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Culture / Divertissement,Musique

Comment Hedonism de Cakes da Killa nous invite à nous épanouir dans les clubs ?

8 Nov , 2016  

Le premier album de Cakes da Killa, Hedonism, est sorti à la fin du mois d’Octobre, album dont l’artiste a fait la promotion le 4 novembre en showcase à Paris. Et pourtant, le rappeur du New Jersey est loin d’être un nouveau venu, du haut de ses 26 ans. Le jeune homme a déjà 5 mixtapes à son actif et une identité musicale très marquée par des sonorités house. Son premier album s’inscrit dans cette lignée : très dansant, peuplé de beats entêtants, l’album est une véritable immersion dans la ballroom scene, scène musicale composée de DJs et de danseurs de voguing, une danse dont les origines se trouvent dans la communauté gay et afro-latino américaine. Ainsi, à travers son album, le rappeur au flow rapide nous invite à nous épanouir, à travers la danse.

Un album en immersion dans le club

Cette véritable plongée dans la vie nocturne de la ballroom scene se voit d’ailleurs dans la structure de l’album. Ainsi, le morceau d’introduction, intitulé « Hedonism », assure la transition entre le précédent EP de Cakes da Killa et ce nouveau projet. On sort de la douce piscine d’amour et de plaisirs du sensuel « IMF », pour mieux plonger dans l’hédonisme de la danse. « Let’s take it to the club » clame le rappeur en clôture du morceau, porté par une production de plus en plus rapide et dansante.

Du club, il en sera bien question en toile de fond durant tout l’album. Dans ce projet dense et nerveux de dix pistes, seules l’interlude « Frostin‘ » et le morceau « Tru Luv » (feat Josh Dst) semblent constituer une pause romantique et douce. Sinon, les pistes nerveuses se succèdent, portées par un rythme obsédant, une pulsation, un battement incessant. On sent cette forme de pouls vitale et accéléré que Cakes da Killa ressent dans le club, particulièrement sur le morceau « Been Dat Did That », où le refrain laisse apparaître ce rythme, proche d’un souffle vital.

Une respiration accélérée, pressante, qui ne s’arrête jamais, comme le montre le très bon « Keep It Goin », deuxième piste de l’album, portée par l’excellent featuring de Calore. On ne sort finalement du club qu’au bout de neuf titres épuisants. Le dixième, « Revelations » constitue une conclusion où Cakes da Killa règle ses comptes avec violence sur une instru rap bien plus « old school » que les précédentes, basée sur un simple sample. L’artiste sort brutalement du club, comme il y était rentrée.

La ballroom scene, lieu d’émancipation

Mais on ne parle pas ici d’un club « banal », mais de la ballroom scene. Cette scène, principalement implantée à New-York (et – depuis quelques années – à Paris, véritable capitale européenne du voguing à travers des soirées comme la Mona), consiste en des soirées clubs de voguing, danse née dans les années 70 dans la communauté afro-latino gay américaine. A l’époque, et toujours aujourd’hui (même si les choses ont beaucoup évolué), la danse était un domaine où s’épanouir pour les membres de cette communauté, se sentant souvent isolés. Le club était un lieu pour se retrouver entre eux, et ainsi trouver un cadre de liberté où s’exprimer, une zone d’agency (c’est-à-dire un endroit où il ont la capacité d’agir librement)

Ainsi, Cakes da Killa a toujours exprimé l’importance qu’a eu la ballroom scene pour lui, dans sa musique comme en interview. En effet, les house (des « maisons » de vogueurs) constituent de véritables familles pour leurs membres, et plus globalement la ballroom scene se révèle souvent être un réel cadre pour ses habitués. Cakes da Killa fait d’ailleurs lui-même depuis peu partie du Qween Beat, un collectif ballroom qui a réalisé son propre ball, le Qweendom ball récemment.

Dès lors, les sonorités house de Cakes da Killa peuvent être rapprochées de celles de la scène ballroom. Sur « Up out my Face »  (en featuring avec Peaches) ou « Keep it Goin », certains passages, certaines voix sont directement inspirées des artisans du son de cette scène musicale. Il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre un beat de Cakes da Killa lors d’une soirée voguing. Et quand on écoute son album, on ne peut s’empêcher d’imaginer des figures de vogueurs : dansant, prenant la pose, se jetant à terre pendant les breaks.

L’hédonisme de Cakes da Killa

Au final, l’album de Cakes da Killa est un appel à danser, inlassablement. Il est presque impossible d’écouter le projet sans bouger. Même si ce n’est avec qu’un doigt, vous ne pourrez pas résister à l’appel du rappeur. Taquin, bondissant, « saucy » (impertinent) – comme il se définit lui-même, Cakes da Killa rebondit sur ses rimes avec dextérité et mène cette danse incessante d’une main de maître.

Mais il ne s’agit pas d’une invitation à la danse comme les autres. La danse de Cakes da Killa est une danse qui appelle à se révéler complètement, à ne pas avoir peur du regard des autres, bref à trouver sa place en étant qui l’on est. Car c’est finalement ça, le but du voguing : s’épanouir, en trouvant sa place, et en s’exprimant pleinement.

Le single New Phone (Who Dis) raconte une rupture de Cakes da Killa. Il supprime de son portable son ex, qui pourrait lui pourrir la vie, entraver à son bien-être. Le message est finalement le même : trouver comment être heureux en trouvant sa place. C’est sans doute en cela que la philosophie de Cakes da Killa est un hédonisme (du titre de son album Hedonism) : c’est une quête de l’épanouissement à laquelle il nous invite. L’hédonisme, c’est en effet rechercher le plaisir, l’hédoné en grec. Mais le mot hédoné en grec signifie à la fois le plaisir pour soi, mais aussi celui que l’on procure aux autres. Et sans doute que l’hédonisme de Cakes da Killa et de toute la ballroom scene, c’est surtout ça : chercher son plaisir, mais aussi à en donner aux autres. Et à l’écoute de l’album, c’est réussi.

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J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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