Fourth World Music

Culture / Divertissement,Musique

La Fourth World Music, qu’est-ce que c’est ?

9 Juil , 2017  

Pendant l’été, Juste1Question vous fait découvrir des genres musicaux électroniques oubliés, peu connus voire méconnus. Aujourd’hui, pour ouvrir cette série d’article, plongée dans la Fourth World Music…

La Fourth World Music, c’est une création de Brian Eno et Jon Hassell au départ, en 1980. Les deux hommes sortent à l’époque un album commun, Fourth World Music Vol. 1 : Possible Musics. Par un travail sur les sonorités ambiantes, le mythique créateur de l’ambient ayant collaboré avec Bowie et le trompettiste ayant croisé la trompette jazz aux musiques électroniques et indiennes tentent de créer un nouveau genre musical.

Sur l’album, dominé par la trompette de Hassell, les musiques électroniques ambiantes se mêlent à une diversité d’influences, de partout dans le monde. Hassell définit ce genre musical comme un « son unifié à la fois futuriste et primitif, combinant des éléments de world music (Musique du Monde) ethniques et des techniques électroniques avancées ». Autrement dit, le genre se veut une combinaison des contraires.

En effet, il se veut une combinaison de la world music et des musiques électroniques. Cela implique un contraste entre des sons traditionnels et des sons futuristes, délivrant une paradoxale nostalgie futuriste. C’est aussi le contraste entre un son organique et un son synthétique. C’est également le contraste entre un son très ancré géographiquement (on définit la world music par là d’où elle vient), et un son qui veut dépasser cette spatialité (le Quatrième Monde). En effet, si le terme de Fourth World peut désigner la partie la plus pauvre du globe (le Quart Monde), il y a tout à parier qu’ici, elle désigne davantage un monde surhumain et au delà de toute inscription spatiale et chronologique, un peu comme celui du comic de Jack Kirby paru dans les années 70, The Fourth World.

Le comic se déroule en effet dans un monde autre que le notre, entre les planètes de New Genesis et d’Apokolips. La série fut constituée de trois séries de comics : The Forever People, The New Gods, et Mister Miracle. De miracle, il en est question dans une compilation sortie récemment : Miracle Steps (Music From The Fourth World 1983 – 2017), le titre reprenant un morceau de John Hassell. Quel intérêt d’une telle compilation près de quarante ans après l’album d’Eno et Hassell ?

C’est que le terme de Fourth World Music dépasse aujourd’hui largement le simple album collaboratif des deux compositeurs. Certains albums ont même été considérés rétroactivement comme appartenant à ce genre, alors qu’ils dataient d’avant 1980, comme les travaux du musicien mexicain Jorge Reyes. Aujourd’hui, le genre musical reste très influent, notamment dans la musique de jeux vidéos. L’idée reste la même : ce mélange de world music et de musique électronique ambiante, chère à Brian Eno, et particulièrement en vogue au tournant des années 1980. En effet, en 1977, le terme de soundscape (paysage sonore) a été créé par Raymond Murray Schaffer.

Ce terme, mot-valise entre sound (son) et landscape (paysage), désigne l’environnement sonore immersif qui nous entoure à un certain moment. Ainsi, si je suis dans la rue, je n’aurais pas simplement sous les yeux un paysage urbain, j’aurais aussi « sous les oreilles » un paysage sonore. Au premier plan, il y aura les sons à valeur signalétique (ceux que l’on identifie le plus facilement car ce sont des signaux : un klaxon par exemple). À l’arrière plan, il y aura les sonorités maîtresses (le bruit du vent par exemple) qui ne sont pas systématiquement perceptibles mais qui pourtant plantent le décor. Enfin, il y aura les marqueurs sonores : ce sont les sons caractéristiques d’un lieu (le ronronnement permanent des voitures à Paris).

Très vite, le terme et le concept sont repris dans le champ musical. Parfois en utilisant des sons « du réel » et non seulement des instruments, les compositeurs dessinent un paysage sonore, cherchant à emmener l’auditeur quelque part. Les morceaux sont longs, ambiants, et, plus qu’une mélodie, sont une superposition sonore (comme les trois plans évoqués plus hauts) qui créent une atmosphère, puis un paysage.

Entre paysages sonores, musiques du monde, musiques électroniques, musiques ambiantes et psychédélisme, la Fourth World Music reste compliquée à définir. Il n’y a pas de définition fixe. Le site musical Passion of the Weiss remarque assez justement que le genre pourrait aussi être défini comme consistant en des musiciens européens jouant des instruments de world music, ce qui peut être lu avec un regard critique également. Sa définition prête donc à controverse, et c’est également une des motivations de la compilation sortie cette année.

En effet, cette compilation est le fruit de deux sélectionneurs de musique, JD Twitch du label Optimo Music et l’écrivain et DJ Fergus Clark, et au cours de l’album chacun donne sa définition de la Fourth World Music, à travers sa sélection. Il s’en dégage une série de titres planants, semblant venir d’un futur triste et rêveur, comme dans le morceau Ethel I de Vulgata, sans doute le plus étonnant de la compilation. Comme Fergus Clark le précise dans la description de l’album, un dernier contraste de cette musique du Quatrième Monde apparaît : celui entre le voyage dans les différentes musiques venant du monde entier, et le sentiment de voyage intérieur que procure cette musique à l’écoute. Des horizons s’ouvrent à la réflexion à l’écoute de l’album, entre extériorité et intériorité.

Entre voyage autour du monde et méditation intérieure, entre électronique et organique, entre futur et nostalgie, entre instruments à la pointe de la technologie et d’autres faits avec les moyens du bord, entre rythmes terriens et mélodies aériennes, la Fourth World Music vise sans doute à soulever des frontières, à les effacer, pour proposer un nouveau monde, intérieur, un Quatrième Monde.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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