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Cinéma,Culture / Divertissement

Coup d’oeil sur les nommés pour l’Oscar du meilleur film 2019

21 Fév , 2019  

Si le cru des sélectionnés pour l’Oscar du meilleur film 2018 était marqué par son grand sérieux, on ne peut pas en dire autant pour la sélection 2019, pour le moins éclectique. La diversité des films choisis est absolument édifiante. Superproduction, biopics, sujets politiques, ethniques, historiques, sociaux… le choix est extrêmement large. Cela étant, la qualité des films candidats à l’Oscar est également très inégale. Après les Golden Globes et les BAFTA (British Academy of Film and Television Arts) et à quelques jours de la cérémonie, petit coup d’oeil sur les 8 chanceux qui peuvent encore prétendre à la statuette si convoitée.

Vice
De Adam McKay
Avec Christian Bale, Amy Adams et Sam Rockwell

L’histoire de Dick Cheney, homme politique de l’ombre ultra-influent à partir des années 1980 au sein des différentes administrations républicaines et vice-président des Etats-Unis entre 2001 et 2009 avec George W. Bush, nous replonge dans les Etats-Unis des années 1970 à 2010. On y retrouvera notamment le scandale du Watergate, les mutations de la société dans les années 1980, la révolution conservatrice avec Reagan et Bush père, les tensions au Moyen-Orient et en Asie puis la campagne de Bush fils, son mandat marqué par les attentats de septembre 2001 et le déclenchement de la guerre en Iraq.
Le film divise, vraisemblablement à cause de sa réalisation ultra décalée. Adam McKay avait réalisé The Big Short en 2015, et avait déjà provoqué beaucoup de réactions sur ses choix de réalisation. La construction du film est assez similaire ici avec notamment l’intervention d’une voix-off qui se veut narratrice ou encore des explications de personnages à la deuxième personne directement face caméra. Le contraste entre le sujet du film sérieux et la réalisation humoristique peut surprendre, (spoil ci-après) en témoigne les nombreuses exclamations dans la salle lorsqu’un générique de fin a commencé à apparaître après seulement 45 minutes de film. Il semble que le souci principal d’Adam McKay ait été de faire sortir le spectateur de sa zone de confort en lui présentant un film inhabituel, traitant de sujets dont tout le monde connait mais présenté d’un point de vue méconnu, celui des coulisses du pouvoir. Par ailleurs, le fait que tous les républicains soient présentés comme des machines sans états d’âme, avides de pouvoir et de billets verts, participe nécessairement à des critiques de la part de certains. Une cible est en particulier visée dans l’histoire: George W. Bush. Poivrot embarrassant son père dès sa première apparition, il est peint comme un simplet impulsif et manipulable cherchant à impressionner son père mais ne parvenant finalement qu’à être la brebis galeuse d’une lignée politique prometteuse.
Christian Bale (Dick Cheney) est absolument époustouflant. D’un homme politique taciturne, fondamentalement antipathique et manquant de charisme, il parvient à transmettre des sentiments de crainte, de compassion, de colère et de respect. Sa transformation physique est extrêmement réussie, et sa captation des tics de Dick Cheney est impressionnante, pas étonnant donc de le voir lui-même nommé dans la catégorie du meilleur acteur, dont il mériterait de glaner la récompense, bien que celle-ci semble promise à Rami Malek pour son rôle de Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody… Sam Rockwell (George W. Bush) confirme l’étendue de son talent qui avait été récompensé l’année dernière (pour le film 3 Billboards: les panneaux de la vengeance) dans la catégorie du meilleur acteur pour un second rôle, dans laquelle il est encore nommé cette année pour ce rôle. Il interprète parfaitement le président américain dans la vision qu’a voulu lui donner Adam McKay: un homme sans repère et en cruel manque de prestance. Amy Adams (Lynne Cheney) est également nommée dans la catégorie de meilleure actrice dans un second rôle, mais reste à mon sens un cran en-dessous de ses deux partenaires dans ce film.
« Le meilleur film de l’année » selon le Hollywood Reporter, comme vous l’avez peut-être vu sur les affiches du film. Peut-être pas. Probablement pas d’ailleurs. Si sa réalisation est osée et son scénario prenant, son côté sarcastique et parfois suffisant l’empêche d’atteindre l’envergure d’un excellent film. Cela étant, le film le dit lui-même, le travail de recherches a dû être colossal pour réaliser un long-métrage sur la vie d’un homme que quasiment personne ne connaissait dans son exercice du pouvoir; et sur ce point, l’admiration s’impose.

Christian Bale en Dick Cheney Crédits:allocine.fr

Christian Bale en Dick Cheney
Crédits:allocine.fr

 

Green Book
De Peter Farrelly
Avec Viggo Mortensen et Mahershala Ali

En 1962 à Manhattan, Tony Lip, un italo-américain des quartiers populaires, rencontre le docteur Don Shirley, un pianiste afro-américain de renommée mondiale à la faveur d’une offre d’emploi inhabituelle. Tony, connu pour ses compétences en matière de négociation musclée, est chargé de conduire le Dr Shirley à travers les Etats du Sud pour une série de concerts. Dans les Etats-Unis des années 1960, le Green Book est un guide des hôtels réservés aux Noirs dans les différents Etats, et la référence dont Tony devra user lors de leurs différentes étapes.
Bourru, manquant de finesse et de profondeur intellectuelle, Tony n’en est pas moins un homme de valeurs, fondamentalement sympathique, loyal, juste, blagueur et prêt à donner et prendre des coups pour s’assurer de la protection de son compagnon. D’un autre côté, Don Shirley est extrêmement classe, subtil, raffiné et poétique. La complémentarité des deux hommes ne saute pas tout de suite aux yeux pour ce dernier, qui n’accorde sa confiance et son amitié à Tony qu’au prix d’expériences tumultueuses dans leur voyage. Ils affrontent en effet le pire de l’âme humaine dans un pays où rien ne semble être plus difficile que le fait d’être Noir parmi les Blancs mais également Blanc parmi les Noirs. Leur générosité réciproque, leur faculté à prendre du recul sur les choses qui les entourent et leur complémentarité auront finalement raison des embûches de la société et leur permettra de rentrer chez eux sains et saufs.
Les décors sont très réussis, la musique est très bonne, les images sont belles, l’ambiance générale est très prenante et alterne parfaitement entre larmes et rires, mais la réussite globale du film est surtout due à trois facteurs : le scénario, Viggo Mortensen et Mahershala Ali. Poétique, douce, drôle, engagée, intelligente, humaniste, juste, les adjectifs manquent pour dire à quel point l’histoire est une merveille. Récompensé par un Golden globe, nommé aux Oscars et aux BAFTA, le scénario ne promettait le film qu’à l’excellence, et la statuette pourrait bien lui revenir dimanche prochain. Viggo Mortensen confirme qu’il est un acteur comme il en existe peu dans ce rôle, et Mahershala Ali est tout simplement brillant. Mahershala Ali a déjà remporté l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 2017 pour Moonlight, et s’il a déjà une main et quatre doigts sur la statuette dans la même catégorie cette année (il a déjà remporté le Golden Globe et le BAFTA de la catégorie), la bataille semble plus ardue pour son partenaire qui est inscrit dans une catégorie où c’est quelqu’un d’autre qui glane la récompense dans tous les festivals depuis le début de l’année. Pour l’anecdote, Peter Farrelly a d’ailleurs confié que Mahershala Ali s’était volontairement retiré de la course à l’Oscar du meilleur acteur pour y laisser Viggo Mortensen, témoignant du grand respect entre les deux hommes en dehors de l’écran, en plus de celui de leurs deux personnages.
Avec cinq nominations aux Golden Globes (trois prix), quatre aux BAFTA (un prix) et cinq aux Oscars, Green Book est un des favoris de la cérémonie et un sérieux prétendant dans la catégorie reine du meilleur film. Mon gros coup de cœur et favori.

Mahershala Ali et Viggo Mortensen dans Green Book Crédits:allocine.fr

Mahershala Ali et Viggo Mortensen dans Green Book
Crédits:allocine.fr

 

BlackKklansman
De Spike Lee
Avec John David Washington et Adam Driver

J’avais déjà fait une analyse détaillée du film à sa sortie (disponible ici), et sa présence dans cette catégorie ne doit évidemment rien au hasard. Quatre nominations aux Golden Globes, cinq aux BAFTA (un prix) et six aux Oscars, les récompenses sont méritées pour ce film poignant et engagé, même s’il semble un peu hors de la course à la statuette. Son sujet de l’adaptation et de l’intégration des afro-américains aux Etats-Unis au milieu du XXème siècle le rapproche nécessairement de son concurrent Green Book, bien que les problématiques soient abordées de manière quasiment opposée. Beaucoup de points communs existent, mais la poésie de Green Book prend vraisemblablement le pas sur l’engagement plus virulent choisi par Spike Lee dans son film. Le film ne devrait cependant pas repartir bredouille d’Hollywood du fait de son statut de favori dans la catégorie du meilleur scénario adapté.

John David Wahington et Adam Driver dans BlacKkKlansman Crédits: premiere.fr

John David Wahington et Adam Driver dans BlacKkKlansman
Crédits: premiere.fr

 

Black Panther
De Ryan Coogler
Avec Chadwick Boseman, Michael B. Jordan et Lupita Nyongo

C’est avec surprise que j’ai appris la nomination de Black Panther dans cette catégorie du meilleur film. Le film lui-même ne vaut sûrement pas une nomination dans cette catégorie, mais il est intéressant de noter que ce n’est vraisemblablement pas le film que l’académie a voulu honorer, mais le mouvement global qu’il a suscité. Véritable phénomène planétaire, le film a simplement chamboulé l’image des acteurs afro-américains à l’écran et a permis une libération de la parole des citoyens afro-américains qui se sont sentis personnellement investis dans ce film. Le pari de réussir un premier film avec un super-héros noir n’a donc pas seulement été un succès commercial, il a engendré une vague de critiques quasiment exclusivement positives sur son contenu et les messages qu’il délivre.
La machine-money Disney-Marvel a en effet innové en proposant un blockbuster au casting presque entièrement composé d’acteurs afro-américains, une première dans l’histoire. Le film délivre par ailleurs de puissants messages féministes tout au long du film, ce qui n’a que renforcé cette célébration de la diversité qui a tant fait l’unanimité. L’autre aspect qui a permis à Black Panther de figurer parmi les plus gros succès de l’année en terme d’impact économique est sa bande-originale. Confiée au rappeur américain Kendrick Lamar, vainqueur de 5 Grammy Awards en janvier 2018, la bande-originale est marquée par cet univers sonore urbain, qui fait apparaître quelques grands noms de la discipline (Future, Travis Scott, Schoolboy Q ou encore The Weeknd), mais aussi de jeunes talents qui ont depuis pleinement profité de cette exposition médiatique (SOB x RBE). L’album de Black Panther est resté plusieurs semaines n°1 des ventes aux Etats-Unis et a encore gonflé la notoriété du film, même s’il n’en avait pas besoin.
Le film en lui-même est plutôt très réussi dans son domaine de film de super-héros Marvel. Cascades et scènes d’action à couper le souffle, effets spéciaux d’exception, images sublimes, décors et costumes parfaits, tous les éléments sont réunis pour faire de ce film un classique du genre. Evidemment, le scénario est banal et nous sert du déjà-vu à toutes les sauces, mais ce n’est pas ce qu’on attendait d’un tel produit. Le fan-service est plus que respecté et le film est bon, voire très bon, dans ce qu’on attendait de lui. Parmi ses sept nominations aux Oscars, quatre sont pour sa bande-originale et deux pour les décors et costumes, et il ne fait nul doute qu’au moins une statuette sera attribuée pour l’ensemble de ce contenu artistique d’exception, mais il semble que l’Oscar du meilleur film soit hors de portée. Si, toutefois, l’académie venait à choisir Black Panther dans cette catégorie, cela marquerait l’ouverture révolutionnaire d’une caste conservatrice vers des prix récompensant l’ensemble d’une œuvre et de ses retombées sociales et politiques. L’intégration du 7ème art dans les mouvements de libération de parole des minorités trouve aujourd’hui un écho tout particulier que ce soit aux Etats-Unis, en France ou ailleurs. L’affaire Weinstein a été une bombe pour l’ensemble de la société bien au-delà du milieu du cinéma, et cela commence à être identifiable dans la diversité des films proposés et nommés pour des récompenses, en témoigne les nommés de cette année dans cette catégorie. Pourvu que cela dure.

Chadwick Boseman est Black Panther Crédits:lepoint.fr

Chadwick Boseman est Black Panther
Crédits:lepoint.fr

 

A star is born
De Bradley Cooper
Avec Bradley Cooper et Lady Gaga

Bradley Cooper passe pour la première fois derrière la caméra dans un film dans lequel il joue lui-même, en duo avec Lady Gaga, qui continue à construire sereinement sa carrière d’actrice. Il est Jackson Maine, une star de la country américaine qui rencontre par hasard Ally, une jeune femme talentueuse et désirant faire carrière dans la chanson. Il la prend sous son aile et la propulse sur le devant de la scène où elle commence à briller. L’ascension fulgurante de la carrière d’Ally combinée à la perte de vitesse de celle de Jackson commence à déteindre sur le moral de ce dernier qui noie sa jalousie et sa nostalgie dans l’alcool et la drogue, affectant nécessairement son histoire d’amour.
Le scénario dramatico-romantique fait essentiellement appel aux sentiments du spectateur, et ne peut être apprécié que par ceux qui s’invetissent émotionnellement dans ce genre d’histoire romantique déjà vue un millier de fois. Evidemment, le film est beau parce qu’il parle d’un amour passionnel et déchirant entre deux artistes, mais il n’y a rien d’autre à dire sur l’histoire.
Le fil conducteur artistique est la musique, et c’est l’aspect du film qui est mis en lumière par ses différentes nominations et récompenses: le film a été nommé cinq fois aux Golden Globes et sept fois aux BAFTA, mais il n’a remporté “que” deux récompenses, celles de la meilleure chanson/musique. Sur ce point, force est de constater que Bradley Cooper et Lady Gaga rendent une copie parfaite; et, si cela semblait évident pour Lady Gaga dont les talents de chanteuse n’étaient un secret pour personne, ce n’était pas le cas pour Bradley Cooper, qui livre une performance surprenante. On savait les possibilités de rôles déjà larges pour Bradley Cooper avec ses débuts à l’écran dans des comédies (Very Bad Trip, L’Agence tous risques…), puis ses rôles à Oscars dans des films plus sombres et dramatiques (Happiness Therapy, American Bluff…), mais il ajoute ici la performance vocale à la longue liste de ses qualités d’acteur.
Il est largement sorti de sa zone de confort en interprétant cet artiste nostalgique, jaloux et rongé par son passé, et la prestation de sa camarade l’a probablement aidé, elle qui a du reconnaître des similitudes entre l’histoire du film et sa propre carrière musicale. Les deux acteurs sont nommés dans la catégorie du meilleur acteur/actrice pour leurs rôles respectifs, mais ici encore les statuettes ont déjà un autre nom quasiment gravé sur elles cette année. On notera tout de même que le film est nommé huit fois aux Oscars, déjà une excellente réussite pour un premier film pour Bradley Cooper, qui repartira de plus avec celui de la meilleure chanson, au minimum.

Bradley Cooper et Lady Gaga en duo dans A Star is born Crédits:musique.urbania.ca

Bradley Cooper et Lady Gaga en duo dans A Star is born
Crédits:musique.urbania.ca

 

La Favorite
De Yorgos Lanthimos
Avec Olivia Colman, Rachel Weisz et Emma Stone

Au début du XVIIIème siècle, la reine Anne d’Angleterre est au pouvoir, mais son état de santé ainsi que son caractère instable la rendent inapte à gouverner convenablement. Ce rôle est assuré par son amie Lady Sarah Marlborough, la femme du chef des armées anglaises, un homme d’une importance particulière en ce temps de guerre avec la France. La cousine de Lady Marlborough, Abigail Hill, arrive à la Cour et trouve un travail de servante grâce à elle, qui pense en faire son alliée. Abigail devient cependant rapidement la favorite de la reine, attisant la jalousie de sa cousine, et une lutte sans merci pour la place aux côtés de la souveraine débute entre les deux femmes.
Yorgos Lanthimos est un adepte du cinéma dérangeant, on avait déjà pu le constater dans ses deux derniers films Mise à mort du cerf sacré et The Lobster. Il se livre probablement ici à la réalisation d’un film dont le scénario est plus traditionnel, mais il le revisite complètement pour le transformer en une sorte d’expérimentation artistique ultra crispante et clivante. Le mécanisme du fish-eye qu’il utilise, arrondissant tous les angles de l’image, donne immédiatement une impression d’oppression visuelle. Le film est sombre, dans les décors comme dans les costumes, bien que ceux-ci soient très réussis. L’ambiance globale est extrêmement sinistre et inquiétante, visuellement et auditivement. La musique du film est angoissante parce que, pendant des dizaines de minutes, elle n’est composée que d’une note de piano et d’un coup d’archet, joués de plus en plus forts, jusqu’à provoquer une tension physique sur son siège.
Le film se veut parfois drôle et amusant, mais le contexte pris dans son ensemble est tellement perturbant que les tentatives de légèreté ne passent que pour de la suffisance et du sarcasme mal placé. Je ne suis tout simplement pas réceptif à ce genre de film et d’ambiance lunaire, il m’apparaît seulement comme un film d’intellectuel subversif réalisé pour une catégorie de spectateurs ultra ciblée dont je ne fais malheureusement pas partie.
Cela étant, l’antipathie profonde que m’inspire ce film est relativisée par les performances des trois actrices. Emma Stone ne cesse d’agréablement me surprendre ces dernières années, et elle aussi semble détenir une palette de jeux exceptionnelle. Elle est excellente dans ce rôle dramatique de jeune arriviste avide de pouvoir et pleine de fourberie. Le rôle de Lady Marlborough seyait parfaitement au physique et à la posture de Rachel Weisz: sombre, froide, antipathique, fermée, impitoyable, elle interprète à merveille la beauté froide et fatale de son personnage. Les deux femmes sont nommées pour l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, il m’est trop difficile de faire un choix. Leurs personnages sont très différents mais leurs performances respectives sont assez égales dans l’excellence. Olivia Colman avait la tâche de jouer Anne d’Angleterre, un personnage excentrique, imprévisible, hystérique, tantôt douce et tantôt colérique. Elle est tout simplement brillante. On adore la détester dans ce film tant elle interprète à merveille cette reine odieuse et capriceuse. Déjà récompensée par le Golden Globe et le BAFTA de la catégorie meilleure actrice, l’Oscar semble ne pas pouvoir lui échapper cette année, et c’est compréhensible.
Nommé dix fois aux Oscars, vainqueur de sept BAFTA et un Golden Globe, le film est un des très grands favoris de la cérémonie de dimanche. Il faudra voir si l’académie a été aussi sensible que moi au film ou si elle considère que les BAFTA ont été justes dans leurs récompenses (en réalité il a remporté sept BAFTA parce que c’est un film britannique : il est probable que l’académie ait été chauvine…).

Rachel Weisz et Olivia Colman dans La Favorite Crédits:premiere.fr

Rachel Weisz et Olivia Colman dans La Favorite
Crédits:premiere.fr

 

Roma
De Alfonso Cuaron
Avec Yalitza Aparicio et Marina de Tavira

Avec Roma, Alfonso Cuaron nous replonge dans le Mexico du début des années 1970 qui l’a vu grandir. Le film raconte l’histoire de Cleo, une jeune domestique mexicaine employée par une famille de classe moyenne habitant dans le quartier de la Roma. Le lien qui l’unit avec cette famille est cependant bien plus qu’un simple engagement professionnel. Les enfants et elle se disent d’ailleurs à plusieurs reprises qu’ils s’aiment, et leur relation s’apparente plus à une relation familiale, malgré cette distance toujours perceptible pendant le film, (spoil) jusqu’à la dernière scène qui voit toute la famille enlacer Cleo pleurant sur la plage.
Le contexte agité à Mexico est un acteur majeur de l’histoire. Alternant entre bruits sourds des manifestations et silence réconfortant de la maison, le mixage sonore est d’une rare justesse et permet au film d’intégrer une ambiance à la fois douce et pleine de suspens. Contraste saisissant avec Gravity dans l’univers de réalisation choisi, Cuaron reste cependant fidèle à son art de nous plonger dans des histoires simples, quasiment frugales, mais dont la complexité emotionnelle est ultra présente de manière implicite.
La beauté esthétique du film réside surtout dans le choix de réaliser en noir et blanc. L’accentuation des contrastes intègre un sentiment de tristesse, de nostalgie qui renforce l’innocence dégagée par les enfants de la famille tout au long du film. La réalisation est simple, claire, douce, et ouvre la porte à toutes les émotions quotidiennes que la famille et Cleo peuvent ressentir. Etrangement, la réalisation permet d’exacerber certaines impressions de violence dégagées par les scènes clés, celles qui sont les plus difficiles et chargées émotionnellement. Je parle beaucoup d’émotions pour ce film, et je pense que c’est ce qu’Alfonso Cuaron souhaitait. Il n’a pas voulu créer un chef d’oeuvre technique plein d’audace, seulement provoquer des vrais sentiments, lui qui a dû se replonger dans le Mexico de son enfance pour parler de la vie à la fois tumultueuse et « privilégiée » de cette jeune femme. Le fait que Cleo soit jouée par une non-professionnelle rend évidemment la chose bien plus personnelle et intime. L’impression d’entrer dans la vie de cette famille et réelle, et assez intense.
Nommé pas moins de dix fois aux Oscars, le film a déjà raflé deux Golden Globes et quatre BAFTA dont celui du meilleur film, et il est évident qu’il repartira avec plusieurs statuettes dimanche. Le film marque également un tournant dans l’histoire du cinéma moderne parce qu’il est le premier long-métrage non sorti en salles à être nommé dans la catégorie reine. Produit par Netflix, il symbolise la nouvelle économie de la plateforme et son importance grandissante dans l’industrie du cinéma. Produisant des films toujours plus importants, avec des castings, et maintenant des réalisateurs d’exception, Netflix phagocyte tout simplement le milieu cinématographique et propose une alternative très pertinente (ou inquiétante selon le point de vue) au cinéma traditionnel. Il sera très intéressant de suivre l’évolution de la plateforme et de voir à quel point elle est en mesure de révolutionner l’industrie du 7ème art.

Yalitza Aparicio dans Roma Crédits:rts.ch

Yalitza Aparicio dans Roma
Crédits:rts.ch

 

Bohemian Rhapsody
De Bryan Singer
Avec Rami Malek, et d’autres sûrement mais ils passent quasi inaperçus…

Deux Golden Globes et deux BAFTA pour le biopic de Freddie Mercury réalisé par Bryan Singer et co-produit par les membres de Queen, dont ceux du meilleur acteur pour Rami Malek, archi favori aux Oscars dans cette catégorie. La lutte sera féroce pour l’Oscar du meilleur film avec Green Book, Roma et peut-être Vice, à voir. Pour une analyse plus complète du film, cliquez ici.

Rami Malek en Freddie Mercury pour Bohemian Rhapsody Crédits: première.fr

Rami Malek en Freddie Mercury pour Bohemian Rhapsody
Crédits: première.fr

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Louis
Apprenti juriste, tennisman au repos et musicien à la retraite. Amateur de théâtre, cinéma/séries, sport, politique, jeux vidéos... En somme, friand de tout mais spécialiste de rien, j’aime surtout essayer d’associer information et humour, sur des sujets parfois inattendus.

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