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A propos,Société

COP23 – Peut on encore sauver la planète ?

7 Nov , 2017  

Depuis hier et jusqu’au 17 novembre,  les délégations, entreprises et sociétés civiles de 196 pays sont réunis à Bonn,  Allemagne,  pour la  COP23 . Objectif de ces deux semaines : concrétiser  les accords de Paris (2015)  avec des solutions financières, technologiques etc.  Alors que le président américain Donald Trump a décidé en juillet dernier de quitter le navire et que les rapports accablants  sur l’avenir de notre planète s’accumulent, peut on encore espérer quelque chose de cette réunion au sommet ?

Sécheresses en Afrique Sub-saharienne, populations privées de leurs foyers ,   disparitions d’espèces essentielles à notre écosystème… Quelques éléments du désolant tableau  qui nous attend dans les prochaines années. Il semble inutile de prolonger la description  : l’inquiétude sourde semble aujourd’hui s’être mutée en résignation. Néanmoins, la question environnementale est de plus en plus prise au sérieux.   A mesure que le danger se concrétise, la mobilisation  prend de l’ampleur … Mais n’est il pas déjà  trop tard ?

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Une prise de conscience internationale.

Avec la COP21 de Paris naît le premier consensus international en matière d’environnement. 196 pays  se sont  entendus pour maintenir l’augmentation de la température  en deçà des 2 degrés d’ici 2030. 196 pays dont la Chine et les Etats-Unis, les deux plus gros pollueurs de la planète qui s’étaient tenus à l’écart des conventions environnementales. La réussite de ces accords de Paris  est en grande partie due à l’absence de contrainte dans les engagements pris,  ajustables selon le niveau de développement de chaque pays. Si ce consensus fait date, beaucoup considèrent que cela ne suffira pas à changer la tendance. Pire : un rapport de l’ONU publié le 31 octobre dernier indiquait que les mesures prisent dans le cadre des accords de Paris déboucheraient à une émission de 11 à 13,5 gigatonnes d’équivalent de dioxyde de carbone (Gt éq-CO2) en 2030, ce qui correspondrait à une augmentation plus proche des 3 degrés, soit le double de ce qui était d’abord envisagé lors de la COP21. Dans l’état actuel des choses, le réchauffement et ses catastrophes désastreuses  semblent inévitables…

 

Trois ans.

C’est le temps qu’il nous reste pour inverser la tendance selon la revue Nature : dans trois ans  la dissociation des USA sera peut être définitivement actée.  Dans trois ans, si l’on en croit le rapport « The climate turning point » il sera aussi trop tard pour  inverser la courbe d’émission de CO2 et atteindre les objectifs de Paris,  données scientifiques à l’appui. (à lire ici)

C’est dans ce contexte  d’urgence que  s’ouvre à Bonn la  23e Conférence des Nations unies sur les changements climatique ou   » COP23″ . Elle est symboliquement présidée par les îles Fidji. Petit pays grandement menacé,  les Fidji témoignent efficacement  de  l’imminence de la menace climatique. Les petites nations insulaires sont les premières victimes visibles de la montée des océans, qui pourrait atteindre quasiment un mètre d’ici 2100, d’après les projections les plus pessimistes du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, organe de l’ONU) 400 millions de personnes sont directement menacées par ce phénomène ce qui va se traduire par une explosion du nombre de réfugiés climatiques.   Frank Bainimarama, Premier ministre fidjien,  résume très bien la situation « Nous, qui sommes les plus vulnérables, devons être entendus. Que nous venions d’une petite île du Pacifique ou d’une grande ville développée menacée comme Miami, New York, Venise ou Rotterdam, nous devons parler d’une seule voix car le changement climatique finira par tous nous affecter ».

Les pays les plus riches se sont engagés, lors de la  Conférence de Copenhague en 2009, à investir 100 milliards de dollars de fonds publics et privés pour  aider les pays les plus vulnérables pour l’horizon 2020, un engagement qui constitue l’un des enjeux de la COP23 . Il faut  cependant bien garder à l’esprit que les pays comme les Fidji  ne constituent que la partie émergée et visible de l’iceberg. La mise en valeur de ces pays lors de la COP 23 est à l’image de son objectif principal : concrétiser les accords de Paris par des discussions techniques tournant autour de la solidarité internationale, du financement,  de la technologie et des investissements énergétiques. Bonn sera pendant deux semaines un espace de discussion à la fois scientifique, économique  ou encore humanitaire, duquel doit ressortir des mises en formes concrètes, des politiques environnementales efficaces.  Mais rien n’est moins sûr que l’issue de cette conférence.  La tournure des événements repose notamment sur le bon vouloir du président américain. Alors que Donald Trump a fait savoir en juillet 2017 qu’il se retirait des accords de Paris, certains pensent qu’il est encore possible de faire changer d’avis le géant américain,  la délégation américaine est d’ailleurs bien présente à la COP23.

Manifesations à Bonn avant la Cop 23 pour réclamer des mesures plus drastiques / Spielvogel©

Manifestations à Bonn avant la Cop23 pour réclamer des mesures plus drastiques / ©Spielvogel

Il serait évidemment  naïf de penser que tout se joue à Bonn. La conférence peut au mieux favoriser des lignes directrices et provoquer une émulation intellectuelle féconde, mais le plus important, au fond,  reste de susciter une véritable mise en mouvement collective, à toutes les échelles, individus, entreprises, localités… On progresse de ce côté, notamment grâce au rôle des sociétés civiles et de l’échelle locale.   Le C40 en est un exemple. Répondant à un appel de Anne Hidalgo lors de la COP21  alliance de 86 grandes villes qui s’est récemment réunie à Mexico pour défendre le respect des accords de Paris, en réaction à la décision de Donald Trump.

Les entreprises elles aussi doivent avoir un rôle de premier plan. Selon un rapport de l’ONG internationale Carbon Disclosure Project, 100 entreprises seraient responsables de 71 % des émissions de gaz à effet de serre. L’impact  des politiques environnementales au sein de ces entreprises est donc plus que significatif. Si certaines firmes comme Apple, Google ou encore Ikea qui s’engagent vers le 100%   renouvelables à l’horizon 2018,  l’engagement de ces quelques pionniers ne suffira pas à freiner les autres, où le « greenwashing » (1)  n’est qu’une formalité parfois peu efficace.

Pour résumer la situation en quelques mots, les  choses commencent à évoluer dans le bon sens mais pas assez rapidement.  On a beau  connaitre les chiffres, voir  les images il semble qu’on a besoin d’être dans l’urgence. Peu importe le GIEC,  Al Gore et autres lanceurs d’alerte : sans une mise en mouvement à toutes les échelles, il sera difficile d’éviter le point de non retour. Il faut avant tout une démarche collective, à laquelle contribuent les différentes COP certes, mais qui la dépasse largement. Evitons donc  l’écueil qui consiste à tout mettre sur le dos des autres – nous avons tous un rôle à jouer- et surtout  de conclure par un énième « bientôt il sera trop tard » car  « bientôt » c’est maintenant.

 

1 greenwashing = un procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation (entreprise, administration publique nationale ou territoriale, etc.) dans le but de se donner une image écologique responsable. La plupart du temps, l’argent est davantage investi en publicité que pour de réelles actions en faveur de l’environnement.

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Thaïs Chaigne
Grande curieuse sur tous les fronts, je veux transmettre ce que j'apprends. (Surtout si vous me lancez sur l'Asie...)

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