthétique résolument américaine.

Les débuts rocks de Coming Soon

 Vous avez commencé très jeunes le groupe, notamment Léo, et vous en jouiez sur une chanson comme Big Boy. Quel regard vous avez sur ce morceau aujourd’hui? Un regard amusé, nostalgique ? Vous êtes fiers que le groupe existe toujours après toutes ces années ?

Ben Lupus : Je trouve que c’est assez émouvant tout ce temps passé ensembles à faire de la musique et à voyager. C’est une belle histoire d’amour qui dure à travers le temps.

Howard Hugues: On a réécouté l’autre soir à Colmar un titre des Matching Cubes (Alex + Leo) et je crois qu’il y a peu d’enregistrements de chanteurs en train de muer, c’est très émouvant !

Vous avez commencé directement après votre premier EP avec un album presque blockbuster (des retours critiques, la BO de Juno qui a cartonné,…). Pourtant, vous étiez encore très jeune et – à mon sens – vous n’aviez pas complètement fini de trouver votre son spécifique. Avec du recul, comment vous avec vécu cette entrée dans la cour des grands très rapide ?

Ben : On n’a pas vraiment pris conscience de l’ampleur du truc à l’époque, donc ça a été très smooth en fait. Par rapport au son du groupe, ça fait longtemps que je n’ai pas réécouté New Grids, mais je me souviens que la dernière fois que je l’ai fait, je me suis dit qu’il y avait déjà, derrière le côté très frais et parfois un peu maladroit, beaucoup de ce qui, pour moi, est typique de notre esthétique musicale.

HH : On a progressé techniquement mais pour moi aussi tout Coming Soon était déjà contenu dans New Grids. Le tour de chant, l’Amérique un peu fantasmée, le côté sentimental et l’ancrage dans les années 2000.

En 2009, vous êtes revenus avec un deuxième album, qui était nettement plus rock, avec beaucoup de guitares. Finalement, quand on regarde votre discographie dans son ensemble, cet album fait un peu figure d’OVNI dans votre évolution. Quel rôle a-t-il eu dans la construction de votre son?

Ben : C’était effectivement un album un peu plus rock, qu’on a fait en réaction à la mode folkisante qui était devenue très envahissante à l’époque. Mais pour moi, c’est une évolution assez logique par rapport au premier, j’entends pas vraiment le côté OVNI. À la rigueur, Tiger Meets Lion aurait un peu plus ce statut là selon moi – même si lui aussi, quand tu vis les choses de l’intérieur, a une place assez évidente dans notre histoire commune.

Après ça, vous avez sorti toute une série d’EP composés de faces B et de raretés. Quand est-ce que vous les avez composés? Je trouve que c’est là où vous avez commencé à expérimenter le son plus électronique qui allait caractériser la suite de votre discographie. Vous avez vu un peu ces EP comme des laboratoires pour votre musique ?

HH: Ces B-Sides sont nées d’une proposition du label Sober & Gentle. Ils trouvaient dommage qu’on ait sous la main des dizaines de titres inexploités et on a fait avec eux une sélection de ceux qu’on préférait. J’adore les dessins de Ben et Alex sur les covers.

Sur le deuxième de cette série, je crois qu’il y a un morceau qui a beaucoup marqué les fans, au point que ce qui devait être une face B est aujourd’hui votre titre le plus écouté sur Deezer. C’est Confidence. Alex, tu peux nous raconter l’histoire de ce titre ? Qu’est-ce qui t’a influencé ? Ca me fait penser à ce qu’a pu faire Beck, en plus franchement rap.

Alex : Oui, Beck ça a été une influence. Pas directe mais j’ai toujours aimé la production de ses morceaux. C’était  aussi une période où j’écoutais beaucoup de groupes comme Why ? et tout le label anticon, qui étaient les rois du abstract hip-hop des années 2000. C’était une des premières fois où j’expérimentais vraiment la composition à l’ordinateur avec des boîtes à rythmes, etc… Je l’ai enregistrée dans ma chambre avec un micro d’ordinateur, je pensais pas que la chanson tournerait autant, ça fait super plaisir !

Le virage psychédélique

Une autre étape importante de votre discographie, qui a aussi marqué l’évolution de votre son vers quelque chose de plus électronique c’est le projet Dark Spring. Les interludes par Claude Degliame font que ce disque est peut-être votre seul disque qu’a l’écoute on peut identifier comme français. Travailler la langue française, c’est quelque chose qui vous plairait par la suite – vous qui avez collaboré avec Daho ou Ruiz? D’autant plus qu’Howard et Léo, dans leurs aventures solos, se sont essayés au français.

Ben : J’ai l’impression que l’écriture en anglais c’est un élément vraiment central pour Coming Soon, et je nous imagine mal écrire ensemble un album en français qu’on signerait Coming Soon… mais il ne faut jamais dire jamais.

HH : Dark Spring c’est un vrai moment de la vie du groupe. Ça nous a occupé presque deux ans et ça a changé en partie notre rapport à la scène. Je ne sais pas si ça a influencé les projets parallèles mais en tous cas ça reste un moment de créativité et de plaisir incroyable.

On arrive à l’album Tiger Meets Lion. Il a été vu par beaucoup comme une grosse évolution dans votre son, avec des morceaux comme l’autotuné LWL pt. 1.L’utilisation de l’autotune ou la reprise de Diamonds montrent une vraie influence RnB sur l’album. Qu’est-ce que vous avez écouté pendant cette période? Quelles sont les influences qui ont fait évoluer votre son ?

Ben : Quand je dis que j’attribuerais plus facilement à Tiger Meets Lion le statut d’ovni de notre discographie, c’est justement parce que c’est l’album pour lequel on s’est vraiment posé la question du genre et du son, avec une vraie volonté de changement : on voulait faire un album de pop moderne, qui ferait danser les gens en live. C’est un album très dense, avec plein de couches de son, il se passe toujours plein de trucs en même temps. On pourrait faire une longue liste d’influences, on voulait vraiment aller au-delà de nos références communes, et chacun a ramené des trucs nouveaux pour nous à l’époque : on pourrait dire que ça va d’Animal Collective (une des raisons pour lesquelles on a fait ce disque avec Scott Colburn) à Michael Jackson ou Justin Timberlake, en passant par Phœnix et Philip Glass. Les Beach Boys aussi, évidemment.

HH: Je me rappelle qu’à l’époque de Tiger on s’est vraiment tourné vers la pop, avec une envie de faire danser les gens et de se libérer un peu des structures de chansons couplet/pont/refrain. Mais ce qui est drôle c’est que Life in the white light parle de tournée vraiment dans l’esprit de Range Life de Pavement donc ça reste pour moi très cohérent en terme de thématiques. En fait je crois qu’on aime surtout marquer des changements d’un album à l’autre…

L’EP Sun Gets In montre une nouvelle évolution dans votre son. Est-ce que, comme Disappear Here avait annoncé Tiger Meets Lion, Sun Gets In nous donne un aperçu de l’album en préparation?

Ben : Rétrospectivement, ça pourrait faire figure de transition entre Tiger Meets Lion et Sentimental Jukebox en effet, dans la mesure où on est revenu à ce moment à quelque chose de plus spontané, avec à nouveau différentes voix lead. Mais je pense que c’est plus que ça, parce que cet EP a une identité sonore assez forte, et qui lui est vraiment propre. Avec Sentimental Jukebox on a voulu aller encore ailleurs, même si il y a nécessairement des points communs. Le plus important de ces points communs, c’est les amis avec lesquels on a travaillé pour faire ces disques : Jeremy Rassat pour la réalisation et Nico Mataharie pour le mixage. Ils nous ont vraiment aidé à aller là où on voulait.

HH : L’EP Sun Gets In est effectivement moins lié à l’album que Disappear Here à Tiger, il a vraiment un statut d’îlot indépendant dans la discographie. C’est lui qu’on a emporté sur la tournée avec Adam Green et qui nous a redonné envie de fraîcheur et de spontanéité.

Sur Sun Gets in,on retrouve ce côté psyché que vous aviez développé, mais dans quelque chose de très planant. Sur Interstallar, on pense à Tame Impala ou dans une moindre mesure à MGMT, autant dans le traitement des voix, les ambiances sonores, que la manière de construire les morceaux en plusieurs temps. Est-ce que le son de ces groupes vous a influencé dans la composition de l’album?

HH: On a toujours aimé les groupes et le cinéma psychédéliques, et les expérimentations sur la pop. Je crois qu’on a en commun avec ces groupes un amour pour Brian Eno, sa musique et des OBLIQUE STRATEGIES, le jeu de cartes qu’il a inventé avec Peter Schmidt

Sur The Marshes of Mount Liang, vous faites une piste instrumentale, vaste montée en puissance. C’est quelque chose que vous aimeriez reproduire? Il y a sur ce même morceau des gammes de synthétiseurs hypnotiques, qui me font un peu penser à ce qu’a pu faire un groupe comme Grandaddy – qui lui aussi a d’ailleurs récemment fait son retour. C’est une influence ou pas du tout?

Ben : On a toujours adoré les pistes instrumentales, même si on a pas toujours réussi à leur faire une place sur nos albums… C’est pour ça qu’on rêve de signer la B.O. d’un film ! Personnellement je ne connais pas vraiment Grandaddy : pour moi ça fait partie de ces groupes que tu sais que tu adorerais si tu les écoutais, mais que sans trop savoir pourquoi tu n’as jamais vraiment pris le temps d’écouter…

 

L’album à venir

Votre nouveau single semble marquer au départ un retour vers quelque chose de plus acoustique – loin des extravagances électroniques de morceaux comme Kaw Liga. En même temps, on garde des nappes de synthétiseurs et un traitement des voix notamment pendant le refrain. Vous voulez continuer à garder ces deux facettes: celle d’un rock plus classique, celui de vos débuts, et celle d’un rock psychédélique?

Ben : En tournant avec Adam Green, on a redécouvert le plaisir live d’une formation plus classique, et c’était un peu la ligne de conduite pour la composition du nouvel album. On s’est un peu recentré sur les guitares, même si en effet, les arrangements électroniques sont toujours présents. Disons qu’ils sont plus subtils, mais ça reste une composante essentielle du son. Dans tous nos projets en dehors du groupe, on utilise avant tout des synthétiseurs : ce serait bizarre qu’ils disparaissent complètement dès qu’on se retrouve pour faire des choses ensemble !

Le premier clip de l’album que vous avez dévoilé est un clip live. Est-ce que le live est le moteur de votre groupe, encore plus que le studio? Vous avez beaucoup fait évoluer votre dispositif live depuis les débuts?

Ben : Difficile de choisir entre le live et le studio, ce sont deux moments tellement différents et tellement importants dans la vie d’un groupe ! Pour l’enregistrement de Sentimental Jukebox, on a voulu retrouver en studio des sensations proches du live. Et en retour, les morceaux sont très agréables à jouer en concert – on rentre tout juste d’une petite tournée. Notre set-up n’a pas radicalement évolué au travers du temps, mise à part l’introduction de quelques machines électroniques pour Tiger Meets Lion. La grosse nouveauté c’est que maintenant Howard joue la plupart des claviers sur scène, c’est super.

HH : Le live c’est vraiment un moment privilégié pour le groupe. Personnellement j’ai toujours trouvé ça plus libre et vivant que le studio et certaines choses qu’on a pu faire comme des ciné-concerts sont vraiment restées du live pur et n’ont jamais été enregistrées !

Vous misez sur une esthétique rétro, qui est finalement assez nouvelle dans vos visuels. C’est quelque chose que vous voulez mettre en avant sur l’album?

Ben : Je dirais pas rétro. Classique à la rigueur. Ce mood un peu sentimental, j’ai l’impression que c’est un truc assez intemporel en fait.

HH : L’album a une part de nostalgie, mais ressentie au présent. Ado j’étais très introverti et quand je vivais quelque chose de fort j’avais hâte de rentrer chez moi pour le rejouer dans ma tête, dans un espace qui m’appartenait. Le disque ça a quelque chose de cet ordre là, un objet qui vous permet de rejouer à l’infini la souffrance et la joie.

Comment vous appréhendez la sortie de l’album ? Vous êtes stressés des retours du public, à l’heure où certains artistes sortent plusieurs albums par an?

Ben : Forcément, on appréhende toujours un peu la réaction des gens, quelque soit le projet musical ou la fréquence à laquelle on sort nos disques. Mais à 5, on se sent quand même assez fort ! Et surtout, on a une grande confiance en notre musique !

HH : L’aventure commence et avec les clips on va pouvoir explorer un peu l’imaginaire de chaque morceau !

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J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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