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Economie : Le risque Le Pen / Mélenchon est-il réel ?

13 Avr , 2017  

Depuis quelques jours, les marchés s’alarment. Les sondages pointent une percée remarquable de Jean-Luc Mélenchon. A moins de 15 jours du premier tour, les bourses européennes anticipent un nouveau phénomène : après la possibilité Le Pen, l’éventualité Mélenchon fait son apparition. Le scénario des extrêmes fait trembler les marchés européens. Toutefois, y a-t-il de quoi craindre le pire ?

La bataille pour l’Europe

Evidemment, si l’un des deux candidats arrive au pouvoir, la sortie de l’Europe ne se fera pas tout de suite. De fait, d’après eux, la volonté initiale est de renégocier les traités européens. On pourra voir alors se déclencher une véritable bataille pour l’Europe. Car la seule chose qui maintenait l’Union stable jusqu’à présent c’est la position médiatrice de la France entre le Sud et le Nord de l’Europe. On pourrait donc imaginer la France à la tête de la Coalition du Sud. Le scénario est quasiment certain si Mélenchon arrive au pouvoir. Le député européen est proche des gouvernements de gauche et, de par ses positions indulgentes vis-à-vis de l’Europe de l’Est, peut s’affirmer comme leader parmi les derniers entrants dans l’UE.

Le scénario est moins sûr pour Marine Le Pen. Pour la présidente du Front National, les opinions sont exécrables de part et d’autre de la barrière. Occupée à radicaliser les siens comme ses adversaires, la candidate trouvera face à elle des murs qu’elle ne comptait pas bâtir et pourra difficilement compter sur une alliance solide.

S'il venait à être élu, Mélenchon représenterait un plus grand risque pour les marchés.

S’il venait à être élu, Mélenchon représenterait un plus grand risque pour les marchés.

Economiquement, cette instabilité serait hautement préjudiciable. Comment investir dans continent en proie à des combats idéologiques qui radicalisent de jour en jour un peu plus la population ? Comment maitriser ses affaires sur long-terme, si lui-même n’est pas certain ? Sur quelles règles, sur quelles bases pourra-t-on reposer ? L’incertitude est évidemment le principal danger auquel sont confrontés les investisseurs. L’Europe est la principale place pour investir dans le monde, plus que la Chine ou les Etats-Unis. Cette « guerre » à laquelle se préparent tant les candidats que leurs opposants pourrait signer la fin de cette hégémonie. Les investisseurs chercherait des places plus rentables à défaut d’être plus stables. On pourrait assister à deux phénomènes : la généralisation de la spéculation mondiale et le déclin de l’Europe dans le monde.

Si l’on pousse le scénario catastrophe un peu plus loin, le marasme économique et politique génèrerait un cercle vicieux qui déboucherait sur l’éclatement de l’Europe. Car oui, si les pays rejoignent l’UE, c’est parce qu’elle est source de rentabilité, et non de croissance. Quel intérêt de rester dans ce qui serait devenu un véritable no-man’s-land ? Poutine pourra s’en frotter les mains.

L’indépendance ou la mort ?

Pourtant, la bataille pour l’Europe pourrait ne même pas avoir lieu. Et ce même en cas de victoire des deux « anti-européens ». Car il y aurait une solution qui résoudrait les déséquilibres sur lesquels reposent leurs campagnes. Tant Marine Le Pen que Jean-Luc Mélenchon pointent une Europe inégalitaire qui bénéficie aux grandes entreprises et aux hauts revenus. Une Europe qui se veut sociale tout en creusant les inégalités. Cet argument est vrai : en Europe s’opère une véritable redistribution à rebours. Un phénomène qui consiste à concéder des cadeaux fiscaux aux plus aisés, emprunter l’argent qu’ils ont économisé, et se servir des impôts pour payer leurs intérêts. L’inégalité fiscale est aussi au coeur de la compétitivité européenne et Marine Le Pen en fait son principal argument.

Mais comment réformer l’Europe pour mettre fin à cette iniquité au sein du marché et de la société. Peut-on le faire sans contraindre aucun pays. Oui c’est possible. La méthode est simple : l’Union budgétaire. La sacre-sainte solution pour les économistes « Keynésiens ». Il s’agirait d’unifier les budgets européens afin d’investir en commun pour relancer l’économie dans toute l’Union. Elle effacerait les effets négatifs de la concurrence, réduirait le chômage dans l’UE, réduirait la pression sur la dette et garantirait la stabilité économique au sein de l’Union.

Difficile de parler d'Union dans une Europe divisée

Difficile de parler d’Union dans une Europe divisée

Cependant, l’union budgétaire implique aussi une union fiscale. Les pays devraient donc harmoniser leurs taux d’imposition. On voit donc un premier obstacle à la mise en place de cette union. Beaucoup de pays perdraient des avantages comparatifs aux autres en augmentant leurs impôts.

Autre obstacle : la dette. Rares sont les opinions en Europe favorables à une mise en commun de la dette. Entreprises comme particuliers ne supportent plus la pression fiscale opérée depuis le tournant de la rigueur. En plus, il faudrait payer pour les autres pays ? L’argument moral pèse considérablement sur la balance, soutenu notamment par l’Allemagne.

Si sa mise en place ne plait pas à tout le monde, l’union budgétaire pourrait être mise en place dans une partie de l’Europe. Comme pour la zone Euro. Elle serait salvatrice pour des pays tels que la Grèce ou le Portugal qui aujourd’hui doivent se plier à la concurrence internationale et à la Troïka. L’union budgétaire mettrait fin à l’austérité imposée dans ces pays et rassurerait les marchés quant à leur dette. De plus, cette initiative serait le dernier pas avant l’Union politique de l’Europe. Le lien permettant aux pays de se coordonner totalement ensemble et de créer un véritable lien européen. Elle serait comme pour la zone euro accessible à ceux qui le souhaitent.

Le dogme du profit et la rentabilité de la peur

L’élection de Le Pen ou de Mélenchon présente des risques réels pour l’économie à moyen-terme. La crainte des marchés vient du fait que le seul obstacle face à leurs idées est le peuple. Un peuple dont l’opinion change aussi vite que la sienne, et qui peut jouer largement en sa défaveur.

Toujours est-il que le marché ne pointe jamais le manque de flexibilité des responsables européens. Sans doute parce que cette rigueur a assuré pendant des années les profits des grands groupes. On voit aussi que des décisions progressistes comme l’Union Budgétaire qui pourrait résoudre à court terme les problèmes économiques de l’Europe ne sont jamais envisagées dans leurs calculs. Ce qui propage le sentiment de panique au sein des entreprises.

« Mélenchon, c’est le Vénézuela; Le Pen, c’est l’Argentine » : Pierre Gattaz pesant ses mots sur la politique des extrêmes.

Ce que l’on peut observer dans cette réaction de crainte des marchés c’est leur intolérance à la moindre politique qui ne va pas dans leur sens. Si une politique économique ne maximise pas les profits, elle est inefficace. Si l’on ne favorise pas les entreprises, alors on les asphyxie. Le dogme du profit règne en Europe et bloque, tout autant que les autres, le progrès social dans l’Union. L’incapacité du courant libéral à concéder des réformes sociales en Europe montre leur volonté de garder la main sur le projet européen.

L’intolérance c’est ce qui caractérise le dogme. Le dogme génère la crainte, la suspicion et les divisions. Et c’est précisément sur ses faiblesses humaines que se reposent la spéculation. Cette frayeur permet a certains de manipuler l’information, les prix et gagner sur l’insécurité. Ainsi, le taux d’intérêt français a augmenté à cause d’un simple sondage. La France emprunte plus cher aujourd’hui pour 10 ans, alors qu’il ne s’est toujours rien passé. Et ce quoiqu’il arrive. C’est ce qu’on appelle la rentabilité de la peur.

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