Brodinski, boss du label Bromance

Culture / Divertissement,Musique

Bromance, le label électro le plus influent du rap ?

12 Jan , 2017  

Bromance est un des labels de musique électronique français les plus influents du moment. Depuis le règne d’Ed Bangers dans les années 2000, on avait rarement vu un label français avec une empreinte et une identité aussi forte dans le monde de la nuit. Fondé en 2011, le label n’a cessé depuis de se développer. Un de ses événements majeur fut la sortie en 2015 de l’album solo de son créateur Brodinski, intitulé « Brava ».

Le producteur et DJ français était tenté depuis des années par les sonorités rap, produisant dès 2013 le morceau « Louis XIV » de Joke avec son ami Guillaume Brière du duo rémois The Shoes. Mais avec « Brava », Brodinski s’installe définitivement dans le rap. Du même coup, c’est tout le label Bromance qui prit des colorations rap. Petit à petit, ses membres s’installent comme des piliers de la production rap en France et même aux Etats-Unis. Retour sur les figures marquantes d’un label qui marqua 2016 de son empreinte.

Brodinski, l’âme sombre de la trap

En 2016, Brodinski est allé chercher du côté de la trap la plus sombre, participant à une forme d’ère post-trap, aux allures crépusculaires. Ne cherchant plus à avoir les têtes d’affiches du rap, il s’est entouré sur sa mixtape « The Sour Patches Kid »des nouveaux talents d’Atlanta, poumon du rap mondial. Le producteur et leader de Bromance s’est ainsi inscrit dans une démarche de découverte. Dans la ville qui donne le tempo du rap mondial, il a cherché à capturer ce qui se fait de plus nouveau et de plus intéressant. Brodinski, après être rentré prudemment dans le rap en 2015, s’est jeté d’un coup dans son incroyable laboratoire, dans sa fabrique la plus originelle, mettant les mains dans le cambouis, et s’installant à Atlanta, cherchant la source même du son rap actuel et à venir.

Ses productions sont d’une noirceur profonde et lente. Le fondateur de Bromance ne cherche pas à faire danser, ne cherche plus à faire danser. Il prend ce que le ton d’Atlanta a de plus obscur, de plus crépusculaire. Des basses lentes et inquiétantes, des rythmiques pesantes aux airs de marche funèbre, sur lesquelles posent des rappeurs nonchalants et grinçants. S’y ajoutent des sirènes hurlantes et fantomatiques sur le titre « Dead People » du glaçant Hoodrich Pablo Juan, ou une flûte vaudou et inquiétante sur le fascinant « Get me some Moore » avec Johnny Cinco.

On ressort de ces morceaux avec une sensation d’oppression. Les sons sont mécaniques, les voix sont épuisées. Plus les productions sont minimales, plus elles sont inquiétantes, avec leur rythmique macabre. L’étonnant Big Dawg en collaboration avec Yakki le prouve. Pas de doute, cette année Brodinski a encore marqué un pas dans sa plongée dans les profondeurs d’Atlanta. Reste à savoir jusqu’où le producteur ira, dans ce voyage au bout de la nuit aussi passionnant pour les fans de musique électronique que pour ceux de rap.

Myd, des tubes lumineux chez Bromance

Chez Myd, l’affaire est toute autre. Celui qui assiste souvent Brodinski au studio n’a pas du tout la même approche du rap. Alors que Brodinski cherche à s’en imprégner, à s’y plonger le plus profondément possible, son acolyte de chez Bromance semble déterminé à garder ses distances avec le milieu rap. Il se voit davantage comme un acolyte, celui de DJ Kore ou celui de Brodinski, qui apprend auprès d’eux, et qui touche à un milieu qui n’est pas le sien, comme il l’expliquait en interview pour « La Sauce », l’excellente émission quotidienne d’OKLM Radio.

Cette différence d’approche du rap entre les deux amis se ressent au niveau musical. Alors que Brodinski descend au plus profond des basses de la trap, Myd garde une approche plus lumineuse, amenant aux productions des nappes et des notes de synthétiseurs élevées, qui donnent à ses sons une dimension aérienne, tout en légèreté. Car Myd aime les tubes de rap français, et il ne le cache pas. Les tubes dans le rap ne sont plus une honte comme ils l’ont été, et le producteur produit un excellent Dub sur du MHD ou même La Clinique.

S’il est difficile de savoir quelle est la part du travail de Myd dans son travail avec Kore, c’est cette dimension que l’on retrouve sur toutes les tracks où il a collaboré avec la star des producteurs français. Sur « On met les voiles » d’Alonzo, les nappes de synthétiseur s’harmonisent avec une basse funk. Même sur « Dix-Neuf » de SCH, titre très sombre, des petites notes aiguës viennent ponctuer la production trap et dense.

Et puis il y a le sens de la rupture de Myd, qui donne toute leur saveur à des titres comme « Champs-Elysées » de SCH. Le refrain décolle avec la rupture rythmique créée par Myd, tout comme sur son tout premier tube avec Kore, « Tout le monde veut des lovés » de Lacrim. Le refrain, c’est le moment de l’envol lumineux du tube. C’est la même recette que l’on retrouve sur son premier titre solo avec deux rappeurs d’Atlanta, Twice et Lil Patt, intitulé « No Bullshit ».

La chanson, planante et solaire fait la part belle aux synthétiseurs, et le refrain surprend par ses rythmes caribéens. Myd, plus que jamais, semble capable d’apporter de la lumière à la ville de l’ombre, comme l’illustre le très beau clip du single. On ne peut qu’espérer que Myd mette un pied de plus dans le rap en 2017, avec l’optimisme planant et tinté de mélancolie qui se dégage de son dernier morceau et caractérise aussi bien le jeune producteur que la jeunesse d’Atlanta.

Myth Syzer, LE producteur rap français en vue

Mais le membre de Bromance qui semble avoir été le plus productif cette année, c’est sans aucun doute Myth Syzer. Le membre du collectif Bon Gamin a multiplié les collaborations fructueuses cette année, s’aventurant dans tous les registres avec succès et hyper-productivité. Il faut dire que l’artiste se définit davantage comme un beatmaker de rap que ses deux collègues, eux davantage empreints des musiques électroniques.

Tout d’abord, c’est avec son projet avec Ikaz Boi que Myth Syzer a marqué les esprits. En effet, l’album des deux producteurs est sorti chez Bromance au premier semestre et a été remarquée par son aspect presque futuriste – on parle ici à la fois de l’avenir et du rappeur sous codéine. L’album vient chercher du côté du R’n’B, notamment sur le single le plus marquant de l’album, « High », au côté du rappeur et chanteur Hamza, avec qui Myth Syzer n’a depuis pas cessé de collaborer.

A côté de ses aspirations futuristes, le producteur est allé chercher du côté de productions plus old-school sur son projet avec Prince Waly peuplé de samples. Mais loin d’une contradiction dans l’œuvre du producteur, tiraillé entre avant-garde et vintage, c’est bien une cohérence qui se dégage de son travail sur toute l’année. Ainsi, « Soudoyer le Maire » avec Waly est peuplé de synthétiseurs futuristes, loin d’un exercice de style rétro. Finalement le beatmaker de Bromance prend toujours les mêmes références hip-hop à la fois East Coast et sudistes, que ce soit dans son travail avec les américains comme Young Nudy ou les français, mais les transforme tel un alchimiste en quelque chose de nouveau à chaque fois, en fonction de la direction artistique du projet.

Ainsi, sur « Shine » de Hamza, « Périscope » extrait de l’excellent album de Damso, et « Cherry » avec Prince Waly, on retrouve des boucles de synthétiseurs mélodieuses et marquantes. Simplement, elles se font stridentes dans la trap nonchalante et dépressive de Damso, rêveuses dans le néo-R’n’B de Hamza, et baladeuses dans le titre de Prince Waly, où elle sont gammes hypnotiques. Finalement, Myth Syzer réussit à la fois à toujours toucher juste, à trouver le groove, à garder sa cohérence artistique, et à réconcilier tous les fans de tous les raps, ce qui est de moins en moins facile à l’heure qu’il est.

Tous ces producteurs ont donc une place centrale dans le paysage rap actuel. Ils construisent son son, dans l’ombre, et donnent la couleur des sonorités du moment et de celles qui viendront. On le voit bien, en 2017, la frontière entre rap et musique électronique est plus ténue que jamais. Bromance est à la fois un label de musique électronique à la pointe, et un véritable vivier de producteurs de rap prêts à revitaliser le genre.

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Guillaume
J'écris sur la culture – notamment la musique - et l'actu sur ce site. Sinon mes goûts musicaux se situent quelque part entre David Bowie et Meek Mill.

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