Alessandro Cortini

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[INTERVIEW] Avanti d’Alessandro Cortini : l’album parfait pour les rêveurs nostalgiques ?

6 Oct , 2017  

Alessandro Cortini est partout. Il accompagne régulièrement le mythique groupe de rock industriel Nine Inch Nails en tournée depuis 2004. Le musicien a sorti deux albums sous le nom de SONOIO, mélangeant la musique électronique et le rock. Il est également derrière les projets Modwheelmood et Blindoldfreak, et a collaboré avec bon nombre d’artistes (Ladytron, Puscifer…). Bref, Alessandro Cortini cumule les identités variées, et joue avec. Mais depuis 2013, l’artiste sort de la musique sous son « vrai » nom. Ces albums de musique ambiante sont ses projets les plus épurés mais aussi sans doute les plus personnels.

Avec ses synthétiseurs et ses mélodies obsédantes, Alessandro Cortini fait une musique spirituelle, méditative et puissante qui s’adresse directement à notre âme. Son nouvel album, « Avanti » (sortie prévue le 6 Octobre) parle de l’enfance et de la nostalgie. Alessandro Cortini a composé en se basant sur les films de famille de son grand-père. Mais quand on écoute l’album, on voit ses propres films, pleins de nostalgie, de joies et de regrets. À l’occasion, nous avons posé quelques questions au talentueux artiste de musique électronique.

English version : here

Depuis 2013, tu réalises des projets sous ton « vrai » nom, Alessandro Cortini, ce qui semble révéler que ces albums sont tes projets les plus personnels. Leur spécificité est d’être fait principalement avec des synthés. Est-ce que pour toi cet instrument est le moyen le plus évident pour parler de toi, dans une perspective intime ?

Je pense que certains synthétiseurs ont eu la capacité de me fournir la quantité nécessaire de sons intéressants et variables. Ils ont aussi eu la capacité de me faire dialoguer avec la machine, et de me faire sentir au final comme si je collaborais avec elle, sans la guider ou la contrôler. Les vieux synthés notamment, avec leurs bizarreries, m’ont semblé faire encore mieux l’affaire parfois, mais pas toujours.

Un album introspectif

Ton prochain projet, Avanti, parle de ton enfance. Tu a été inspiré par les films de famille de ton grand-père. Est-ce que tu dirais que cet album est ton plus introspectif ?

Je dirais que oui, d’une certaine façon. Mais je n’ai pas pensé l’album en ces termes. Je pense que tout le monde a des souvenirs similaires et je remarque que de plus en plus des gens qui me parlent après les concerts me racontent leurs propres versions de mes souvenirs.

Justement, tu dis que « comme dans les films, il y a des erreurs dans la musique ». Ton album parle beaucoup de la mémoire, qui est pleine de défauts aussi. Est-ce que ces trois types d’inexactitudes (celles des films de ton grand-père, celles de ta musique, et celles de la musiques) sont reliées dans ton album ?

C’est une super remarque, et je ne l’avais pas pensé en ces termes, mais je suis d’accord. Je suis sûr qu’il y a d’ailleurs encore d’autres d’inexactitudes que je n’ai pas encore découvert !

Le processus créatif d’Alessandro Cortini

Tu as enregistré sur un EMS Synthi AKS. Ce synthétiseur a été utilisé par Brian Eno, Pink Floyd, Jean-Michel Jarre… Pourquoi l’avoir choisi ? Est-ce que c’était évident pour toi de travailler avec cet instrument mythique ?

J’ai choisi ce synthé car je sentais que c’était l’équilibre parfait entre un son unique, la possibilité de le contrôler, et le fait qu’il n’en fasse qu’à tête. Il est transportable et a été très bien conçu. Certains instruments sont classiques pour une raison et je pense que le Synthi est l’un d’entre eux.

Il y a quelque chose d’épique ou même de mystique dans Vincere, avec l’usage de chœurs. As-tu été influencé par la musique religieuse, la musique d’église ? Le nom des morceaux a quelque chose de religieux aussi.

C’est une autre super question à laquelle je n’avais jamais pensé. J’ai passé beaucoup de temps à l’église, comme j’étais un jeune scout catholique. Donc j’ai vraiment beaucoup chanté dans les églises quand j’étais enfant. J’ai toujours été attiré par les hymnes, les mélodies que l’on retient facilement. Ce sont des airs qui peuvent être répétées et devenir meilleur à chaque fois au lieu de s’épuiser. C’est sans doute la seule chose positive qui est venue de la religion pour moi.

Comment as-tu travaillé pour tes clips vidéos (Perdonare, Vincere) ? On y voit tes films de famille, mais les as-tu montés toi-même ? As-tu travaillé avec un réalisateur ?

Les vidéos ont été montées par Sean Curtis Patrick, qui avait déjà travaillé sur les visuels de mes morceaux extraits de Sonno et de Risveglio en live. À mon avis, il était capable de monter les vidéos par rapport aux morceaux de musique d’une manière très naturelle, comme si elles leur appartenaient. C’est un artiste très talentueux.

Tes morceaux, notamment Perdonare et Vincere, commencent très simplement et gagnent en force organique ensuite. Est-ce que tu vois chaque piste comme une montée en puissance ?

Comme je te l’ai dit plus tôt, je suis fan des mélodies qui se renforcent. Donc une fois que j’ai trouvé quelque chose que j’aime, le défi, le jeu, c’est de trouver un moyen pour que ces mélodies ne deviennent pas ennuyeuses. Pour cela, je les agrandis ou j’ajoute de nouveaux éléments en appui pour les embellir.

D’un côté, ton album est très structuré (Perdere répond à Vincere, Finire à Iniziare), mais de l’autre tu laisses une place à l’approximation. Comment trouves-tu cet équilibre entre organisation et improvisation, entre spontanéité et intellectualisation ?

L’équilibre vient par lui-même quand je travaille sur l’album. Je ne prends jamais consciemment de recul pour prendre du recul et analyser ce que je suis en train de faire. J’ai tendance à attendre et voir comment je le sens. Je laisse les choses prendre la tournure qu’elles doivent prendre. Chaque album est différent, mais j’ai la chance de savoir que tant que ça me rend heureux, peu importe ce que c’est, alors ça rendra quelqu’un d’autre heureux. Ça libère d’une partie du stress qui accompagne le fait de sortir un album, à mon avis.

Ton album est nostalgique, mais il n’est pas triste. Est-ce que pour toi ce sentiment est positif d’une certaine manière ? Est-ce que cet album est une ode à la nostalgie et la mélancolie ?

Je suis d’accord avec toi. La mélancolie n’est pas triste en soi si tu la prends pour ce qu’elle est. En fait, je dirais que c’est même réconfortant. C’est la confirmation que les événements ont fait ce qu’ils avaient à faire, en laissant une trace indélébile sur toi. Mais oui, je dirais que c’est ma manière de dire que les choses qui sont parties ne vont pas revenir, et que, peu importe le souvenir que l’on en a, tout cela est parti.

Ses collaborations dans le monde de la musique

 

Tu travailles avec beaucoup d’artistes. Qu’est-ce qui est le plus important pour toi : tes projets solos ou tes albums communs ?

Je pense que le plus important, c’est que je sois assez chanceux pour pouvoir travailler dans des environnements créatifs différents, avec des gens différents. Ça me maintient en mouvement, et m’empêche de stagner ou de me bloquer sur un seul projet.

Les performances en live sont importantes pour toi. Est-ce que c’est la partie que tu affectionnes le plus dans ton activité musicale ?

Le live est piégeant, comme je me bats toujours pour trouver un moyen adéquat de présenter ma musique. Je ne dirais pas que c’est ma partie favorite, mais je fais de mon mieux pour trouver un bon équilibre entre ma volonté de rendre justice à mon album, et celle d’être créatif chaque soir, en divertissant le public.

À ce sujet, est-ce que ton expérience au côté de Nince Inch Nail a influencé ta manière de faire de la musique ?

À 100%. Ça l’a été, ça l’est, et ça sera toujours une expérience enrichissante et sans prix. Je dois me réinventer en fonction de la mise en scène à chaque fois que nous partons, et on m’a toujours laissé carte blanche pour le faire de la manière qui me semble la plus adéquate. C’est un environnement créatif et fertile pour moi, et c’est comme une famille.

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J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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