67-euro-daling-550x423

Economie

En économie, les choix les plus sûrs sont-ils toujours les meilleurs ?

8 Avr , 2016  

Force est de constater que depuis la crise de 2008 le maître mot en économie est : sécurité. Il faut savoir placer son argent de façon optimale. Surtout pas de gâchis, « Nous vivons une époque où le lendemain n’est pas acquis. ». C’est la formule couramment utilisée comme argument pour le retour à la croissance, celle qu’on désire tant. Et pourtant, la croissance ne vient pas depuis quelques temps… En dépit de tous les efforts d’austérité pour rassurer les marchés financiers, l’investissement ne repart pas. Pourquoi dans une économie aussi sécuritaire on n’ose pas produire?

Une économie traumatisée

Évidemment, ce qui bloque nos économies et qui nous pousse à chercher la sécurité c’est un mot : crise. On n’imagine pas à quel point il peut avoir de l’impact sur l’économie. Sans cesse répété dans les médias, martelé dans les discours politiques, rabâché dans les conversations au bistrot, ressassé par les artistes… Il revient sans cesse depuis des années, un son strident qui ramène avec lui des souvenirs désagréables. Et c’est précisément là que ce trouve le problème : les mauvais souvenirs. Le krach de 2008 met fin à une époque de croissance exceptionnelle. La crise détruit les projets d’une génération sous forme de licenciements massifs et de faillites multiples. Le chômage n’épargne personne, même les plus haut-placés. Le choc est d’autant plus important que rien ne semblait augurer ce scénario catastrophe.

Après vingt ans d’euphorie libérale, l’économie semblait se réveiller d’une gueule de bois qu’elle n’avait pas connu depuis cent ans. En effet, cette crise présente de grandes ressemblances avec celle des années 30. Là aussi, un krach boursier a provoqué la plus grande dépression économique de l’histoire. Les conséquences du phénomène sont aussi proches : Chômage de masse, pessimisme économique, discrédit politique, montée des idéologies extrémistes. De fait, nos économies ont fait un « bad trip » en quelque sorte. Et après avoir passé très près du pire, on se dit qu’on ne veut plus jamais revivre ça. Il y a une effet de traumatisme. On cherche à faire l’inverse de ce que l’on a fait avant. On passe d’un état de « junkie » à l’état de « sevrage ». Désormais, on cherche à vivre une vie saine, à avoir un comportement plus responsable. Et pourquoi pas à devenir un modèle de vertu.

Un système asphyxié

C’est alors que les agents économiques se mettent à mépriser toute situation à risque élevé. Pour repartir sur de bonnes bases, l’économie doit être solide et saine. Ainsi, se développe une économie puritaine et bien-pensante. Un système fondé sur un assainissement des budgets nationaux, la recherche de placements financiers réputés sûrs et la chasse aux imperfections du marché. L’intention est l’une des meilleures puisqu’il s’agit de repartir dans une atmosphère de justice, de responsabilité et donc de fiabilité économique. On est loin de la déchéance qu’on vivait auparavant, maintenant on se concentre sur du concret.

Le problème c’est qu’à cette recherche d’une économie équilibrée s’est mêlée la panique. Les crises de confiance successives ont poussé les Etats et les institutions économiques, notamment européennes, à aller de plus en plus loin dans la sécurité économique.

En effet, les crises des dettes européennes, et particulièrement celle de la crise grecque, ont plongé l’Europe dans le doute. Le doute sur son avenir : sera-t-elle à la hauteur du danger qui se profilait ? Elle qui semblait à peine remise d’une crise d’ampleur mondiale. Le doute sur ce qu’elle est : L’Europe était-elle une union, une communauté ou une somme d’États? Les dirigeants ont encore une fois fait le choix de la sécurité, mais aussi de la contradiction.

C’est le mot qui convient le mieux aux politiques engagées. En effet, pour sauver la Grèce, on lui prête des sommes suffisantes mais à condition de plans d’austérité qui la suffoquent. Pour venir en aide aux systèmes bancaires, la BCE débloque des milliards d’euros tout en veillant … Dans cette quête de sécurité, ces institutions n’ont jamais réussi elles-mêmes à l’inspirer.

De l’insécurité à l’incertitude

Nous avons donc une économie qui porte encore des séquelles de la crise. L’immense majorité des agents économiques ont une phobie du risque, que ce soit des ménages, des entreprises ou des institutions. Et les institutions économiques qui non-seulement ne parviennent pas a rétablir l’équilibre mais en plus contribuent a empirer la situation. Un climat d’insécurité économique s’installe. Les agents commencent à douter de leurs propres institutions, et propagent ce sentiment au reste de l’économie. Si l’État l’avenir de l’État lui-même est incertain, alors celui les banques aussi, et donc celui les entreprises, et donc celui les individus… Un cercle vicieux qui trouble leur jugement.

Dès lors, on va chercher des investissements sûrs avec un minimum de risque, le long-terme n’est plus garanti. Il faut assurer les revenus du lendemain, de sécuriser ce qu’on a déjà. Les agents naviguent à vue dans un brouillard qui leur semble impénétrable. Mais est-ce qu’on peut considérer ses choix comme sûrs, s’il s’agit avant tout d’avancer à l’aveugle? Bien évidemment non, on se saborde au contraire. Lorsqu’on fait le choix de la sécurité de court terme, on s’expose à être pris par le temps lui-même. On enchaîne les journées maigres en attendant que la situation s’améliore. Sauf que si rien n’est fait, c’est un cycle sans fin d’austérité que l’on fait subir à soi-même. Il y a donc des choix peu dangereux en économie, mais ils ne sont pas sûrs. L’austérité peut être utile pour stabiliser une situation, pour y voir plus clair. Mais sur le long-terme, elle ne fait que perpétuer le sentiment d’insécurité qui règne après une crise.

Encore de l’audace

Dans ce cas, comment sortir du cercle vicieux de la crise ? Comment faire disparaître les séquelles que les agents portent en eux ? Comment avoir de nouveau confiance en l’avenir. Comme le disait Danton, de l’audace. Il est aisé de prendre l’initiative lorsque tous les signaux sont au vert et que l’avenir semble magnifique. Il nécessaire de la prendre lorsque le climat est morose. Tant pour soi, étant donné qu’il y a plus de place sur le marché vu que des entreprises ont fait faillite. Tant pour les autres, il s’agit de donner l’opportunité a des individus de montrer ce dont ils sont capables en trouvant un emploi. Le courage de quelques individus peut aider toute une société à se relever, à croire en elle-même.

Et c’est précisément ce dont notre économie a besoin pour son « réhabilitation ». Que les individus retrouvent la capacité à avoir confiance en eux. Il est nécessaire d’aller vers les autres, pour créer des liens économiques nouveaux. On parviendrait à renouveler l’information sur le marché. Les agents ont appris de la crise, de nouvelles méthodes sont nées, nous avons découvert de nouveaux mécanismes. C’est ce qui constitue la base d’un nouveau système économique, par conséquent de la reprise économique. Nous cantonner à notre zone de sécurité est donc non seulement nuisible pour nous autres mais aussi pour toute l’économie. Il s’agit de retarder le progrès.

Dans la situation actuelle, il peut sembler que nous n’avons pas le pouvoir de changer les choses, que nous ne pouvons que subir la situation actuelle. Dans ce cas, conserver son emploi, mettre de l’argent de coté, devenir un concurrent plus féroce pourraient passer pour les uniques solution en attendant les beaux jours. Mais de fait, ces choix n’améliorent en rien le contexte global. Au contraire, ils nous enfoncent dans le marasme dans lequel nous nous trouvons. Il serait plus utile de laisser nos préjugés sur le coté et essayer d’avoir un jugement objectif de l’économie pour de fait parvenir à la sécurité. Mais encore faut-il oser le faire.

Notez cet article !
Nombre de vote : 0

Articles similaires :

Comment choisit-on le prix Nobel d’économie ?  Ce lundi, pour la 59ème année consécutive, s’est tenue la traditionnelle remise du Prix Nobel d’économie. Richard H. Thaler est à l’honn...
FMI : la reprise est-elle enfin là ? Jeudi dernier, le Fonds Monétaire International revoit ses prévisions de croissance pour la France à la hausse. La nouvelle semble confirmer d’ava...
Qu’est ce que la crise boursière chinoise de 2015 ? Début juin 2015, le monde de la finance retient son souffle face à des nouvelles inquiétantes : La bourse de Shanghai s’effondre en quelques jours, ...
En quoi un rapport du FMI peut enfoncer un pays dans la crise ? Vendredi dernier, le FMI publiait sa prévision d’inflation en 2016 au Venezuela. L’information aurait pu n’être qu’un rapport de plus sur la sur-inf...
Joao
Je m’appelle Joao et je suis chroniqueur chez Juste 1 Question. Je cherche à vous informer sur l’actualité mondiale de façon simple, concise et avec un grain d’humour. Je veux que vous puissiez appréhender chaque info. Pour cela, je compte toujours aller à l’essentiel et vous apporter les faits et mes analyses sans fioritures. Bref, mon but est de vous montrer que vous pouvez comprendre ce qui vous entoure en vous posant juste 1 question.

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier quand
avatar

wpDiscuz