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Corée du Sud : la k-pop au service de la nation

28 Sep , 2018  

Le 20 septembre 2018, le chanteur et rappeur coréen  Zico donne un concert devant le public nord-coréen à l’occasion du 3ème sommet intercoréen. Il se réjouit de cette expérience et trouve le public plus réceptif au hip hop qu’il ne le pensait. Le même Zico et son groupe Block B posaient en 2015 à Paris avec François Hollande et Ségolène Royal à l’occasion de la célébration de l’année France-Corée.

Zico et ses collègues sont devenus les ambassadeurs culturels de la Corée du 21ème siècle. Zoom sur la fabrique d’un soft power 2.0.

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Pyeongyang

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Comment la k-pop a aidé la Corée du Sud à sortir de la crise

En 1992 , « Seo Taiji & boys » donne les ingrédients de la k-pop : une musique bien calibrée, l’introduction de  nouveaux genres musicaux comme le rock et le rap, d’un aspect chorégraphique poussé et, surtout, de l’anglais dans des chansons en coréen. Une recette capable de dépasser les frontières de la péninsule.

En 1997, la Corée du Sud est touchée de plein fouet par la crise économique asiatique. Endettée de toute part et dépendant trop des investissements étrangers, elle bénéficie d’une aide internationale record (57 milliards de dollars.) Le pays cherche le moyen de renouveler son modèle économique.

Cette année-là naissent aussi plusieurs girlsbands et boysbands, formés par de nouvelles maisons de disques. Leurs succès dépassent les frontières du pays , et c’est d’ailleurs ce qui les sauvera. C’est par exemple grâce à leur album en mandarin que le groupe H.O.T. surmonte la débâcle des ventes en Corée. C’est alors que le gouvernement se met à considérer la culture comme un moyen valide de redorer son blason et de sortir de la crise. La culture a toujours constitué une part important de l’économie coréenne, mais cette fois l’idée est de miser sur une culture exportable, capable de faire rayonner le pays à travers le monde. Les premières maisons de disques profitent d’une importante politique de subventions. Parmi elles se trouvent les futures « Big three », trois maisons de disques ambitieuses (syn) qui ont modelé l’identité de la k-pop. YG entertainment, fondée justement par un des membres de Seo Taiji & Boys, produira notamment le phénomène PSY.

Hallyu

La Hallyu, « vague » en coréen, c’est la déferlante de culture coréenne qui s’abat sur l’Asie, puis sur le reste du monde. Autrement dit, la réussite du pari de la politique culturelle à la sortie de la crise.

La k-pop n’est pas le premier produit culturel à s’internationaliser, mais les dramas coréens (histoires d’amour télévisées) qui cartonnent jusqu’à Téhéran. Les groupes de k-pop deviennent des concurrents sérieux à la j-pop (pop japonaise) dans les années 2000. « DBSK » connaît un succès fulgurant au Japon et en Chine, leurs fanclub dépasse même celui des Beatles au Guiness book des records. Mais le groupe doit encore s’adapter, changer de langue et de nom. C’est parce que les DBSK chantent en japonais qu’ils peuvent faire un telle carrière. Leur succès reste international, mais la k-pop ne se démarque toujours pas de sa voisine nippone .

Son heure viendra. Entre 2007 et 2015 les exportations dans la catégorie « musique » ont doublé. L’année charnière : 2009. Dans toute l’Asie on danse sur les chorégraphies atypiques de « Super Junior » ou « Girl’s Generation ». C’est le début de la « Hallyu 2.0 » qui repose sur les nouveaux moyens de communications. Youtube a un rôle essentiel dans la diffusion de la k-pop, particulièrement en dehors de l’Asie de l’Est.C’est via Youtube que de nombreux  fans on découvert leurs idoles. L’exemple le plus éloquent reste Gangnam style et ses 3,2 milliards de vue. Aujourd’hui, plusieurs groupes dépassent largement les 100 millions de vues sur leur vidéo.

 

Un concentré de Corée.

La k-pop, ce n’est pas juste des tubes efficaces. Le genre met en avant des « idoles » formées à chanter, danser, jouer la comédie ou encore à animer des émissions. En devenant fan de k-pop on accède ainsi à toute une « k-culture » des dramas au kimchi, en passant par les cosmétiques.

Depuis les débuts de la Hallyu, les inscriptions en cours de coréen ont augmentés de façon exponentielle. Le tourisme vers la Corée a plus que triplé en vingt ans, le KTO (Korean tourism office) joue d’ailleurs beaucoup sur cette « k-culture » dans ses clips promotionnels. Ses ambassadeurs  sont actuellement les groupes de k-pop BTOB et Exo.

Chaque année, des conventions géantes rassemblent plusieurs milliers de fans à Tokyo, Paris, Bangkok, Los Angeles, Abu Dhabi ou encore Mexico. Ces « Kcons » sont avant tout des shows aux line-ups exceptionnelles. Elles sont aussi l’occasion de présenter aux fans de k-pop toutes les richesses de la Corée du Sud.

le groupe BTS rencontre les fans à la Kcon Paris le 2 juin 2016

le groupe BTS rencontre les fans à la Kcon Paris le 2 juin 2016

En 2016, lors de « l’année France-Corée », les places de la kcon Paris s’étaient vendues en moins de deux heures. Une mini-convention au cœur de Bercy était accessible pour les plus chanceux. Il n’y était pas vraiment question de musique, mais plutôt de la Corée du Sud : dégustation de nourriture gratuite, fascicules pour partir faire ses études en Corée, défilé de mode, publicités pour Samsung ou pour les jeux de Pyeongchang, on aurait pu se croire dans le pavillon de la Corée dans une l’exposition universelle. Dans un Bercy plein à craquer, tous les groupes invités avaient entonné un  » Arirang  » mélodie traditionnelle qui se confondrait presque avec une hymne national, et ce devant la présidente de l’époque Park Geun-hye, et de la ministre de la culture française Fleur Pellerin. Un rendez-vous finalement bien politique.

La Kcon joue la arte séduction

La Kcon joue la carte séduction

K-pop et géopolitique

L’association semble absurde et pourtant… Aujourd’hui la k-pop rayonne à travers le monde, elle est devenu une source incontournable de soft power pour la péninsule coréenne, parfois même un outil de propagande nationale.

En Asie de l’Est, la culture coréenne devenue mainstream gomme certaines frontières, même si c’est loin d’être assez pour dissiper les conflits régionaux. La Chine et le Japon n’ont d’ailleurs pas toujours vu d’un bon œil l’influence grandissante de leur voisin. Ils ont tenté à plusieurs reprise de freiner cette pop culture intrusive qui faisait de l’ombre à la leur, mais sans grand succès.

La présidente PArk Geun Hye salue le public français (Le groupe BTS à droite) La présidente Park Geun-h ye salue le public français (Le groupe BTS à droite)

L’ex présidente Park Geun-hye salue le public français (Le groupe BTS à droite) kcon Paris, 2 juin 2016

 la k-pop vs Kim Jong-un

Avec son succès international, et sa touche occidentale, la k-pop est aussi un outil de propagande tout trouvé contre le régime Nord-Coréen. Sur la ligne de démarcation, des hauts parleurs sud-coréens imposent aux soldats du nord ces chansons rythmées. Les clés usbs  clandestines qui circulent dans la dictature en sont garnies. Le plus gros avantage de la k-pop? Les nords coréens comprennent les paroles, et donc les sujets légers et joyeux dont elles traitent. Lors du premier sommet inter-coréen, le 31 mars 3 avril, 160 artistes sud-coréens se sont rendus à Pyongyang pour un concert. La tête d’affiche : les Red Velvet, groupe de cinq jeunes filles à l’univers coloré, qui contraste bien avec la morne Corée du Nord.

Fierté de la Nation

On la pensait à son apogée en 2012. Mais la k-pop continue son ascension. Une nouvelle génération de groupes, emportée par BTS, bat tois les records depuis ces deux dernières années.
Le groupe BTS, dont le morceau Idol est devenu la vidéo la plus regardée en 24h (devançant Taylor Swift), perce aux États-Unis. La k-pop n’avait jusque là pas réussi à percer sur le marché américain (qui rappelons-le est le premier mondial) En 2017, ils se rendent aux American Music Awards et écument les talk shows américains. Souvent interviewés par Billboard, ils sont aujourd’hui les premiers ambassadeurs du genre. Mardi dernier, ils ont même fait un discours devant l’assemblée générale des Nations Unis, cette fois en tant qu’ambassadeurs de l’UNICEF.  Le ministre de la culture a annoncé que BTS allait générer plus d’un milliard d’euros dans l’économie sud-coréenne.

Invoquant l’action positive de groupes comme BTS pour l’image du pays, un député coréen a lancé le débat cet été, en proposant de revoir les conditions d’exemption du service militaire (qui est de deux ans en Corée). Certains sportifs titrés ou vainqueurs de concours nationaux peuvent y échapper car on considère qu’ils rendent service à la nation par leurs réussite, alors, pourquoi pas un groupe de k-pop?

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Thaïs Chaigne
Grande curieuse sur tous les fronts, je veux transmettre ce que j'apprends. (Surtout si vous me lancez sur l'Asie...)

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