Prix Nobel

Economie,Société

Comment choisit-on le prix Nobel d’économie ?

10 Oct , 2017  

 

Ce lundi, pour la 59ème année consécutive, s’est tenue la traditionnelle remise du Prix Nobel d’économie. Richard H. Thaler est à l’honneur cette année. L’économiste est récompensé pour ses travaux en matière d’économie comportementale, soit l’étude des décisions singulières de l’individu. Si l’on connait l’importance du Prix Nobel pour un économiste, nous savons peu à propos de la façon dont il est attribué. Quels candidats ? Quels juges ? Et de fait, que récompense le prix Nobel ? Lumière sur la plus prestigieuse récompense académique en économie

La récompense du progrès majeur

Lorsqu’en 1895, Alfred Nobel prévoit la création d’une récompense pour récompenser les scientifiques ayant réalisé de grands services pour l’humanité, il ne mentionne pas l’économie parmi les catégories. Ce n’est qu’en 1968, soit plus de 6 décennies plus tard, que la Banque de Suède instaure un prix pour les économistes avec l’accord de la Fondation Nobel. Le Nobel d’Economie n’est pas objectivement un Prix Nobel.

Toujours est-il que le prix est aujourd’hui la récompense la plus prestigieuse et (peut-être aussi parce que c’est) la plus médiatisée dans ce domaine. Mais comment le décerne-t-on ? Tout d’abord, le comité chargé de décerner le prix envoie partout dans le monde à des scientifiques membres d’institutions d’enseignement reconnues des invitations pour proposer le nom de l’économiste de leur choix. Il est interdit de se nominer soi-même. S’établit alors une liste d’un centaine de noms environ que le comité, accompagné d’experts épure jusqu’à définir les 5 finalistes avant l’été.

Richard H. Thaler, lauréat 2017 pour ses recherches avant-gardistes en matière d'économie comportementale

Richard H. Thaler, lauréat 2017 pour ses recherches avant-gardistes en matière d’économie comportementale.

Le comité, composé de membres de l’académie royale des sciences de Suède, fait son choix parmi les derniers restants. Jusqu’à trois lauréats peuvent être récompensés par année. Les gagnants reçoivent également 8 millions de couronnes, soit un peu moins d’1 million d’Euros. Une somme qui permet à certains de poursuivre leurs recherches plus tranquillement.

Une récompense polémique 

A l’image du Nobel de la paix, le prix Nobel d’économie est régulièrement critiqué. Premièrement par son manque d’objectivité scientifique. En effet, contrairement à la physique, la médecine ou la chimie, l’économie n’est pas une science exacte. Dans la théorie économique, il en va fondamentalement de la vision de l’économiste concernant la société et l’humain. Comment juger ainsi deux théories économiques partant d’axiomes complètement différents ? Comment éviter le jugement de valeur?

Friedrich Hayek, lauréat du prix, a fermement critiqué l'existence d'une telle récompense pour un sujet aussi complexe que l'économie (après avoir accepté sa récompense)

Friedrich Hayek, lauréat du prix, a fermement critiqué l’existence d’une telle récompense pour un sujet aussi complexe que l’économie (après avoir accepté sa récompense).

De là part une seconde critique proférée à l’encontre du fameux prix. Pour conserver sa crédibilité et sa valeur donc, le comité doit se baser sur des règles solides et unanimes afin de comparer les théories. D’où une primauté des « mathématiciens » auprès des finalistes. Cela expliquerait la domination du courant libéral, des Etats-Unis et de l’Université de Chicago dans le classement du prix. Toutefois, les critiques formulent qu’il s’agirait plutôt d’une récompense décernée aux « idées orthodoxes » en économie.

La récompense serait en effet instrumentalisée dès sa création selon Offer et Söderberg, chercheurs à Oxford et Uppsala respectivement.Elle aurait été créée par le Per Åsbrink, gouverneur de la banque de Suède de l’époque comme pour accroître son influence. Åsbrink luttait avec le gouvernement social-démocrate afin d’obtenir plus d’indépendance pour la Banque de Suède et lutter face à l’inflation. Il a l’idée de créer un prix afin pour donner plus de visibilité et de légitimité à la banque centrale. Le gouverneur s’entoure alors d’une commission d’économistes de centre-droit et notamment d’Assar Linbeck. Ce dernier influencera jusqu’en 1994 le choix des lauréats qui seront quasi-systématiquement en accord avec le courant dominant : le néo-libéralisme.

Le prix Nobel d’économie serait donc un instrument politique plus qu’une véritable récompense scientifique. Bien que ses lauréats aient contribué à l’économie en tant que discipline, le prix aurait avant tout servi à orienter la recherche et la pensée économique vers l’efficience des marchés et la croissance économique. Une pensée qui bénéficiait avant tout aux « insiders » de l’époque.
Néanmoins, pouvons-nous considérer que cela soit le cas encore aujourd’hui ?

Quelle utilité pour le prix ?

Depuis les années 90, les problèmes économiques ont évolué.  La « doxa néo-libérale » a perdu de son influence et ses concepts ont pris de l’âge et notamment… à cause du Prix Nobel. La nomination d’économistes tels que Paul Krugman, Joseph Stigliz ou George Akerlof ont permis de mettre en lumière des économistes qui réfutaient les thèses néo-libérales. La victoire d’Amartya Sen a donné à l’économie du développement une nouvelle reconnaissance internationale.

Le rôle essentiel du prix Nobel de l’économie peut être constaté dans ses cas. Il consacre encore idées remarquables qu’on ne voit que peu. Il met en lumière des concepts techniques ignorés par la vitesse ou le simplisme de l’information des chaines d’info. Le choix de cette année, Thaler, est une consécration selon le lauréat lui-même, un aboutissement d’une carrière dont il considère le début comme un prêche dans le désert. La mise en valeur de l’économie comportementale peut ouvrir des champs de recherche peut sondés encore et résoudre des problèmes que beaucoup d’économistes considérait en haussant les épaules.

« Nous vivons dans un monde indivisible où les riches ne peuvent plus ignorer les pauvres » Amartya Sen, Prix Nobel d’économie 1998.

Le Nobel reste insuffisant dans ce but malheureusement. Afin de conserver la crédibilité et la valeur de la récompense, les économistes choisis sont généralement déjà reconnus pour leur oeuvre. Ce qui évite que la récompense soit décernée à une thèse qu’on pourrait réfuter le lendemain. Ainsi, le Nobel ne récompense que des « idées » largement acceptées en dépit d’autres champs précurseurs qui auraient besoin de plus de visibilité. D’où une éternelle accusation de conformisme qui repose sur le prix.

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