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Cinéma,Culture / Divertissement

Quels films (re)voir de la première Nuit des César ?

11 Mar , 2018  

En avril 76, Jacques Chirac était premier ministre et Valéry Giscard d’Estaing président. Simone Veil était ministre de la Santé. Le film Emmanuelle était encore à l’affiche d’un cinéma sur les Champs-Elysées, depuis sa sortie en juin 1974. Claude François, Michel Sardou et Sylvie Vartan caracolaient en tête des ventes en France, tandis que Abba, les Bee Gees et Barry White tenaient les premières places des charts internationaux. Avril 76, c’est aussi la première « Nuit des César » ainsi que s’appelait alors la cérémonie célébrée pour la quarante-troisième fois la semaine dernière.

La cérémonie
Cette première cérémonie eut lieu le 3 avril 1976 au Palais des Congrès. L’Académie des Arts et Techniques du Cinéma, dont les membres votent pour la cérémonie des César, avait été créée en 1975 à l’initiative de Georges Cravenne, attaché de presse, journaliste et producteur de cinéma.
La première cérémonie des Oscars avait eu lieu, elle, en 1929, et c’est en pensant à son ami, le sculpteur César, que Georges Cravenne, a-t-il dit, eut l’idée de faire naître cette cérémonie au nom sonnant comme un écho à la cérémonie américaine. C’est donc le sculpteur français qui créa l’œuvre dont les trophées sont des reproductions.

Le sculpteur César et Georges Cravenne

Le sculpteur César et Georges Cravenne

Les noms du président de cérémonie, du maître de cérémonie, et du président de l’Académie ont la couleur passée et cotonneuse des années 70 : respectivement Jean Gabin, alors dans la dernière année de sa vie, Pierre Tchernia et le réalisateur Robert Enrico.
Aujourd’hui, le nombre de trophées remis peut atteindre jusqu’à vingt-deux, mais à l’époque, il n’existait que treize récompenses. Attachons-nous donc à ces dernières.

César du meilleur film français : Le vieux fusil de Robert Enrico

Ce film, nominé dans neuf catégories, obtint trois récompenses en 1976. Production franco-allemande (Allemagne de l’Ouest), il se déroule peu après le débarquement en Normandie du 6 juin 44 et s’inspire du massacre d’Oradour-sur-Glane (10 juin 1944). Immense succès commercial, il divisa la critique professionnelle lors de sa sortie car c’est un des rares films français du genre appelé « rape and revenge » en anglais : c’est-à-dire un film de justice expéditive. La trame est l’histoire d’un médecin (Philippe Noiret) se vengeant du meurtre de sa femme (Romy Schneider) et de sa fille par des soldats SS. L’originalité de la mise en scène est donc la construction du film sur une série de flashbacks, à partir desquels le spectateur pénètre dans l’histoire d’amour entre les époux.
Les scènes très violentes et l’aspect manichéen du film dans lequel les Allemands sont caricaturés en monstres sans humanité sont ce qui hérissa le plus les critiques. Toujours est-il que l’aura tragique de Romy Schneider, le personnage touchant de Philippe Noiret et le jeu entre souvenirs, fantasmes et remords, comme ils avaient conquis le public, conquirent les membres de l’Académie (présidée par le même Robert Enrico par ailleurs). Le César du meilleur acteur fut attribué à Philippe Noiret pour ce rôle impressionnant de justicier froid et déterminé en lequel sommeillent culpabilité, déchirure amoureuse et dévotion envers cette femme qui lui a été enlevée.
Les relations entre les deux acteurs principaux auraient été plus que tendues sur le tournage, Romy Schneider se comportant comme la déesse du cinéma qu’elle était alors, agaçant son partenaire. D’autres actrices dont Catherine Deneuve furent envisagées mais seule Romy Schneider avait alors une présence assez perturbante et frappante à l’écran pour n’apparaître que par fragments dans un film dont elle est l’orbite.
Ce drame, un peu excessif dans sa dimension sanguinaire, est sublimé autant par la délicatesse des souvenirs amoureux obsédant son personnage principal que par la musique, sobre, glaçante et émouvante de François de Roubaix, qui obtint le César de la meilleure musique, à titre posthume puisqu’il était mort l’année précédente, pour encore ajouter à l’atmosphère étouffante de ce film. C’est son père qui vint récupérer la récompense à sa place.
A revoir au moins par curiosité pour ce à quoi peut bien ressembler un Justicier dans la ville (Michael Winner) français, et surtout un Philippe Noiret jouant à Charles Bronson.

Bande-annonce du film :

César de la meilleure actrice

Romy Schneider reçut cette récompense pour L’important c’est d’aimer de Andrzej Zulawski, film qui ne fut nominé que dans cette catégorie. Comme une volonté de récompenser l’actrice pour sa prouesse : abîmer définitivement son image de diva pour apparaître, fragile, humiliée, dans un drame où elle joue une actrice tournant des films pornographiques pour survivre. Un photographe (Fabio Testi) tombe amoureux d’elle et tente de l’aider, tandis qu’elle lutte pour ne pas succomber à l’amour qu’elle éprouve pour lui et rester fidèle à son mari (Jacques Dutronc). La musique est de Georges Delerue, et a des airs de Mépris, lorsqu’elle accompagne le poignant personnage du mari, terrassé à l’idée que l’amour de sa femme ne soit que de la pitié.
A (re)voir en ayant plus de dix-huit ans pour être dans l’atmosphère d’époque, dans le noir pendant la journée – le scénario est inspiré de La nuit américaine de Christopher Frank – , en déshabillé de soie et avec un rosé pas trop fruité.

Romy Schneider dans L'important c'est d'aimer

Romy Schneider dans L’important c’est d’aimer

César de la meilleure actrice dans un second rôle et du meilleur acteur dans un second rôle

Deux icônes du cinéma français obtinrent ces récompenses : Marie-France Pisier dans Cousin Cousine de Jean-Claude Tacchella ainsi que pour Souvenirs d’en France d’André Téchiné et Jean Rochefort dans Que la fête commence de Bertrand Tavernier. Ce dernier film obtint également le César du meilleur scénario, adaptation et dialogues remis à Jean Aurenche, le César du meilleur réalisateur et le César des meilleurs décors. Les décors sont en l’occurrence une reconstitution de la Cour de France lors de la régence de Philippe d’Orléans (joué par Philippe Noiret), transformée en vaste terrain de badinage et de luxure. Toutes ces récompenses ont pu paraître un brin exagérées, compte tenu des anachronismes assez grossiers du film et des dialogues somme toute un peu forcés, mais on pardonne tout à qui nous fait rire.
Souvenirs d’en France est à ne pas oublier lors d’une après-midi déclinante, égayée par cette atmosphère feutrée de bourgeoisie provinciale, Jeanne Moreau dans le rôle principal, les « Foutaises ! » dédaignées par Marie-France Pisier. Du thé, de la brioche, et le cœur national.
Marie-France Pisier dans Souvenirs d'en France

 

Marie-France Pisier dans Souvenirs d’en France

César du meilleur son et César de la meilleure photographie

C’est un film très angoissant et fantastique qui remporta ces deux prix, Black Moon de Louis Malle. On y trouve beaucoup d’animaux – la bande-annonce originale comportait un plan de trente-cinq secondes (sur une minute quarante-sept) sur un blaireau – , des hommes nus, une licorne, et en arrière-plan, une guerre opposant les hommes aux femmes. Au début du film, il est recommandé au spectateur de ne pas chercher de logique à la trame mais de la recevoir comme un rêve.
Dont acte, et sans excuse, puisque ce film sera projeté le 17 mars à la Cinémathèque Française.

Cathryn Harrison dans Black Moon

Cathryn Harrison dans Black Moon

Enfin, le César du meilleur montage échut au film Sept morts sur ordonnance de Jacques Rouffio et celui du Meilleur film étranger à Dino Risi pour Parfum de femme (Italie). L’occasion de voir, d’une part, Gérard Depardieu, Michel Piccoli, Jane Birkin et Marina Vlady réunis dans un film à énigme du dimanche soir et, d’autre part, de se laisser convaincre par Vittorio Gassman, jouant un aveugle avide de plaisir et de femmes, et se lancer dans un tango.

« Non c’è possibilità di errore nel tango, non è come la vita, è più semplice. Per questo il tango è cosi bello, commetti uno sbaglio ma non è mai irreparabile. »

« On ne peut pas se tromper dans le tango, ce n’est pas comme dans la vie, c’est plus simple. C’est pour cela que le tango est si beau, tu fais une erreur mais ce n’est jamais irréparable. »

Nostalgie

S’il n’est pas resté grand-chose ni des imprimés fleuris de la robe de Romy Schneider lors de la cérémonie, ni de la sobriété avec laquelle Jean Gabin et Michèle Morgan énonçaient les gagnants, il nous reste donc du moins beaucoup de bobines à revoir : certains de ces films ont sombré dans l’oubli mais d’autres fascineront encore.

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