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Economie,Société

La hausse du Dollar aurait-elle profité à Daesh ?

14 Mar , 2016  

La valeur du billet vert semble poursuivre son ascension. Depuis des mois, la valeur du Dollar grimpe faisant grincer des dents ou se frotter les mains sur les places financières. Cependant, chose improbable, parmi ceux qui auraient profité de la hausse de la devise américaine figurerait Daesh. L’organisation terroriste se serait servie des mouvements sur les marchés pour faire des bénéfices records. Comment et pourquoi l’Etat Islamique aurait eu recours aux marchés de change pour se financer ?

Daesh exploite les failles.

L’information a été dévoilée dans la presse anglaise à la fin de la semaine dernière. Une sous-commission des affaires étrangères s’est penchée sur la question du rôle du Royaume-Uni dans le financement de Daesh. L’enquête a révélé que l’Etat Islamique avait profité de failles dans le système bancaire irakien pour l’envoyer en Jordanie, où des banques complices spéculeraient pour l’organisation.

La sous-commission a estimé que Daesh disposerait d’environ 430 millions de dollars pillés dans les banques de Mossoul. A ces réserves s’ajoutent tous les mois les revenus de leurs activités. Plus insolite encore, l’article du Telegraph sur l’affaire nous apprend que Daesh détourne également les pensions toujours versées par l’Irak à leurs retraités en zone hostile.

Selon la Banque centrale irakienne, 142 bureaux de change géreraient la sortie des capitaux du territoire de l’organisation. Elles constituent la liste noire qu’a dressée l’institution. Normalement, ces organismes n’ont pas accès à la monnaie versée par la banque centrale, mais L’EI aurait trouvé la brèche. En effet, ces bureaux parviennent à prendre part aux enchères de devises habituellement réservées aux banques. L’organisation fait des profits puisque ses taux de change imposés sont largement supérieurs aux taux de change des enchères ou sur les marchés financiers.

La fragilité du marché bancaire irakien a donc permis à Daesh de profiter de la hausse du dollar. L’Etat Islamique a pu spéculer sur le marché mondial. Avec un dollar fort, ils ont pu se procurer plus d’autres monnaies comme l’Euro ou la Livre Sterling. Ils ont généré des profits sur les variations des taux de change. En plus, une monnaie « chère » est une monnaie désirée donc considérée comme sûre. Ce sont des devises prisées par les banques centrales pour leurs réserves. L’Etat Islamique aurait donc fait des profits importants en les vendant aux enchères à la banque centrale Irakienne.

Toujours selon le Telegraph, les profits s’élèveraient à vingt millions de dollars mensuels. L’information a toutefois été relativisée par Thomas Elwood, sous-secrétaire aux affaires étrangères, qui estimait les estimations excessives.

Un besoin de financement croissant

La raison qu’a eue Daesh pour recourir aux marchés financiers est simple : le besoin d’argent. La guerre que livre l’organisation est devenue mondiale depuis la série d’attentats perpétrés l’année dernière. L’Etat Islamique possède des groupes qui lui sont fidèles aux quatre coins du globe. Cependant, cette fidélité a un prix. Il faut que la société mère capitalise ses filiales. Ainsi, le groupe a accru ses dépenses internationales et doit pouvoir fournir des devises de différents pays. Devises que l’on trouve sur les marchés financiers.

Il faut également tenir compte du fait que l’Etat Islamique fonctionne à la façon d’un Etat. Totalitaire certes, mais un Etat tout de même. Cela implique, qu’il a bien évidement une armée, des forces de l’ordre mais aussi une administration et des services publics qu’il faut financer. Pour y parvenir, ils ont recours à la production et vente de pétrole, la production agricole qu’ils ont réquisitionnée, et des activités illicites telles que le pillage et le kidnapping, en plus des taxes et des impôts. On estime que toute cette production rapporterait à Daesh environ 750 millions de dollars par an. Toutefois, face à ses pertes de territoires et surtout à la baisse du prix du pétrole, l’organisation a dû trouver des moyens de compenser les pertes.

Ils subissent aussi les effets économiques de leur politique. Leur territoire est isolé au coeur d’un conflit qui en fait un champ de bataille. L’Etat islamique ne respecte pas le droit de propriété et s’adonne à de nombreuses extorsions. Et enfin, la Charia limite bon nombre d’activités professionnelles, notamment aux femmes. On a donc un état où on ne peut investir puisque l’incertitude et l’insécurité règnent. Où le capital humain est sous-estimé et où la main d’oeuvre est divisée par deux.

 On peut y voir aussi la preuve de l’existence d’un business model dans Daesh. L’Etat islamique est aussi une organisation qui cherche à générer un profit. En ce sens, elle rejoint les mafias, qui cherchent à rapporter toujours plus d’argent afin de pérenniser leur activité, leur cause. Il est donc possible que le recours aux places financières serve à soutenir l’expansion de nouvelles activités illicites.

Un danger économique et politique

Cette nouvelle a une importance capitale sur un plan économique pour la région. Tant que l’activité économique de Daesh restait cantonnée à son territoire et principalement liée à la vente de pétrole, son influence sur l’économie de la région restait limitée. Mais désormais, l’organisation est passée à une autre dimension : celle de la finance.

Si les liens entre l’EI et les banques jordaniennes sont réels, cela signifie que ces institutions pourraient subir une influence croissante de Daesh. Elles seraient fortement liées aux injections mensuelles de capitaux de l’Etat terroriste. Il deviendrait un client de première importance, si l’on venait à laisser ses principes moraux à la porte.

L’organisation pourrait aussi trouver le moyen de diversifier son activité financière. En étant un client dans une banque, vous pouvez disposer d’un portefeuille de titres. L’organisation pourra donc acheter des actions, des titres de dettes et tous types de produits. Spéculer dessus ne ferait qu’engendrer plus de revenus pour l’organisation. Ce serait même une façon de blanchir les fonds qu’ils ont dérobés.

L’implantation économique de Daesh est de mauvais augure. Elle renforce la position politique de l’Etat islamique sur la région. L’organisation est, en effet, plus liée au fonctionnement de la région, donc à sa dynamique. Cela représente un risque d’une grande magnitude étant donné que plus les liens économiques de Daesh et de la région sont étroits, plus elle risque de souffrir de la chute de l’Etat islamique. Sa destruction peut donc devenir moins désirable et l’organisation peut même devenir un allié de choix. Le temps joue donc en leur faveur, et la situation risque de devenir plus critique pour les Etats proche-orientaux.

Il est donc urgent d’intervenir afin d’endiguer l’avancée économique de l’Etat islamique. Leurs dirigeants semblent avoir passé un cap dans leur stratégie en s’assurant une base économique. En effet, lorsqu’il n’était qu’une armée, le groupe terroriste ne représentait qu’une menace pour les individus. Mais en étant un partenaire commercial, elle commence à partager des intérêts et donc à s’implanter. S’ils y parviennent, ce pourrait être la plus grande défaite que pourrait essuyer leurs opposants, quels qu’ils soient.

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