footwork

Culture / Divertissement,Musique

La footwork, qu’est-ce que c’est ?

21 Juil , 2017  

Pendant l’été, Juste1Question vous fait découvrir des genres musicaux électroniques oubliés, peu connus voire méconnus. Aujourd’hui, pour ce deuxième volet de la série, on vous fait découvrir la footwork.

Une musique qui puise ses origines dans la danse

Pour comprendre ce qu’est la footwork, en écouter ne suffit sans doute pas. Il faut aussi en voir. La footwork, au départ, n’était en effet pas un genre musical, mais une danse. De loin, on pourrait la rapprocher du breakdancing, mais ses mouvements sont plus rapides, et essentiellement centrés sur des mouvements de pieds, extrêmement saccadés, les bras suivant globalement leurs mouvements. Le genre musical qui a suivi n’était au départ qu’une série de pistes sonores vouées à accompagner les battles des jeunes de Chicago, battles entre les adolescents des quartiers populaires qui ont structuré ce genre.

Car pour comprendre ce qu’est la footwork, il faut aussi savoir dans quelle ville elle est née – et globalement dans quelle ville elle se fait majoritairement même aujourd’hui. Le genre musical est en effet originaire de Chicago, à la fin des années 90. La ville à l’époque est à la fois la capitale de la house, et une ville où la culture hip-hop est en pleine explosion, avec le rap dit midwest mené par Twista ou Common, qui utilisent des samples de jazz ou de soul.

C’est à la croisée de ces deux cultures que se constitue le genre musical qu’est la footwork, chargé de tout l’héritage musical des musiques électroniques « noires » des années 90. Dans le footwork, on entend la Miami bass, la juke, la ghettotech de Détroit, et évidemment la house. Là où le footwork se détache, c’est par son BPM très élevé (160 BPM) qui lui donne un rythme particulièrement soutenu, idéal pour exécuter les mouvements de danses à son origine. Là où la ghetto house accélérait par rapport à une rythmique house « classique », la footwork accélère par rapport à la ghetto house, et même par rapport à la booty house et ses 145 BPM.

Longtemps, cette musique est restée extrêmement locale. Pour écouter de la footwork et en voir, il fallait traîner dans les quartiers populaires de Chicago. Puis, au tournant des années 2000, internet contribua à faire exploser ce genre musical hors des frontières de la ville. Au départ indissociable de la danse, il évolua, s’autonomisant, et gagnant en diversité musicale. Porté par des pionniers comme RP Boo ou le mythique DJ Rashad, le genre musical gagne une réputation dans le milieu underground à l’international.

Pour comprendre ce qu’est la footwork enfin, il faut comprendre une date charnière, dans l’histoire de cette musique : le 26 avril 2014. Cette date, c’est la date du décès de DJ Rashad. On aurait pu penser que cette date marquerait la fin de la footwork, genre musical qui déclinait déjà un peu au virage des années 2010. En effet, DJ Rashad était plus qu’un footworker parmi d’autres. C’était l’âme même de cette musique, celui qui l’accompagnait depuis le début et qui portait son étendard. Comme la mort de The Jacka a affecté durant des années le rap de la Bay Area, la mort de DJ Rashad semblait vouée à faire s’effondrer la scène locale qu’est la footwork.

Et pourtant, la footwork depuis continue de se développer. En 2011, une compilation était sortie (Bangs et Works Vol 1. : A Chicago Footwork Compilation), exposant au grand public l’histoire d’un genre longtemps resté local et communautaire. Ce déploiement continua à se faire après 2014, avec toute une génération de nouveaux DJs qui jouèrent avec ses codes, à la modifier, à la mélanger à d’autres sons, pour continuer à faire évoluer ce genre musical, et en même temps continuer à le populariser.

La footwork à l’heure de la mondialisation des genres musicaux locaux

On peut citer trois producteurs de cette nouvelle génération : DJ Earl – élève de Rashad, qui réussit à faire un album de footwork mélancolique, Cakedog, un DJ de Los Angeles qui découvrit le footwork, se passionna pour cette musique, et contribua à le développer sur la côte Ouest, tout en faisant attention à ne pas se l’approprier, ou encore Jlin, sans doute la footworkeuse la plus en vue du moment. Avec son album mêlant footwork et inspirations orientales, la jeune femme fut chroniquée par Pitchfork aux Etats-Unis, et en France par les Inrocks ou Libération. Alors, après la mort de DJ Rashad, le footwork va-t-il s’imposer comme une des musiques électroniques mondiales les plus en vues, à l’image du dubstep il y a quelques années ?

Cette perspective suscite envie et crainte. Envie, parce que l’énergie de la footwork, ponctuée par ces cris répétés en boucle et cette rythmique obsédante, est unique. Crainte, parce que le genre risque d’être pillé, approprié, et perdre son âme, venue des ghettos de Chicago. La footwork est une musique électronique qui ne s’est pas (encore ?) faite approprier par les européens et les caucasiens, à l’inverse de la house. C’est une musique particulière, associée à un style de danse qui ne se fait qu’à Chicago. Aujourd’hui, on peut s’interroger sur cette tension entre évolution et déformation de ce genre musical qui est peut-être à un tournant majeur de son histoire, près de trente ans après sa création.

Chance The Rapper, figure de proue du rap de Chicago, assume l’importance qu’a eu cette musique et cette danse dans sa formation artistique. Le producteur Londy a rencontré la communauté footwork japonaise, et en a tiré une série d’EP mêlant rythmique footwork et funk et soul japonaise des années 70 et 80, série dont le dernier volet est particulièrement réussi. Bref, si de loin on pourrait avoir l’impression que la footwork est une musique sur le déclin, elle semble aujourd’hui ressurgir, comme si elle avait été inscrite dans une forme d’inconscient collectif durant toutes ces années, influençant de nombreux artistes, et qu’aujourd’hui elle ressurgissait à leur conscience. A l’heure de l’intégration de la footwork au son électronique mondial, il ne faut pas oublier d’où elle vient, qui l’a faite, et dans quel contexte elle s’inscrit.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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