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L’Homme a-t-il délaissé la Lune?

31 Oct , 2018  

Couv

Trop coûteux et peu légitimes, les voyages habités vers la Lune on été délaissés depuis 1972, au terme de la  mission Apollo 17.

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Cinéma,Culture / Divertissement

First man, entre Interstellar et Apollo 13

22 Oct , 2018  

Crédits: allocine.fr

Amateurs des salles obscures, la critique de ce mois-ci est consacrée au dernier film de la jeune pépite de la réalisation hollywoodienne Damien Chazelle, First man.
Evidemment, spoiler alert.

Sur le papier, force est de constater que First man en impose. Damien Chazelle retrouve Ryan Gosling après son énorme succès avec La La Land, Josh Singer chargé du scénario est le spécialiste des adaptations d’histoires vraies (récemment Spotlight ou encore Pentagon Papers), et Steven Spielberg est producteur. Tout laisse penser que le film serait a priori un candidat sérieux à la prochaine cérémonie des Oscars. Qu’en est-il réellement ?

Le projet de retracer quelques années d’un des hommes les plus connus de l’Histoire contemporaine est ambitieux, mais pas si évident. Neil Armstrong est connu de tous, son aventure spatiale avec Apollo 11 l’est encore plus tant elle a marqué l’évolution économique et politique de la seconde moitié du XXè siècle. Le contexte de guerre froide poussait américains et soviétiques à dépenser toujours plus et aller toujours plus loin dans leurs projets de conquête spatiale, jusqu’à la « victoire » des américains sur la lune. Dans les années 1950 et au début des années 1960 cependant, les russes étaient en avance sur les américains dans cette quête de domination scientifique ; Spoutnik 1 avec le premier vol spatial orbital en 1957 puis le premier vol habité avec Youri Gagarine en 1961 avaient relégué les efforts de la NASA au second plan. Vexés de ces défaites successives, les américains ont entrepris de réaliser l’aventure spatiale la plus folle jamais réalisée: envoyer un homme sur la lune et le ramener sur Terre.
Le cadre est posé, passons à l’histoire du film en elle-même.

L’histoire d’Armstrong vue sous un angle nouveau

L’histoire de Neil Armstrong (Ryan Gosling) est évidemment unique et spectaculaire, mais le film s’intéresse de près à un homme que l’humanité ne connait quasiment qu’à travers son aventure lunaire. La vie de la famille Armstrong en dehors de la NASA occupe une place de premier ordre dans le film, dès les premières scènes et jusqu’à la scène finale ; le film parle de l’homme, du père de famille au caractère lunatique et renfermé bien plus que de l’astronaute chevronné et émérite. Son talent reconnu pour le pilotage est d’ailleurs largement dû à ce caractère pragmatique et détaché de tout, qui lui permet de garder son sang-froid dans des situations extrêmes. Le destin réserve d’ailleurs un bien meilleur sort aux pilotes humainement antipathiques qu’à ceux auxquels on serait tenté de s’identifier. En effet, la conquête spatiale n’a pas seulement coûté cher en argent, elle a également vu un nombre très important de vies perdues dans des tests et missions préliminaires. ,Le film leur rend un homme particulier à travers la vie d’Armstrong, qui « enchaîne » les enterrements de camarades astronautes notamment Ed White (Jason Clarke) et Elliott See (Patrick Fugit). Damien Chazelle a par ailleurs choisi de mettre l’accent sur la contestation populaire des dépenses faramineuses du Congrès dans les projets de la NASA et les manifestations qui dénonçaient le « gaspillage » de vies humaines dans ces projets.

Neil Armstrong Crédits: lci.fr

Neil Armstrong
Crédits: lci.fr

Neil Armstrong a beau être un dur à cuire, il n’est pas sans faille, et les faiblesses de l’homme sont mises en avant dans toute son histoire. L’identification est difficile avec lui tant son côté renfermé et stoïque le rend à peine humain dans certaines situations. Forgé par la perte de sa fille à à peine 2 ans et demi, suivi de nombre de ses amis, Armstrong devient au fur et à mesure que les années passent de plus en plus solitaire, focalisé sur son travail et délaissant sa vie de famille. La scène avec le ton le plus solennel du film est paradoxalement vécue au sein de la famille Armstrong, la veille du départ de Neil pour la mission Apollo 11. L’ambiance de conférence de presse où Neil ne fait que répondre avec la plus totale sincérité sur les risques de sa mission à ses deux jeunes fils provoque pratiquement un sentiment de révolte chez le spectateur, tant Neil semble distant avec eux.

Une réalisation à la croisée des chemins d’Interstellar et Apollo 13

(D’abord, allez évidemment voir ces deux chefs d’œuvre si vous ne les avez encore pas vus…)
Les choix de réalisation de Damien Chazelle ressemblent à la fois à ceux de Ron Howard pour Apollo 13 et ceux de Christopher Nolan pour Interstellar. Explications.
Les liens avec Apollo 13 sont évidents dans le sens où les deux films traitent d’épopées spatiales qui ont été réalisées; dès lors toutes les scènes de l’équipage à bord des navettes spatiales, ou encore les rampes de lancements, le centre de contrôle à Houston et l’univers des années 1960 rappellent très souvent ce film. Au-delà de ces éléments, le film de Ron Howard -comme beaucoup de films ayant pour sujet le voyage spatial- alterne entre scènes ultra lentes et silencieuses et scènes ultra rapides où des problèmes techniques mettent en danger la vies des astronautes; dans First man le même effet de réalisation est assez bien utilisé par Damien Chazelle.

Crédits: amazon.fr

Crédits: amazon.fr

Le rapprochement avec Interstellar est moins évident, et plus subjectif. D’abord, le film est axé sur un personnage et sa vie de famille prend une place prépondérante dans ses choix et ses attitudes. Ensuite et surtout, l’utilisation de la musique pour certaines scènes clés est comparable. La scène d’alunissage dans First man est celle que l’on garde en tête à la sortie de la salle, évidemment parce que c’est elle que l’on attend depuis le début du film, mais également, et peut-être surtout, grâce à la musique qui l’accompagne. Le cœur bat plus vite, plus fort, les yeux ne clignent plus, les mains se resserrent sur les accoudoirs, les poils se hérissent et la respiration s’accélère; le climax du film est absolument époustouflant. Ce climax est sensiblement le même que dans le film de Nolan où la vaisseau piloté par Cooper (Matthew McConaughey) tente de s’arrimer au vaisseau principal qui vient juste d’exploser dans l’espace (désolé pour ceux qui n’auraient pas vu le film…). A mon sens la musique d’Interstellar est encore mieux exploitée que celle de First man, mais chacun est libre de se faire son opinion là-dessus.

Crédits: allocine.fr

Crédits: allocine.fr

Ainsi, First man rassemble le réalisme d’Apollo 13 et la romance d’Interstellar.


Ci-dessus la musique de la scène d’alunissage.

Un rôle sur mesure pour Ryan Gosling

Adepte du jeu d’acteur minimaliste (ses détracteurs diront « fade »), Ryan Gosling se retrouve à interpréter un homme renfermé, parlant peu mais dégageant une aura exceptionnelle de force intérieure et de sang-froid. Le rôle qui ressemble un peu à celui qu’il avait eu à interpréter dans Drive, cette espèce de force tranquille mais friable, semblait écrit pour lui, et en effet il exploite parfaitement les traits de caractère de Neil Armstrong. Dans la course aux Oscars, après le gros coup de Bardley Cooper dans A star is born, et avant de voir ce que va donner Rami Malek dans Bohemian Rapshody, Ryan Gosling a quasiment assuré sa place dans les nommés.

Crédits: space.com

Crédits: space.com

Le reste du film en bref

Pour être tout à fait honnête, le fait que le film soit très Gosling-centré relègue les autres membres du casting au deuxième voire troisième plan. Claire Foy et Jason Clarke sont les seuls à un peu exister mais les autres acteurs passent quasiment inaperçus. Un mot sur la musique évidemment, qui fait du très bon travail sur ce film grâce au compositeur attitré de Damien Chazelle : Justin Hurwitz. Déjà très convaincant dans Whiplash et La La Land, l’ex colocataire et ami de Damien Chazelle livre encore une bonne performance qui lui promet sûrement un bel avenir dans ses prochains films; je me dois de dire que pour moi la musique n’atteint pas celle de Hans Zimmer pour Interstellar, mais elle reste une très bonne surprise. Le mot de la fin sera également pour une agréable surprise, celle que le film ne soit pas une propagande américaine pure souche. L’esprit américain est présent et bien représenté, mais en quantité suffisamment raisonnable et discrète pour qu’on ne retombe pas dans les travers d’un American Sniper par exemple…

Les acteurs principaux autour de Damien Chazelle Crédits: LaPresse.ca

Les acteurs principaux autour de Damien Chazelle
Crédits: LaPresse.ca