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Politique,Société

Attentats en Europe : jusqu’à quand?

28 Mar , 2016  

Le 22 mars en Europe, une page de plus, du triste récit de la guerre contre la folie meurtrière, s’est écrite. Folie meurtrière de l’Etat Islamique qui ne semble montrer aucun scrupule dans l’emploi de la violence comme dans le choix des cibles. Nous semblons être en guerre. La nouvelle des attentats en Turquie et en Belgique est accueillie avec cette effroyable lassitude. Une lassitude que ressentent les individus face au nombre croissant de victimes innocentes, d’un conflit qui s’éternise, d’une guerre qui ne les concerne pas. Jusqu’à quand devrons-nous attendre pour une solution ?

Une véritable gangrène sociale

Jusqu’à quand, en effet, devrons-nous subir les décomptes macabres des victimes en boucle sur les chaînes d’info ? Jusqu’à quand devrons-nous assister médusés, lassés, désabusés à des suicides meurtriers ? Jusqu’à quand allons-nous laisser des centaines de milliers de personnes mourir en territoire syrien ? Jusqu’à quand allons-nous tolérer que tous les réfugiés soient stigmatisés quasi-systématiquement en France ? Jusqu’à quand mettra-t-on en doute l’idéal républicain ? Jusqu’à quand nous opposerons-nous au lieu d’y croire de s’en servir comme guide dans ce marasme ?

En effet, les attentats consécutifs sèment la peur dans notre société. Cette impression d’insécurité, cette crainte irraisonnée de l’autre, ce sentiment d’invasion créent une atmosphère moribonde dans le pays. En conséquence, un climat de méfiance s’installe entre les individus. On commence à mépriser la différence, d’abord celle qui nous apparaît comme dangereuse, puis celle qui semble l’être. Ce qui est différent, c’est ce qu’on ne connaît pas, dont on n’est pas sûr, donc un danger potentiel. C’est ainsi que les réfugiés, les musulmans, les juifs, les immigrés sont progressivement pointés du doigt comme un problème. Petit à petit, ils sont discriminés et sèment les graines du communautarisme en France. Dans un pays où l’on ne reconnaît aucune communauté, c’est une perte sociale considérable.

La succession d’attentats génèrent également une banalisation de la violence. Chaque attentat de plus cause un choc moins important dans la population. C’est une bombe de plus qui explose, des victimes innocentes supplémentaires, des pertes de guerre… On voit alors apparaitre un sentiment résignation de certains individus face à cette violence. Chez d’autres, une révolte profonde face à ces agissements. Dans le premier cas, c’est une population inquiète, peureuse qui surgit. Ces individus, des blasés sociaux, n’auront plus à cœur de lutter face à d’éventuelles dérives gouvernementales. Ils seront prêts à d’immenses sacrifices pour retrouver leur tranquillité. Dans l’autre cas, c’est une poussée vers les extrêmes qui pourrait s’opérer.

L’impasse syrienne

La situation en Syrie semble loin d’être réglée. Le cessez-le-feu obtenu est un pas immense vers la résolution de la crise mais il reste encore l’essentiel à faire : trouver le consensus. Les intérêts des parties prenantes sont diamétralement opposés. Le gouvernement de Damas, soutenu par Moscou, veut maintenir Al-Assad au pouvoir et si possible parvenir à un statu quo. Les rebelles syriens, soutenus par les puissances occidentales, veulent un départ immédiat et sans-conditions du dictateur syrien.

La solution discutée est la transition démocratique pour le régime. Portée vivement par Moscou, cette décision reviendrait à résoudre le conflit par autodétermination populaire. Le peuple voterait pour le départ ou non de Bachar Al-Assad. Ce pourrait être en effet la solution du conflit mais les doutes les plus profonds planent sur cette issue : Comment une population plongée dans 4 ans d’enfer pourrait-elle être assez lucide pour faire un tel choix ? Quelle est la validité de ce vote alors que près de 50 % de la population n’est plus sur territoire syrien ? Moscou ne pourrait-elle pas influer sur cette élection ? Quelles garanties aurait-on du départ d’Al-Assad ? Et surtout, comment accepter sa victoire après tous les actes atroces commis par le régime ?

La résolution du conflit n’est donc pas garantie lors de ces pourparlers. D’autant plus que le cessez-le-feu est lui-même menacé par une situation instable. Certains groupes rebelles sont proches d’Al-Nosra, groupe islamiste opposant à Al-Assad, qui ne prend pas part aux négociations. Ces groupes sont alors soumis à un dilemme : couper leurs liens avec Al-Nosra et se priver d’un allié puissant face à Damas ou conserver ce lien et ignorer le cessez-le-feu. Nous avons donc la tous les éléments d’un cocktail explosif qui pourrait relancer le conflit. Pire, il pourrait anéantir tout espoir de résolution pacifique.

Daesh gagnante

Ainsi, le groupe islamiste est protégé par les dissidences entre grandes puissances. Tant que le conflit syrien n’est pas réglé. Toute intervention au sol d’une coalition internationale face à l’EI est impossible. En effet, le droit international considérait cette action comme une invasion de la Syrie. La situation avec Moscou risque de s’empirer et on rajouterait du désordre au chaos syrien.

Daesh est donc la grande gagnante de cette impasse. L’organisation terroriste perdure dans le désordre syrien. La guerre d’influence que se livrent Russes et Occidentaux contribuent à épargner leurs forces.  Grace à sa puissance militaire, elle conserve son territoire et s’enrichit à l’abri de tout risque réel. Elle pourra donc continuer a frapper en Occident tout en conservant l’équilibre au Moyen-Orient.

A la question : « Jusqu’à quand on assistera à ces scènes abjectes ? », la réponse semble être : quelques années encore. Les conditions pour la destruction de l’Etat Islamique ne sont pas près d’être remplies et dépendent surtout d’une paix syrienne. Dans le meilleur des cas, le cessez-le-feu aboutira sur une fin des hostilités, mais il faudra toujours vaincre l’EI totalement. Cela signifie détruire le « Califat » mais aussi ses cellules terroristes en Europe. Il faudra des années d’enquête durant lesquelles des attentats pourront bien évidemment réussir.

Croire en nos valeurs

Sans esprit de propagande ni simplisme politique, nos valeurs républicaines semblent être nos principaux atouts dans cette lutte. Les marches républicaines, l’union nationale, l’effort de bienveillance que nous avons connu depuis le 7 janvier le prouvent. Nous n’avons jamais été aussi forts que lorsque nous nous sommes unis. C’est à ces occasions que « Liberté, égalité, fraternité » prend tout son sens.

 

La devise nationale n’est pas un simple enchainement de beaux mots. Ce sont les trois conditions logiques pour qu’une nation existe. En tant qu’individus, nous reconnaissons que nous sommes tous libres, selon la loi. Le reconnaitre fait de nous des « égaux », au-delà de toute caractéristique sociale, physique ou religieuse. La fraternité, c’est ce qui en découle : c’est savoir garantir ce droit comme si c’était le nôtre.  Ce sont des faits qui se déroulent dans notre quotidien. Et c’est lorsqu’ils sont compromis que les dissidences se forment.

 

Nous ne devons pas laisser des choses aussi relatives que la religion, la culture ou les opinions politiques nous clivent complètement et définitivement. Ces idées restent propres et subjectives à l’individu. Il est impossible de concevoir la même idée qu’un autre, il serait insensé alors de penser que nous pouvons les sculpter à l’image des nôtres. Et c’est justement ce qu’essayent ces extrémistes.

 

Ce serait donc faussé le débat : discuter de choses générales, objectives en quelque sorte, fixées sur nos idées. Ce serait justement ignoré tout le reste, ce que nous ne pouvons imaginer. On n’aboutirait jamais à une solution. Faisons donc plus attention aux idées qui sont véhiculées et donnons plus de valeurs à l’idéal républicain. Cela nous éviterait de tomber dans le piège du totalitarisme et nous rapprocherait de ce que nous abhorrons plus qu’autre chose.

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